@Informateur.ci- Tidjane Thiam s’est retranché dans un exil de fait depuis mars 2025 en France, pilotant à distance son parti, le PDCI-RDA, où son statut de président est contesté par une dissidence. L’affaire a pris une tournure judiciaire et la procédure de destitution engagée contre lui par ses adversaires internes est pendante devant les tribunaux. Alors que son séjour en France se prolonge, la question de son retour est soulevée par la direction du parti qui demande que le pouvoir RHDP réunisse les conditions de son retour.
Mais Tidjane Thiam est-il réellement contraint à l’exil ? Juridiquement, il est difficile de répondre par l’affirmative. Contrairement à Guillaume Kigbafory Soro qui a fait l’objet de condamnations par la justice ivoirienne à des peines privatives de liberté, Thiam n’est visé ni par une interdiction de séjour en Côte d’Ivoire, ni par un mandat d’arrêt à quelque niveau que ce soit. Il n’a pas non plus fait l’objet d’une condamnation pénale. Le président contesté du PDCI-RDA n’est absolument pas dans le cas de figure de Guillaume Soro.
Tidjane Thiam a quitté la Côte d’Ivoire pour la France dans un contexte politique et électoral trouble à la veille de l’élection présidentielle d’octobre 2025, estimant que sa sécurité n’est plus garantie dans son pays. Et que son intégrité physique, ses libertés et ses droits sont menacés en raison des évènements survenus à la suite des mots d’ordre de boycott de la présidentielle et de désobéissance civile qui ont débouché sur des manifestations violentes et parfois sanglantes. C’est là une question de suspicion vis-à-vis du pouvoir et d’appréciation de la situation.
Le fait notable est que sa candidature à l’élection présidentielle a été rejetée en raison de sa double nationalité ivoirienne et française. Mais l’argument des évènements politiques ne suffit pas pour justifier son départ et son séjour prolongé en France. Il faut le souligner, Tidjane Thiam n’est pas le seul candidat qui a été disqualifié à la dernière élection présidentielle par des décisions de justice. Le président Laurent Gbagbo (qui était d’ailleurs au sein d’un front commun avec lui), Affi N’Guessan et Charles Blé Goudé l’ont aussi été, mais sont restés en Côte d’Ivoire sans qu’ils ne soient privés de leur liberté ou aient fait l’objet de mesures punitives.
Ce que l’on peut retenir, c’est que Tidjane Thiam, qui est habité par des doutes quant à ce qui pourrait lui être réservé en Côte d’Ivoire, a choisi la voie de la prudence. D’aucuns diront la voie de la sagesse. Le dicton ne dit-il pas que dans le doute, il vaut mieux s’abstenir?
Mais sans doute faut-il comprendre la méfiance du petit-fils de Félix Houphouët-Boigny et de la direction de son parti. Plusieurs cadres et militants de l’opposition ont été progressivement arrêtés et jugés pour des faits liés aux manifestations qui ont émaillé la période électorale tendue. Certains ont été condamnés et sont encore en détention. Tidjane Thiam craint certainement d’avoir à subir le même sort s’il revient en Côte d’Ivoire. Mais personne ne peut l’affirmer avec certitude car aucune procédure ne le vise à ce niveau.
Au plan interne au PDCI-RDA, Thiam est face, certes, à une procédure judiciaire engagée par la dissidence pour obtenir sa destitution, mais il n’y a là pas de quoi craindre pour sa liberté, encore moins pour sa vie. Ce que l’on peut retenir, c’est que Tidjane Thiam, qui est habité par des doutes quant à ce qui pourrait lui être réservé en Côte d’Ivoire, a choisi la voie de la prudence. D’aucuns diront la voie de la sagesse. Le dicton ne dit-il pas que dans le doute, il vaut mieux s’abstenir? L’opposant évoquerait des craintes de tracasseries ou d’une arrestation à caractère politique. Mais jusqu’à quand Tidjane Thiam s’abstiendra-t-il, par précaution, de rentrer dans son pays ?
Le porte-parole du PDCI-RDA, Brédoumy Soumaïla, a réitéré, le 6 octobre 2026, la nécessité d’obtenir des garanties de sécurité formelles de la part des autorités ivoiriennes avant le retour au pays de Tidjane Thiam. Le PDCI-RDA serait-il en train de discuter avec les autorités de conditions particulières pour le retour de son leader? Des questions. Mais pour l’heure pas de réponses.
Sir ALFRED












