@informateur.ci- En Côte d’Ivoire, le secteur de la laverie a évolué comme tous les autres, pour se transformer et s’adapter à la modernisation. Mais des vestiges demeurent, incarnés par les lavandières, ces femmes qui, aujourd’hui encore, font du porte-à-porte pour demander du linge à laver.
- Les lavandières actuelles, héritières des ‘’Fanico‘’ de l’époque
Ce sont les héritières des ‘’Fanico‘’ (terme qui signifie en langue malinké : laver le linge). L’époque des ‘’ Fanico ‘’, en ce temps-là des hommes d’origine étrangère pour la plupart, qui collectaient le linge de ménage en ménage pour les laver en groupe sur des sites dédiés, à la borne fontaine ou au bord de cours d’eau, comme ce fut le cas avec les Fanico du Banco à Abidjan, est aujourd’hui un lointain souvenir. Progressivement, au fil du temps et de l’apparition des outils modernes, l’on est passé des ‘’Fanico‘’ traditionnels qui faisaient du porte-à-porte pour collecter le linge dans les années 1970 et 1980 voire bien avant, aux ‘’blanchisseries modernes‘‘ où le client allait déposer son linge à laver et où à repasser à partir des années 1990. Oublié, l’art des ‘’Fanico‘’ qui utilisaient la méthode du battage au bois pour dresser le linge, laissant les soins aux clients de s’adresser aux rares blanchisseurs qui utilisaient le fer à charbon à cette époque. C’était désormais l’ère des fers à repasser électriques dans les blanchisseries modernes, qui n’étaient pas moins modestement logées dans des baraques en bois.
- Le déclin de ‘’ Fanico ‘’ face aux ‘’ blanchisseries modernes‘’
Les blanchisseries ont lentement ravi le marché aux ‘’Fanico‘’ car en plus de proposer un repassage de meilleure qualité, ils lavent aussi et d’abord le linge, à des prix concurrentiels. Puis sont venus la fin des années 1990 et le début des années 2000 qui ont vu arriver, avec le phénomène des engins, appareils et outils de secondes mains dits ‘’France au revoir‘’, les premières machines à laver d’occasion dans les blanchisseries résolument plus modernes. A une époque où les très rares pressings étaient réservés aux gens nantis, un privilège de la classe aisée.
Cependant, il ne faut pas croire que les ‘’Fanico‘’ ont disparu. Ils ont survécu au temps, à travers les lavandières qui sont les dernières représentantes de l’espèce, pourrait-on dire. A Abidjan notamment, on ne trouve plus de ‘’ Fanico‘’ hommes comme ceux du Banco, jadis. Il ne reste plus que ces femmes qui font du porte-à-porte pour chercher du linge à laver ou d’autres types de nettoyage.
- Le boom des pressings et la modernisation du secteur de la laverie
A partir des années 2000, la transformation du secteur de la laverie s’est accélérée. Les pressings se sont, au fil des ans, rapidement développés et ont été au fur et à mesure à la portée des bourses de la classe moyenne qui pouvait désormais s’offrir le luxe du ‘’ lavage à sec ‘’, avec de nouvelles machines à laver et des bouteilles de lessive adaptée. Tout le standing et la technologie venus de l’Occident pour ceux qui en avaient les moyens. Et qui n’avaient plus besoin d’aller faire écorcher, chez le Fanico ou le blanchisseur, un costume de marque ou un ensemble délicat taillé dans du tissu précieux, avec une planche de lessive agressive et du savon douteux. Mais, alors que les ‘’Fanico‘’ reculaient, les petites blanchisseries dans les quartiers modestes pour les petites bourses, ne se sont pas laissées faire…A défaut d’accéder au statut de véritable pressing, elles se sont adaptées.
- Pressings ou Laveries modernes, chacun en fonction de sa bourse…
Pour embrasser l’ère du temps et la modernité, il fallait rompre avec les sonorités caduques et dévalorisantes de ‘’Fanico‘’ ou ‘’blanchisserie‘’. Progressivement, de plus en plus d’enseignes ont commencé à afficher, non plus Blanchisserie Moderne, mais Laverie Moderne. C’était désormais des consonances qui avaient plus de chic et de classe. Et les laveries s’efforcent même de tenir la dragée haute aux pressings en proposant aussi le lavage à sec ! Depuis, la tendance n’a pas changé. A côté des pressings de standing, on trouve les laveries plus modestes mais qui font bonne figure. Une cohabitation qui a démocratisé le secteur de la laverie moderne en Côte d’Ivoire en offrant à chaque classe sociale les services à la hauteur de sa bourse.
- Les lavandières : gagner durement sa vie, pour survivre
Cependant, il ne faut pas croire que les ‘’Fanico‘’ ont disparu. Ils ont survécu au temps, à travers les lavandières qui sont les dernières représentantes de l’espèce, pourrait-on dire. A Abidjan notamment, on ne trouve plus de ‘’ Fanico‘’ hommes comme ceux du Banco, jadis. Il ne reste plus que ces femmes qui font du porte-à-porte pour chercher du linge à laver ou d’autres types de nettoyage. Mais elles n’emportent plus le linge, elles le lavent sur place. On les voit dans les rues, les quartiers, les immeubles et partout où elles peuvent proposer leurs services, seules ou à plusieurs, pour gagner leur pain quotidien. Mais ce n’est pas facile pour elles. Ces braves femmes gagnent durement leur vie. L’une d’entre elles nous a confié que parfois, elles rentrent bredouilles, sans le moindre sou pour s’acheter le moindre kg de riz . ‘’ Mais c’est notre métier, il y a des jours où on ne gagne rien, il y a des jours où ça marche un peu ‘’, avoue cette dernière.
Maurice Konan KOUASSI





