@Informateur.ci- En Côte d’Ivoire, l’Institut national de formation professionnelle agricole (INFPA) produit des diplômés qui peinent à s’insérer dans la vie professionnelle. Chaque année, des milliers d’étudiants formés sortent de cet Institut, sans possibilité d’insertion.
Ces nouveaux diplômés gonflent ainsi la liste des anciens au chômage. Frustrés, ils se sentent abandonnés et trahis par les beaux discours de politique agricole distillés par les autorités. En effet, chaque année, et ce depuis 1997, des centaines d’élèves entrent à l’INFPA à l’issue de concours, et en ressortent au bout de deux ans avec un diplôme, dans l’une des six spécialités. A savoir, l’Aquaculture et pêche, l’Agriculture et Coopération, le Foncier rural, l’Élevage et les métiers de la viande, et le Machinisme agricole et Agro transformation.
Généralement, à l’issue d’une formation qui a nécessité un concours, les diplômés s’attendaient à une insertion dans le tissu socio-économique du pays. Malheureusement, force est de constater que plusieurs élèves sortis de cet institut sont désemparés. Au point où bon nombre d’entre eux que nous avons rencontrés regrettent d’avoir eu à dépenser d’importantes sommes d’argent pour ce concours, qui, au final, n’en valait pas la chandelle.
Selon les statistiques de l’INFPA, ce sont 135.470 élèves qui ont été formés dans 11 écoles à travers le pays depuis 1997. « Malheureusement, les opportunités d’intégration à la Fonction publique sont très limitées. Lors des concours, seulement 5 places sont attribuées à la filière halieutique, contre 20 à 30 places pour la filière Agriculture et Coopération », déplore un diplômé. Et comme si le sort s’abattait sur eux, en 2025, selon ce dernier, le recrutement des halieutes a été suspendu.
En désespoir de cause, ces diplômés en quête d’insertion ont mené en 2025 une grève afin d’interpeller le ministère de l’Agriculture. Assurance leur avait été donnée que des dispositions allaient être prises afin de faciliter leur recrutement dans les structures sous tutelle.
Face aux difficultés d’insertion professionnelle, ces diplômés ont dû créer une association non syndicale afin de promouvoir l’entraide entre étudiants et diplômés. A travers des cotisations difficilement collectées, cette association essaie, tant bien que mal, de faire face aux sollicitations de certains membres.
« Notre association a pour objectif d’apporter un soutien aux étudiants en difficultés, d’organiser d’autres formations qualifiantes, de faciliter l’accès aux stages et de développer des partenariats susceptibles de déboucher sur des opportunités d’emploi.
À ce jour, plusieurs étudiants ont pu bénéficier de stages et même accéder à un emploi grâce aux actions de l’association. Toutefois, nous estimons que l’État pourrait renforcer significativement ces initiatives, au regard des résultats déjà obtenus par une organisation associative », plaide Thomas Ackray Akré, président fondateur de cette organisation dénommée Amicale des Techniciens de l’Agriculture – INFPA créée en 2023.
Cette Amicale, il faut le préciser, s’inscrit dans une dynamique d’accompagnement et de valorisation des compétences des apprenants. « Nous avons soumis des propositions concrètes pour favoriser l’insertion des diplômés, et suggéré la mise en place de fiches techniques visant à recenser les projets des étudiants de la deuxième année, dans une perspective d’innovation agricole. Malheureusement, nos initiatives et démarches sont restées sans suite auprès de la direction », déplore Thomas Akré.
Une frustration que digère très mal le président de l’Amicale des Techniciens de l’Agriculture – INFPA. « Nous avons le sentiment d’avoir été trahis après le concours d’entrée à l’INFPA, étant donné que les conditions liées à l’auto-emploi et au secteur privé n’ont pas été clairement mentionnées. Car, si ces conditions avaient été clairement précisées, de nombreux candidats ne se seraient pas inscrits au concours », poursuit-il.
En désespoir de cause, ces diplômés en quête d’insertion ont mené en 2025 une grève afin d’interpeller le ministère de l’Agriculture. Assurance leur avait été donnée que des dispositions allaient être prises afin de faciliter leur recrutement dans les structures sous tutelle. « Malheureusement, ça a été une promesse sans suite. Aucune solution concrète n’a été apportée », s’indigne Thomas Akré.
Mais alors qu’il a mille et une raisons de céder au découragement, le président de l’Amicale des Techniciens de l’Agriculture – INFPA a une foi inébranlable au combat qu’il mène. Il interpelle à la fois le président de la République, Alassane Ouattara, le Premier ministre Robert Beugré Mambé et leur ministre de tutelle, Bruno Nabagné Koné, afin qu’ils accordent un tant soit peu, une attention particulière à leur situation.
Par ailleurs, vu le nombre sans cesse croissant des étudiants formés sans issue, cette organisation demande un audit de l’INFPA et que les entrées dans cet institut soient temporairement suspendues, afin de trouver des solutions durables à l’insertion professionnelle des diplômés.
Yannick KOBO












