@Informateur.ci- Mardi 7 avril 2026. Il est un peu plus de 17 heures. Plusieurs présidents d’organisations professionnelles de la filière café-cacao sont aperçus au pied de l’immeuble Caistab, au Plateau. Au nombre de ces leaders figurent Soro Pénatirgué de l’Association nationale des coopératives agricoles de Côte d’Ivoire (Anacaci), Moussa Sawadogo dit Moussa Cacao de l’Union Nationale des Sociétés Coopératives Agricoles Leaders de Côte d’Ivoire (Unscal-ci), Sermé Karim de l’Association des Producteurs de Café-cacao (Aspcacc) et plusieurs administrateurs de l’OIA-Café-cacao, tels Kébré Seydou, Traoré Mamadou Malamine et Niampa Brahima.
Ils venaient tous du bureau du Directeur Général du Conseil du Café-cacao (CCC), Yves-Brahima Koné, où ils ont eu, à la demande de ce dernier, une chaude réunion au sujet de l’enlèvement du cacao résiduel de la campagne principale. Les visages n’étaient pas à la fête pour ces PCA de coopératives, ces présidents d’associations et ces administrateurs de l’OIA Café-cacao.
Néanmoins, ils échangent quelques confidences d’où s’échappent de larges sourires avant qu’ils ne se serrent les mains, en signe d’au revoir. Les nombreuses cylindrées qui étaient sur le parking de l’entrée principale de la Caistab quittent aussitôt les lieux, un à un, sous nos yeux.
- Une crise différée et non résolue
Quelques heures plus tôt, ce gotha de la filière café-cacao convoqué par Yves- Brahima Koné, apprenait par les soins de celui-ci que le Conseil du Café-Cacao consentait bien à mettre à leur disposition un volume de 23.000 tonnes au profit des sociétés coopératives encore détentrices des stocks résiduels, alors qu’officiellement le chiffre de près de 60.000 tonnes de stock reste à enlever. C’est d’ailleurs pour quoi l’État a bien voulu décaisser 291 milliards FCFA pour l’opération de rachat.
Finalement, les deux parties se séparent sans un accord formel. Donc pas de déclaration officielle sur une attente qui devrait débloquer la campagne intermédiaire. Ce qu’aurait voulu pourtant Yves-Brahima Koné, ce mardi-là.
Dans la salle de conférence du DG, c’est l’incompréhension. Le quota annoncé est en deçà des attentes des acteurs présents qui tiennent à le signifier, en des mots parfois durs devant le patron de la régulation. La colère liée aux pertes financières des invendus de la campagne principale est manifeste. Pour ces présidents d’organisations, il leur faut au moins 45.000 tonnes pour minimiser les pertes des producteurs.
Mais dans la foulée, l’un des leaders dont nous taisons le nom pour ne pas le jeter à la vindicte populaire accepte la proposition du DG. Lézardant ainsi la dynamique des autres acteurs qui exigeaient un volume plus important. Finalement, les deux parties se séparent sans un accord formel. Donc pas de déclaration officielle sur une attente qui devrait débloquer la campagne intermédiaire. Ce qu’aurait voulu pourtant Yves-Brahima Koné, ce mardi-là.
- Ces chiffres contradictoires qui n’ont pas interpellé le ministre
Deux jours plus tard, le jeudi 9 avril, les mêmes acteurs étaient de nouveau à la Caistab, au Plateau où, sans que l’on sache trop ce qui s’est passé, l’OIA-Café-cacao, par la voix de l’administrateur Obed Blonde Doua, celui-là même qui avait remis le 6 juillet 2024 à Yamoussoukro, le chèque de 50 millions FCFA de la caution présidentielle du candidat du RHDP, Alassane Ouattara, au Premier ministre Robert Beugré Mambé, au nom des producteurs, annonce la phase finale de l’enlèvement du cacao en souffrance.
En des termes très optimistes, il déclare que « la gestion des stocks résiduels entre désormais dans sa phase finale, structurée autour du quota de 23 830 tonnes à enlever ». Obed Blonde Doua précise que l’opération d’enlèvement porte sur un stock résiduel estimé à 102.000 tonnes réparties entre 1430 sociétés coopératives préalablement répertoriées par le Conseil du Café-cacao (CCC).
C’est encore Obed Blonde Doua, celui-là même qui avait remis le 6 juillet 2024 à Yamoussoukro, le chèque de 50 millions FCFA de la caution présidentielle du candidat du RHDP, Alassane Ouattara, au Premier ministre Robert Beugré Mambé, au nom des producteurs, qui annonce la phase finale de l’enlèvement du cacao en souffrance.
Ce chiffre ne correspond en rien à celui annoncé, en fin janvier, par Yves-Brahima Koné qui avait avancé 123.000 tonnes. Il ajoute qu’à la date du 8 avril 2026, le CCC a officiellement notifié à l’OIA-Café-cacao l’attribution d’un quota complémentaire de 23.830 tonnes. À en croire ce dernier, avec l’attribution de ce quota, la crise devrait être résolue, parce que l’enlèvement annoncé de ces 23.830 tonnes marque la phase finale de l’opération de rachat. La déclaration de Obed Blonde Doua soulève des questionnements comme lorsqu’il avait annoncé et remis le chèque de la caution présidentielle.
- Une gestion qui manque de transparence
Primo, quel tonnage total l’OIA-Café-cacao aura eu à gérer et quelle a été la quote-part du Conseil du Café-cacao depuis le 29 janvier, date du début de l’opération de rachat? Secundo : sur quelle base ces quotas ont-ils été répartis quand on sait que des centaines de sociétés coopératives inventoriées n’ont pas encore déchargé une seule tonne de cacao depuis janvier? Pour la gouverne de tous, ceux qui composent aujourd’hui l’OIA-Café-cacao y sont parvenus de façon discutable et bien pire, aucun membre n’a fait l’objet d’une enquête de moralité. On ne peut donc pas moralement confier, sans balise, la gestion de dizaine de milliers de tonnages à des affairistes en pleine crise.
Quelle est l’évaluation exacte? Le jeu est visiblement trouble. Le ministre de l’Agriculture, Bruno Nabagné Koné, avant d’annoncer que le débat du stock résiduel de cacao est clos, s’est-il rassuré de la traçabilité de tout ce qui a été fait à la date du 9 avril où il prenait la parole devant la presse?
Informateur.ci a pris l’attache de nombreuses coopératives à San-Pedro, à Adzopé, à Abengourou et à Soubré. Celles-ci laissent entendre que les stocks résiduels demeurent intacts depuis l’inventaire de janvier. Sans compter les sociétés coopératives qui n’ont pas été inventoriées.
Au final, si la conférence conjointe du Conseil du Café-cacao et de l’OIA-Café-cacao tenue le jeudi 9 avril à la Caistab et à laquelle a pris part le ministre de l’Agriculture confirme les 291 milliards FCFA décaissés par l’État dans le cadre du rachat des stocks, elle aura, cependant, mis en exergue des contradictions concernant le tonnage réel à enlever. Puisque que les uns parlent de 123 000 tonnes et les autres de 102.000 tonnes.
Quelle est l’évaluation exacte? Le jeu est visiblement trouble. Le ministre de l’Agriculture, Bruno Nabagné Koné, avant d’annoncer que le débat du stock résiduel de cacao est clos, s’est-il rassuré de la traçabilité de tout ce qui a été fait à la date du 9 avril où il prenait la parole devant la presse? Sait-il seulement comment les allocations ont été faites? Si les réponses à ces questions essentielles devraient être négatives, alors le débat est loin d’être clos.
Alexandre LEBEL












