@informateur.ci- En Côte d’Ivoire, les autorités compétentes ont-elles été bien avisées de raser trop tôt l’espace de restauration et de détente Ficgayo-Village, en dépit de la supplication des restauratrices et autres commerçants qui exploitaient ce site? Cinq années après le déguerpissement de cet endroit qui était devenu un lieu quasi-touristique dans la commune de Yopougon, le site est toujours à l’abandon. Informateur.ci y a fait un tour pour voir à quoi il ressemble.
En décembre 2019, alors que les populations ivoiriennes se préparaient déjà à célébrer les fêtes de fin d’années, les restauratrices et commerçants installés à l’espace Ficgayo-Village dans la commune de Yopougon étaient en pleurs. Et pour cause, ils avaient reçu la visite de bulldozers. Les restaurants, buvettes et autres box qui y étaient installés ont été rasés en quelques heures. Un coup dur pour ces braves femmes et autres petits acteurs qui vivaient de l’exploitation de cet espace et qui, depuis 2017, année à laquelle le projet de démolition a été annoncé, se battaient pour convaincre les autorités de leur éviter ce triste sort. En vain, ils auront manifesté.
- Les autorités ont- elles été bien avisées de raser trop tôt cet espace de restauration et de détente?

Mais les autorités ont-elles été bien avisées d’ignorer le cri de cœur de ces braves dames pour raser si tôt cet espace de restauration et de détente? Beaucoup se posent la question car, plus de cinq années après, le site de l’ancien Ficgayo-village est toujours à l’abandon. Le mercredi 24 juin 2025, nous nous sommes rendus sur les lieux pour voir ce qu’il est devenu. C’est un site à l’abandon qui gît sous les regards de tous, en face de la Poste de Yopougon. Enserré entre les locaux mitoyens de la Société Générale, les habitations qui le bordent d’un côté et les deux voies bitumées qui forment un angle de l’autre. Seuls quelques rares vendeurs sont installés en bordure de l’espace, du côté de la grande voie. On a le sentiment de se trouver sur un site archéologique. Il ne reste plus des restaurants que les carreaux de terrasses qui ont échappé à la force des bulldozers et quelques gravats.
- Les vestiges du passé glorieux d’un site quasi-touristique
Comme les vestiges du passé glorieux de Ficgayo-Village, cet espace qui était pratiquement devenu un site touristique, à l’image de l’ex-Rue Princesse elle aussi déguerpie. A côté de la broussaille à certains endroits, le décor le plus visible du site est constitué de ces trois grands arbres qui s’y dressent et sous lesquels les passants s’arrêtent pour profiter de leur ombre. Les riverains eux aussi aiment bien les trois grands arbres qui ont survécu à Ficgayo-Village. Certains viennent y prendre de l’air, de temps à autre.
L’autre élément frappant. C’est un vieux container aménagé naguère pour servir de mini-boutique. Tout autour de ce container sont disposés des objets usés, du bric-à-brac : de vieux matelas, des pneus usagés…Mais il y a aussi ces pancartes bien visibles qui interpellent le public sur la préservation de l’environnement. ‘’Il est strictement interdit de jeter des ordures ici sous peine d’amende…‘’, peut-on y lire. Nous dénombrons au moins quatre pancartes d’avertissement sur les lieux.
L’autre élément frappant. C’est un vieux container aménagé naguère pour servir de mini-boutique. Tout autour de ce container sont disposés des objets usés, du bric-à-brac : de vieux matelas, des pneus usagés…Mais il y a aussi ces pancartes bien visibles qui interpellent le public sur la préservation de l’environnement. ‘’Il est strictement interdit de jeter des ordures ici sous peine d’amende…‘’, peut-on y lire. Nous dénombrons au moins quatre pancartes d’avertissement sur les lieux.

Nous interrogeons un premier riverain, R. N’Guessan. Il nous explique que ‘’l’espace avait commencé à poser un problème de salubrité‘’. Il nous fait savoir que : ‘’Les habitants du quartier ont dû se mobiliser pour intervenir parce que les gens avaient à un moment donné commencé à transformer l’endroit abandonné en lieu de défécation à l’air libre et en dépotoir et les ordures s’entassaient. Heureusement, avec les alertes données et les pancartes d’avertissement, ça va mieux ’’.
Nous voulons savoir si l’espace abandonné ne pose pas un problème d’insécurité la nuit, s’il ne sert pas de repaire à des individus mal famés. Mais notre interlocuteur ne veut ni être pris en photo ni ‘’trop parler à la presse par ces temps qui courent‘’. Car, dit-il ‘’avec les journalistes et la presse, si tu parles trop, on ne sait jamais…’’. Nous comprenons ses appréhensions, et nous nous dirigeons vers un autre riverain.
- Pourquoi on a rasé l’espace Ficgayo si c’était pour ne rien en faire?
A.Serges, lui, est plutôt nostalgique. Il se souvient des temps où «Les gens arrivaient de toute la Côte d’Ivoire et même de l’étranger pour voir Ficgayo-Village et y manger pour en garder un souvenir». C’est pourquoi il déplore que l’on ait démoli les restaurants qui occupaient l’espace. «Les gens se débrouillaient ici, les femmes avaient leurs restaurants qui leur permettaient de faire vivre leurs familles, mais on a cassé et le site est resté comme ça. Vous voyez vous-même. Depuis des années, l’espace est inoccupé. Pourquoi on a rasé l’espace si c’était pour ne rien en faire? », se désole-t-il, avant de s’en aller. A ce propos, la rumeur avait prétendu que ce domaine public devrait abriter une Direction du Trésor à Yopougon. Ce qui aurait motivé le déguerpissement du site. Mais aucune communication officielle ne semble avoir été faite à ce sujet.
Notre visite se termine sur l’autre espace qui est l’Espace Ficgayo, de l’autre côté de la voie qui sépare les deux sites. Deux espaces distincts qui portent le nom Ficgayo, à ne pas confondre. L’Espace Ficgayo, lui, est bien là qui continue de remplir sa vocation : accueillir les funérailles, les concerts, les meetings et autres évènements d’ampleur. Il sert aussi de terrain d’exercice pour les moniteurs d’auto-écoles, avec les menus activités qui le bordent. Mieux, depuis quelque temps, la SICTA a installé à l’Espace Ficgayo une station mobile de contrôle technique automobile. L’Espace Ficgayo grouille toujours de vie. En face, Ficgayo-Village n’est plus qu’un souvenir.
Maurice Konan KOUASSI





