@informateur.ci- La succession à la tête du village de Songon-Te, suscite une vive contestation. Réunis le samedi 3 octobre 2026 à la résidence du Doyen du village et Chef de terre, les membres du Comité de protestation contre la délivrance d’un arrêté préfectoral portant nomination d’Alloukou Akadje Richard comme chef de village ont publiquement dénoncé les conditions dans lesquelles cette décision administrative aurait été prise.
Au cours de cette conférence de presse, organisée au nom du Collège des Anciens et Sages de Songon-Te, les responsables coutumiers ont réaffirmé leur opposition à l’arrêté préfectoral. Ils estiment que la désignation du nouveau chef ne respectait pas les règles traditionnelles en vigueur dans la communauté villageoise.
Dans leur déclaration, les représentants du Collège des Anciens et Sages ont notamment contesté le processus ayant conduit à la nomination d’Alloukou Akadje Richard. Selon eux, l’administration préfectorale aurait instauré une procédure assimilable à un scrutin électoral, alors que la désignation du chef de village devrait, s’appuyer sur les mécanismes coutumiers et les consultations prévues par les traditions locales.
Les contestataires reviennent également sur les échanges préparatoires engagés avec les autorités administratives. Ils indiquent que le 9 septembre 2026, un assistant du sous-préfet de Songon avait invité Victor Koutouan, alors chef du village de Songon-Te, à une séance de travail prévue le vendredi 11 septembre à la préfecture d’Abidjan. Cette rencontre devait réunir plusieurs membres de la génération Tchagba ainsi que des doyens et anciens de la génération Dougbo.
Cependant, selon le comité, un second message transmis le jeudi 10 septembre au chef du village annonçait le report sine die de cette réunion. Les responsables coutumiers affirment qu’ils ont ensuite appris, quelques jours plus tard, la délivrance de l’arrêté nommant Alloukou Akadje Richard. Ils considèrent cette chronologie comme l’un des éléments qui alimentent leurs interrogations sur la procédure suivie.
Le Comité de protestation invoque également la circulaire N°20/INT/DGAT du 3 juin 1976, attribuée au ministre d’État, ministre de l’Intérieur Mathieu Ekra. Selon les extraits cités dans la déclaration, la nomination d’un chef par arrêté préfectoral doit tenir compte du libre choix des populations concernées et des règles de consultation propres aux collectivités villageoises. Le texte recommande également de ne pas imposer un candidat et de respecter les traditions successorales.
Pour les représentants de Songon-Te, ces principes n’auraient pas été suffisamment pris en compte. Ils soutiennent notamment que la consultation populaire évoquée dans le processus de nomination ne correspondrait pas à une position consensuelle des organes coutumiers qu’ils considèrent comme compétents pour désigner le chef du village.
La question du critère traditionnel appelé «Tcha » constitue également un point central de leur contestation. Dans leur déclaration, les responsables expliquent que ce statut social, tel qu’ils le définissent dans les usages de Songon-Te, concerne certaines catégories de personnes frappées de proscription et qui, selon cette tradition, ne peuvent accéder à la fonction de chef de village. Ils affirment qu’Alloukou Akadje Richard est frappé par ce critère.
Au-delà de la contestation de l’arrêté, les responsables coutumiers assurent vouloir privilégier les voies de recours et le dialogue. Interrogé sur les éventuelles actions à entreprendre en cas de désaccord persistant avec les autorités administratives ou judiciaires, un représentant a écarté toute perspective de violence.
«Les voies de recours ne sont pas épuisées », a-t-il déclaré, précisant que le comité entend poursuivre les démarches auprès des autorités compétentes. Les responsables envisagent notamment de solliciter une rencontre avec le Premier ministre Beugré Mambé avant, si nécessaire, de saisir le président de la République Alassane Ouattara.
Le représentant a insisté sur la volonté de défendre les traditions locales sans mettre en péril la cohésion sociale du village. Selon lui, une confrontation violente ne ferait que fragiliser davantage Songon-Te. Le comité affirme donc privilégier les démarches administratives, politiques et judiciaires afin d’obtenir la prise en compte de ses revendications.
La conférence de presse a réuni des doyens, des membres du Collège des Sages, des représentants des générations Tchagba, Blessoué et Gnando, ainsi que des dignitaires religieux, des jeunes et plusieurs professionnels des médias.
À travers cette déclaration, les contestataires entendent ainsi clarifier leur position : ils rejettent tout affrontement, mais demandent que la désignation du chef de village soit examinée à la lumière des us et coutumes qu’ils considèrent comme fondamentaux pour l’organisation traditionnelle de Songon-Te.
Le différend autour de l’arrêté préfectoral de nomination d’Alloukou Akadje Richard reste donc ouvert, dans l’attente des suites qui seront données aux recours et démarches annoncés par le Comité de protestation.
Yannick KOBO












