@informateur- Après le meurtre de l’étudiant Mars Aubin Deagoué Agui, la FESCI est dans la tourmente et pourrait, à terme, être dissoute. Retour sur trente années de méfaits et de terreur.
La FESCI est née en 1990. Il s’agissait, pour les étudiants, conduits alors par Martial Joseph Ahipeaud, premier secrétaire général de cette organisation, de lutter pour réclamer certains droits qui ne leur étaient pas reconnus sous le régime PDCI, ex-parti unique.
Le 17 juin 1991, la FESCI organise un meeting au campus de Cocody, suivi d’une marche jusqu’à la cité Mermoz. A cette occasion, elle lynche à mort l’étudiant Thierry Zébié, traité de loubard proche des autorités de l’université de Cocody. C’est le meurtre qui révèle déjà ce que va être ce syndicat estudiantin.
Le 18 décembre1996, une altercation entre la FESCI et la police sur le campus de Cocody débouche sur des casses perpétrées par les étudiants. Le lendemain, leurs leaders Charles Blé Goudé, Damana Adia alias Pickass et Sylvanus Goré sont arrêtés et jugés. Ils sont condamnés, le 7 janvier 1997, à deux ans de prison ferme et à 300.000 FCFA d’amende, par le tribunal des flagrants délits d’Abidjan.
Le 12 mars 2000, la guerre entre clans rivaux de la FESCI, menée entre Blé Goudé et Soro Guillaume, fait rage. A la suite de graves incidents survenus à la cité universitaire de Port-Bouët III, 7 éléments d’un groupe d’étudiants sont gardés à vue au camp militaire d’Akouédo pour coups et blessures. Aux dires du N°2 de Blé Goudé, ‘’à l’aide de machettes, de haches, de houes et de barres de fer, ces individus ont fracturé les portes et se sont mis à taillader les étudiants’’.
- Un groupe d’étudiants est gardé à vue
Du 8 au 13 mai 2000, des affrontements entre factions rivales d’étudiants de la FESCI, dirigées par Blé Goudé et Doumbia Major, se soldent par un triste bilan, deux étudiants tués et plusieurs autres tailladés à la machette. Il s’agit de Kouassi Hervé de la cité universitaire de Williamsville et de Bakayoko Mémissa de la cité de Vridi.
Le 15 mai 2000, Blé Goudé, secrétaire général de la FESCI, les pieds dans les mains de deux gaillards, le tronc et la tête sur le goudron, est trainé de l’université jusqu’à la cité Mermoz, ‘’coupable de haute trahison’’ et ce, pendant une heure, avant d’être délivré par des militaires.
Le 16 mai 2000, 17 machettes bien aiguisées et un fusil calibre 12, enveloppés dans un boubou, sont découverts au bâtiment G4 de la cité Mermoz par des militaires dirigés par le commandant Baté.
- Des machettes et un fusil calibre 12 sont découverts
Le 16 février 2004, la condamnation, la veille, de trois étudiants de la FESCI, à quatre mois de prison ferme et à 100.000 FCFA d’amende pour ‘’violation de domicile, coups et blessures volontaires et extorsion de fonds’’, à la suite d’une plainte des habitants du quartier Blockauss (Cocody), a suscité le courroux des étudiants membres de ce syndicat qui ont alors brûlé 7 véhicules de particuliers. Ce qui a permis leur libération. A la suite ladite libération, alors qu’ils sont condamnés par le tribunal de 1ère instance d’Abidjan, suivant la procédure de flagrant délits, Victorine Wodié, ministre des Droits de l’Homme d’alors, exprime son indignation, ajoutant que ‘’cette situation qui a choqué plus d’un, constitue non seulement une prime à l’impunité mais, également, un danger pour les droits et libertés fondamentales de tous et de chacun’’.
Le 23 juin 2004, l’étudiant Habib Dodo, membre de l’AGEECI, un syndicat étudiant, est enlevé puis pendu par les étudiants de la FESCI. Son corps est retrouvé contre le mur du campus, enfoui dans un sac. C’est le énième meurtre qui suscite un véritable émoi dans l’opinion nationale qui commence à réaliser que ce syndicat est un vrai danger pour l’école ivoirienne. Mais, qui pourra l’arrêter ? Personne. Puisqu’il jouissait d’une totale impunité, pour partie, en raison de sa proximité avec le défunt régime de la Refondation.
Le 26 juillet 2005, des étudiants de la FESCI empêchent, par la violence, la tenue d’une conférence de presse des jeunes du RHDP au siège du PDCI-RDA, à Cocody. Ils incendient le véhicule d’un adjoint au maire RDR d’Abobo. Les véhicules sont fouillés de fond en comble et les militants de l’opposition reconnus, en sont extraits manu militari et passés à tabac. Les journaux de l’opposition sont déchirés et interdits de vente. Deux militants de l’opposition sont gravement blessés.
- L’ex-ministre Issa Diakité échappe à un lynchage
Le 6 septembre 2005, Issa Diakité, alors ministre de la Décentralisation et de l’Administration du territoire, échappe à un lynchage en règle des étudiants de la FESCI de la cité Mermoz, alors qu’il était à des funérailles chez le magistrat Aphing Kouassi René. De 18h à 19h, ces étudiants font le siège de la villa des Aphing, faisant pleuvoir une pluie de projectiles sur parents et amis de la famille éplorée.
Le 17 février 2006, Patrick Achi, alors ministre des Infrastructures économiques, invité par les étudiants de la 8è promotion de maîtrise de gestion de Bouaké à venir prononcer une conférence sur le campus de Cocody, essuie le courroux des éléments de la FESCI qui tentent de le lyncher. Ils lui reprochent ‘’d’avoir tenu tête au chef de l’Etat Laurent Gbagbo dans l’affaire du Port’’. Le ministre refusait que le port ivoirien soit bradé au Français Bolloré.
Le 27 mars 2006, les cours sont suspendus au Lycée moderne Antoine Gauze de Daloa. Les élèves de la FESCI dudit établissement qui estiment que leurs notes sont médiocres, exigent que celles-ci soient revues à la hausse. Face au refus des enseignants, ils obligent leurs camarades à sortir des cours. Les réticents sont battus et blessés avec des morceaux de bois. Les enseignants qui en ont marre des agissements de la FESCI décident d’arrêter les cours du 27 mars au 3 avril 2006, soit une semaine.
- La Fesci saccage le siège de l’APDH et emporte le matériel
Le 21 mai 2007, environ 300 étudiants de la FESCI se transportent au siège de l’APDH (Action pour la promotion des Droits Humains). Ils saccagent ledit siège et emportent le matériel informatique, au motif que cette organisation reste muette face aux problèmes liés à l’éducation. Le même jour, ils se sont rendus au siège de la Lidho (Ligue ivoirienne des Droits de l’Homme) où ils ont dépouillé le personnel de ses biens : argent, effets personnels…avant d’emporter le matériel informatique et de détruire le mobilier de bureau et les archives de cette structure. Raison invoquée, la Lidho a autorisé la Coordination nationale des enseignants et chercheurs (CNEC), à animer une conférence de presse dans ses locaux, le vendredi 18 précédent. Les fescistes n’ont pas été inquiétés par les forces de l’ordre appelées à la rescousse par le personnel de la Lidho.
Le 15 septembre 2007, des individus se réclamant de la FESCI font irruption à la veillée funèbre et au domicile d’un agent des douanes, Oulaï Gossan Robert, gourdins et armes blanches à la main. Ils saccagent et emportent tous les biens qui, selon eux, appartiennent à l’une des leurs, étudiante et concubine du défunt. Ils blessent une demi-douzaine de personnes à l’arme blanche et mettent tout sens dessus dessous, avant de disparaitre comme ils sont venus.
- Les étudiants et les riverains se livrent une bataille féroce
Le 14 janvier 2009, armés de gourdins, de machettes et d’autres objets contondants, les étudiants et les riverains de la cité ‘’Marie Thérèse’’ d’Adjamé, se livrent une bataille féroce. De nombreux dégâts matériels et plusieurs blessés de part et d’autre, sans oublier des magasins incendiés. A l’origine de cette bataille rangée ‘’une banale histoire de relation sentimentale’’. Le même jour, au Lycée municipal Pierre Gadié de Yopougon, quatre étudiants membres de l’Association générale des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (AGEECI), sont séquestrés et bastonnés par des éléments de la FESCI avant de se retrouver aux urgences du Chu de Yopougon.
Cet inventaire à la Prévert n’est pas du tout exhaustif, puisque beaucoup d’autres méfaits ou crimes n’ont pu être répertoriés. Il faut bien comprendre que la FESCI était alors une espèce d’Etat dans l’Etat. Elle contrôlait, en grande partie, les campus par la violence. C’est elle qui contrôlait les cités U, les restaurants universitaires également, tout cela par la violence ! Le moindre vendeur de rue installé dans les cités U ou aux abords dépendait, lui aussi, du bon vouloir des secrétaires de section de la FESCI.
A la vérité, la FESCI a davantage terni l’image de l’école ivoirienne par ses pratiques dignes de la Mafia napolitaine connue pour ses excès. C’est pourquoi, il faut encourager l’Etat qui semble vouloir nettoyer les écuries d’Augias à l’université FHB, à aller jusqu’au bout de son action. En dissolvant ce syndicat aux allures de milice. C’est une exigence a minima du retour de la paix sur l’espace universitaire et scolaire.
OM/Informateur.ci












