@informateur.ci- En Côte d’Ivoire, la Justice et l’appareil sécuritaire sont omniprésents au cœur du jeu politique et de la lutte pour la conquête et la conservation du pouvoir d’Etat. Cette vérité apporte toujours de l’eau au moulin de ceux qui pensent que les lois – la Constitution notamment – la Justice et l’appareil sécuritaire sont des ‘’armes ’, aux mains du pouvoir politique…
Nul n’est besoin de remonter au ‘’ Complot du chat noir ‘’ qui sous le fondateur de la Côte d’Ivoire moderne, le président Félix Houphouët-Boigny, avait servi d’argument pour envoyer en prison plusieurs opposants. Pour ne retenir que les grandes figures politiques, l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara en fera l’amère expérience à la mort du Père de la Nation en 1993.
La remise en cause de sa nationalité ivoirienne et l’inéligibilité qui en découla le hantera pendant de longues années et se solda par le rejet de sa candidature à l’élection présidentielle de 2000 par un arrêt rendu la Cour Suprême, puis sa disqualification aux élections législatives de 2001 pour les mêmes raisons. Il fallut attendre 2004 pour que le Président Laurent Gbagbo l’en délivre, par une mesure politique exceptionnelle au terme de l’accord politique de Pretoria.
Gbagbo lui-même n’échappa pas à cette implacable réalité. Après ses premiers déboires avec l’appareil sécuritaire sous Houphouët-Boigny, il retrouvera la prison à la suite des événements du 18 février 1992 consécutives à l’historique marche du Front populaire ivoirien (FPI) sous la gouvernance de l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara. Après sa chute le 11 avril 2010, il sera détenu à Korhogo puis transféré à la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye aux Pays-Bas où il passera dix années, avant d’être acquitté.
Ce parcours carcéral fait de lui le prisonnier politique le plus célèbre, le plus illustre et le plus ‘’ titré ‘’ de Côte d’Ivoire. Revenu au pays en 2021, il n’en a pas encore fini avec la justice. Condamné à 20 ans de prison pour des faits qui remontent à la crise postélectorale de 2010-2011, il est déchu de ses droits civiques et ne peut, à ce jour, se présenter à une élection dans son pays.
Dans une autre mesure, l’ancien président de l’Assemblé nationale, Guillaume Soro, et l’ancien ministre Charles Blé Goudé [dont la carte de visite carcérale est plus étoffée pour avoir connu, avec le président Gbagbo, les affres de la CPI avant d’être également acquitté] goûtent aujourd’hui aux joies amères de la disgrâce politique entraînée par les décisions de Justice qui les visent. Ils sont aussi déchus de leurs droits civiques et ne peuvent faire acte de candidature à une élection. Si Blé Goudé à la chance d’avoir retrouvé la Côte d’Ivoire, Soro, lui, est toujours en exil, loin de son pays, malgré lui.
Le sort politique de Tidjane Thiam est similaire. A peine installé à la tête du PDCI-RDA, il a été frappé par une décision de justice qui le rend inéligible. Et à la veille de la présidentielle, la Justice et l’appareil sécuritaire restent bien en vue…Plusieurs cadres et militants du parti du Président Gbagbo, le PPA-CI, ont été arrêtés et font actuellement l’objet d’une information judiciaire pour ‘’ actes terroristes ‘’ et ‘’ complot contre l’autorité de l’Etat ‘’, à la suite de troubles à l’ordre public survenus à Yopougon dans la nuit du 1er au 2 août 2025 et attribués au PPA-CI, qui rejette ces accusations.
En Côte d’Ivoire, plus que la voix du peuple, les urnes et le suffrage des électeurs, ce sont souvent la Justice et l’appareil sécuritaire qui décident du sort des acteurs politiques. Quand ce ne sont pas les armes…
Maurice Konan KOUASSI












