@informateur.ci- Dans les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) et dans l’opinion souverainiste africaine qui soutient ces Etats qui ont quitté la CEDEAO, les attentes vis-à-vis de la Russie sont grandes pour relever les énormes défis économiques et sécuritaires entre autres, qui se posent au Burkina Faso, au Mali et au Niger. On attend presque tout de la Russie qui se trouve être le partenaire de référence pour ces pays : des fonds pour les projets de développement ; une aide militaire massive et des armes pour venir à bout des groupes armés djihadistes, des séparatistes et indépendantistes à majorité Touaregs ; la mise à disposition de moyens colossaux et d’une technologie avant-gardiste pour combler l’énorme déficit énergétique qui handicape ces économies déjà fragiles. Mais il ne faut pas rêver.
En dehors des ressources que les pays confédérés de l’AES mobiliseront par eux-mêmes pour leur développement économique et humain et pour la sécurité de leur territoire, il n’y aura pas de miracle avec la Russie. Ce n’est pas que la Russie n’est pas en mesure d’apporter une aide conséquente et un appui important aux pays aesseins, à tous les niveaux. La Russie peut beaucoup pour eux, c’est certain. Mais la Russie qui est présente, il faut le souligner dans beaucoup de pays africains, n’est pas au Burkina Faso, au Mali et au Niger pour les beaux yeux de leurs dirigeants, fussent-ils arrivés au pouvoir par des coups d’Etat. Ce n’est donc pas le statut de Transition militaire des régimes en place actuellement dans l’AES qui plait tant au Kremlin.
Dans les relations avec la Russie, il n’y pas de place pour la philanthropie en Afrique. Il faut comprendre que ce n’est pas la rupture des relations diplomatiques et la coopération bilatérale opérées par les pays de l’AES avec la France et des capitales européennes qui motivent les liens de la Russie avec les trois Etats sahéliens confédérés.
Faut-il le dire, la puissance mondiale qu’est l’Etat russe a beau avoir de la sympathie pour les dirigeants d’un pays africain, ses liens avec ce pays ne dérogent jamais aux règles quasi-universels de ‘’ la Coopération bilatérale Nord-Sud ‘’, car ils sont basés avant tout sur des rapports d’intérêts économiques et stratégiques réciproques. Dans les rapports entre Etats, ‘’ les relations d’amitié ‘’ comme on le dit diplomatiquement, doivent se comprendre avec lucidité, sous l’angle de la coopération, en ce sens que chaque partie a quelque chose à gagner avec l’autre. Si bien que même dans les relations avec la Russie, il n’y pas de place pour la philanthropie en Afrique. Il faut comprendre que ce n’est pas la rupture des relations diplomatiques et la coopération bilatérale opérées par les pays de l’AES avec la France et des capitales européennes qui motivent les liens de la Russie avec les trois Etats sahéliens confédérés.
Ce n’est pas non plus le retrait de l’AES de la CEDEAO qui intéresse la Russie. Certes, au plan géostratégique cela a un intérêt pour le Kremlin car tant que les adversaires de la Russie perdent du terrain dans une partie du monde, il est de bonne guerre d’en profiter. Mais cela ne va pas plus loin. Car la Russie a mieux à faire en Afrique que de fraterniser inutilement avec des Transitions militaires ou de célébrer la rupture des relations d’un pays avec la France et la CEDEAO qu’on dit à la solde de Paris.
D’ailleurs, la Russie est bien présente dans les pays de la CEDEAO. Le fait est que si la Russie peut indéniablement apporter beaucoup aux pays de l’AES, ce sont avant tout les intérêts qu’elle a dans ces pays qui guident ses actions. Le Kremlin, répétons-le, ne fait pas de philanthropie en Afrique. Elle n’en fera pas dans l’AES. Le cadre de son aide à ces pays se situera le plus souvent dans les limites des relations de coopération Nord-Sud, comme cela aurait été le cas avec la France ou tout autre pays occidental en Afrique.
Les chaleureuses accolades et poignées de mains entre les dirigeants russes et aessiens n’y changeront rien. C’est pourquoi, malgré le lancement des nouveaux passeports AES, en dépit de l’attente d’une technologie russe qui permettra à l’AES de combler son déficit énergétique, nonobstant le soutien non négligeable des paramilitaires russes à l’armée malienne face aux groupes armés djihadistes, et bien d’autres choses encore…rien n’a vraiment changé de façon significative dans les pays de l’AES au plan économique et sécuritaire. On revoit tout, on revoit les mêmes choses, tous les jours. La propagande militaro-politique qui se fait en brandissant les relations avec la Russie n’est en réalité que de la démagogie sur le dos des populations de l’AES.
Maurice Konan KOUASSI













