‘@Informateur- Un ouvrage dédié à la mémoire des victimes de la crise ivoirienne. Alexandre Lebel Ilboudo est le premier journaliste écrivain ivoirien à avoir consacré un livre de cent pages en hommage aux victimes de la crise ivoirienne en janvier 2012. En ce jour anniversaire de la fin de la crise postélectorale, nous vous reproposons la critique du livre dont sept cent exemplaires ont déjà été vendus entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso en trois mois seulement.
Troublant, déconcertant ! C’est l’univers sombre et merveilleux d’un journaliste, observateur averti de sa société ivoirienne. Fiction, réalisme et onirisme se mêlent et plongent tout lecteur dans un monde peuplé de fantômes, de morts, de patins, de vils, d’hypocrites, de fourbes, de despotes, de martyrisés… Nombreux sont des critiques qui sont unanimes : le recueil de nouvelles de Lebel Ilboudo Alexandre, Insurrection, publié à compte d’auteur est une réussite littéraire.
La couverture du livre : un fond orange. Le titre est par-dessus tout un programme narratif, mais aussi une invite à la dénonciation et à la prise de conscience: Insurrection. Au bas de la couverture, une foule immense indescriptible qui crie sa révolte, sa grande colère. Quel oxymoron !
Lebel Ilboudo Alexandre a ramassé en quelque cent deux pages d’écriture non seulement une tranche de l’histoire de son pays d’adoption, mais aussi celle d’une époque, de la rébellion armée. Insurrection, un recueil de dix nouvelles, présente les caractéristiques de l’autobiographie, de l’essai et de conte…La préface est signée du célèbre Journaliste-éditorialiste ivoirien Bakary Nimaga et dédié par l’auteur à la mémoire des victimes innocentes de la crise ivoirienne.

Ce recueil, après lecture, est un mélange de souvenirs, de rencontres et de choses vues. Il ne chante pas la mélodie du bonheur, seulement celle des armes, de la barbarie et de la mort. On y entend le chant funèbre d’un pays rendu par des politiques et des assoiffés du pouvoir à une fausse liberté et devenu une terre infernale.
Le récit éponyme, Insurrection, nous réconforte dans notre position : «Devant le refus de ceux qui se voyaient déjà hors-jeu, à l’appel à une insurrection populaire,une marée humaine commença à fourmiller en direction de la présidence….Trois jours après l’insurrection…les rues étaient parsemées de cadavres». Le texte intitulé La tête des gens du pays, nous éclaire plus ou moins sur le changement de comportement des hommes : « Des insurgés, après avoir longtemps mûri dans l’ombre leur plan, avaient surgi d’on ne sait où, comme une flèche, pour planter une sagaie au cœur de l’Etat…sur le champ de bataille des cadavres de soldats et de civils pris au piège par centaines…».
Mais comment en est-on arrivé à cette situation ? «Tout a changé le jour, comme le souligne la nouvelle «La tête des gens du pays», où le peuple a eu comme guide suprême, un chef peu commode… La société toute entière était en décomposition. L’heure était à la délation, à la suspicion et à la haine, avec en toile de fond des atrocités.»
Dans les différents récits, il y a des occasions ratées, des rendez-vous manqués, des vies violées, violentées, volées. Il y a des femmes qu’on a rencontrées et qu’on aurait pu aimer, qu’on aurait pu épouser.
Insurrection est une plongée dans un pan de l’histoire d’un pays en proie à une rébellion, avec des intermittences et des drames. Cette plongée, à bien des égards, nous amène dans le fonds et le tréfonds de l’Homme. Ce recueil troublant et déréglant interroge le mal identitaire, et le mal de la sociabilité.
Journaliste, Lebel promène ses lecteurs dans des lieux où les personnages ne sont qu’un instant. Troublant, déconcertant ! Bienvenue dans l’univers sombre et merveilleux de Lebel Ilboudo. Fiction, réalisme et onirisme se mêlent et plongent tout lecteur dans un monde peuplé de fantômes, de morts, de patins, de vils, d’hypocrites, de fourbes, de despotes.
Homme de communication, ce livre, à bien y réfléchir, est le prolongement de ses articles de journal, mais avec une grande dose de fiction ; car le journaliste ne doit s’en tenir qu’au fait rien qu’au fait. Ne dit-on pas que les faits sont têtus et sacrés ?
Histoire de mort, Histoire de révolte, Histoire de haine : c’est à ce concert crescendo, à ce voyage à travers l’espace et le temps que nous invite les différents narrateurs des dix nouvelles, nouvelles croustillantes.
La réussite littéraire de cette œuvre réside dans la façon dont sont menés les différents récits. Des récits sombres, de cruauté, d’horreur. L’écriture est journalistique, nerveuse. Disponible à la librairie de France, à la librairie Aleph en Côte d’Ivoire et dans à la librairie Jeunesse et à l’hôtel Indépendance au Burkina Faso au prix de 2500 FCFA.
Auguste Gnalehi
Critique littéraire
augustegnalehi@hotmail.com Voir moins












