@informateur- Faure Gnassingbé, l’inamovible président togolais, surnommé «Bébé Gnass » par ses adversaires politiques, qui l’accusent de considérer la présidence de la République comme un héritage paternel vu que sa famille monopolise le pouvoir depuis plus de cinquante ans, ce qui constitue un record mondial de longévité au pouvoir, semble vouloir rempiler pour un cinquième mandat, après 2005, 2010, 2015 et 2020. Prendra-t-il ce risque dans un contexte africain où l’opinion publique rejette de plus en plus les dirigeants qui s’éternisent au pouvoir ? Certains le pensent. Et pourtant, il lui est possible de tirer pendant qu’il est encore temps, les leçons de la chute d’Alpha Condé en Guinée et d’Ali Bongo au Gabon.
En effet, après deux mandats en 2010 et en 2015, Alpha Condé l’ancien président guinéen, s’était mis en tête, contre l’avis du peuple, de suggérer en septembre 2019 à New York, l’organisation d’un référendum qui lui permettrait de briguer un troisième mandat interdit par la constitution de 2010. En réaction, un important mouvement de contestation, ainsi que les plus importantes organisations de la société civile, se dresse contre l’initiative présidentielle. Il fait reporter les élections législatives du 16 février au 1er mars 2020, et annonce la tenue simultanée d’un référendum constitutionnel. L’opposition guinéenne s’oppose à la tenue d’un référendum sur la réforme de la Constitution. Alpha Condé réalise un forcing et le référendum ainsi que les législatives ont finalement lieu le 22 mars 2020.
Le 31 août 2020, son parti annonce qu’Alpha Condé sera candidat à un troisième mandat lors de l’élection présidentielle d’octobre. Durant plusieurs mois, cette perspective suscite une vague de protestation qui fait des dizaines de morts. Le président sortant se présente alors comme le candidat «des femmes et des jeunes». Le 18 octobre, il est déclaré réélu à l’issue du premier tour de scrutin avec 59,5 % des voix. Le 7 novembre, la Cour constitutionnelle rejette les recours des quatre opposants qui dénoncent le bourrage des urnes et proclame la victoire d’Alpha Condé. Ce dernier prête serment le 15 décembre 2020 devant la Cour constitutionnelle, devenant ainsi président pour la troisième fois. Investi le 21 décembre 2020 pour un mandat de six ans par la Cour constitutionnelle, Alpha Condé est hélas culbuté du pouvoir le 5 septembre 2021, par le Colonel Mamadi Doumbouya, commandant du Groupement des forces spéciales guinéennes (GFS) qui déclare qu’il retient Alpha Condé comme prisonnier.
Le colonel annonce la suspension de la Constitution, la dissolution des institutions comme le gouvernement, ainsi que la fermeture des frontières. Il est placé en résidence surveillée et son sort est scellé. Triste fin pour celui qui fut pourtant le premier président démocratiquement élu de l’histoire de la Guinée, mais qui finira par être largement considéré comme un «dictateur».
A la suite d’Alpha Condé arrive Ali Bongo. Après deux mandats en 2009 et en 2016, le fils à président s’accroche toujours au pouvoir. En avril 2023, le Parlement, réuni en Congrès à la suite d’un forum de concertation boycotté par l’essentiel des partis d’opposition, modifie la Constitution en réduisant le mandat présidentiel de sept à cinq ans et en faisant repasser le scrutin à un tour unique.
Le 9 juillet 2023, Ali Bongo annonce sa candidature à un troisième mandat présidentiel. L’opposition dénonce un «pouvoir dynastique», après plus de 55 ans de présidence de la famille Bongo, bien que souffrant toujours de séquelles de son AVC de 2018, Ali Bongo est déclaré vainqueur de l’élection présidentielle par le centre gabonais des élections avec 64,27 % des voix le 30 août 2023. Le même jour, des militaires de la Garde républicaine organisent un coup d’Etat et proclament l’annulation des élections.
Après le coup d’Etat de 2023, Ali Bongo est placé en résidence surveillée. Brice Oligui Nguema, son cousin éloigné, lui succède en tant que «président de la Transition», le 6 septembre 2023. Le 7 mars 2024, Ali Bongo est démis de la présidence du Parti démocratique gabonais (PDG). Pour ne s’en tenir qu’à ces deux exemples, de plus en plus d’observateurs pensent que Faure Gnassingbé devrait méditer la mésaventure d’Alpha Condé et d’Ali Bongo pour se retirer dignement, pendant qu’il est encore temps.
Daouda LY












