@informateur- La succession d’Henri Konan Bédié suscite passion et frénésie du côté de la Maison du parti, à Cocody. Au point où le président intérimaire, Pr Cowply-Boni, croit avoir trouvé la panacée pour éviter une déchirure. A savoir, un consensus autour d’un candidat en lieu et place d’un scrutin qui pourrait fragiliser la cohésion au sein du vieux parti. Mais, sera-t-il entendu ?
Pr Cowply-Boni doit être bien embêté. De fait, en sa qualité de président par intérim du PDCI-RDA, il a souhaité que l’élection du président du parti prévue le 16 décembre 2023, au cours d’un Congrès extraordinaire, fasse place à un consensus permettant de désigner le successeur du Sphinx de Daoukro. Le souhait du vieux dirigeant se justifie par le bouillonnement auquel donne lieu la ‘’pré-campagne’’ avant le grand jour.
En effet, les états-majors des potentiels candidats que sont, pour le moment, Maurice Kacou Gikahué, Akossi Bendjo et Tidjane Thiam (Jean-Louis Billon et Thierry Tanoh ont jeté l’éponge) sont sur le pied de guerre et se lancent des piques ou philippiques par journaux interposés. Ce qui peut faire craindre le pire. La proposition du successeur par intérim de Bédié a donc tout son sens et peut prévenir le grabuge que laisse entrevoir le raffut auquel on assiste depuis la disparition de l’octogénaire.
Mais, paradoxalement, il semble prêcher dans le désert. D’autant que Maurice Kacou Guikahué a botté en touche cette proposition. En y mettant la forme certes, mais, toujours est-il qu’il n’en veut pas et souhaite que soient appliqués les textes. Dans leur rigueur. Il l’a fait savoir au détour d’une interview accordée à un confrère. ‘’Le consensus est une très bonne chose. Mais, on a dit que pour les élections d’Etat, ce sont les primaires, sauf s’il y a consensus. Et puis, le président Bédié nous a appris à faire des élections. Lui-même, il était candidat avec des membres de son bureau, voire de son secrétariat même. On a vu ça. Il nous a donc donné une éducation électorale. C’était une manière de nous dire : je suis dans la transition. Le temps d’Houphouët-Boigny et moi-même?
Mais plus tard, vous allez être confrontés aux élections. Vous savez, de 1960 jusqu’en 1980, il n’y avait pas d’élections dans le parti unique, on nommait les maires, les députés, etc.’’, a-t-il confié. Avant de revisiter l’histoire récente du vieux parti. ‘’Et puis, un matin, le président Houphouët-Boigny instaure la démocratie et annonce la démocratie à l’ivoirienne dans un parti unique avec des candidatures multiples. On l’a fait en 1980, en 1985. Peut-être qu’il avait vu plus loin. C’est ce qui nous a sauvés avec le retour au multipartisme.
Mais si on nommait les gens et qu’on arrivait en 1990 et brutalement, il y avait le multipartisme, ça allait être un désastre pour le PDCI. Donc, le président Houphouët-Boigny, nous a appris à faire la compétition. Et le président Bédié, nous a appris également à faire la compétition à la présidence du parti. Donc, les gens ne devraient pas s’en offusquer. Ça fait partie de la modernisation du parti. Le consensus est une très bonne chose. Mais si la personne veut être candidate, elle est candidate et puis, on va aux élections. Et puis celui qui gagne a gagné et le parti continue’’, a tranché Guik. C’est donc clair, le secrétaire exécutif en chef du PDCI-RDA rejette le consensus. A la place, il veut qu’on aille à la compétition.
- Il devra faire contre mauvaise fortune bon cœur
Que peut désormais le vieux Cowply-Boni ? Si ce n’est de s’aligner. Et faire contre mauvaise fortune, bon cœur. Sauf que l’âpreté de la précampagne indique que le vieux président intérimaire n’a pas tort en ce que sa proposition participe de la nécessité de préserver la bonne ambiance, la convivialité, la fraternité et la solidarité au PDCI-RDA. Ce sont des valeurs fondatrices pour cette formation qui se distingue par son antériorité. Même si le départ du vieux parti du RHDP a réduit la voilure et l’a confiné dans le V Baoulé qui reste l’un de ses derniers bastions. Une situation qui devrait interpeller tous ceux qui semblent souffler sur les braises et encourager une bataille fratricide entre les trois candidats potentiels connus. Notamment, entre Bendjo et Thiam. Le premier cité laissant entendre que le second n’est pas ‘’qualifié’’ pour conduire le PDCI-RDA.
Dans l’une de ses sorties, il avait indiqué qu’il ‘’ne croyait pas aux hommes providentiels’’. Ajoutant que ‘’le PSG a recruté Messi et Neymar, mais ils n’ont rien gagné’’. Quand, de son côté, Kacou Guikahué affirmait que ‘’la candidature de Thiam est illégale, illégitime et contre l’éthique…’’.
De leur côté, les soutiens de Thiam estiment que ce dernier est une ‘’chance’’ pour le PDCI-RDA et devrait être porté à la tête de ce parti. L’objectif clairement affiché étant de faire de l’ancien patron du Crédit suisse le porte-flambeau de la doyenne des formations politiques à la Présidentielle 2025. Sauf qu’à l’allure où vont les choses, le PDCI-RDA pourrait se retrouver le 16 décembre prochain avec un nouveau président mais divisé. En autant de fractions qu’il y a eu de candidatures pour la présidence de ce parti. C’est la pire des choses qui pourraient lui arriver. Et c’est ce que redoute le vieux Cowply-Boni. Mais, personne ne semble l’écouter. Le pauvre !
Ousmane MODIBO












