@informateur- Dans une interview accordée à la chaîne de télévision France 24, le président du Cojep, Charles Blé Goudé, n’a laissé planer aucun doute sur la nature de ses relations avec celui qui apparaissait naguère comme son père, l’ancien président Laurent Gbagbo.
Revenu en Côte d’Ivoire, le 26 novembre 2022, Charles Blé Goudé ne cache pas ses ambitions politiques. En effet, il a le regard fixé sur 2025 qui marque la prochaine élection présidentielle. Dans cette dynamique, il a décidé de s’affranchir de la tutelle de celui qu’il considérait comme ‘’son père’’, soutenant qu’il ne serait jamais candidat à l’élection présidentielle si celui-ci continuait à courir derrière le fauteuil présidentiel qu’il a perdu en 2011. Dorénavant, celui qui se fait aussi appeler Zady Gbapê semble être dans une nouvelle dimension, comme s’il avait fait son aggiornamento, ou plutôt, s’il avait tiré les conséquences du fait qu’il n’a toujours pas été autorisé à être reçu par le Woody de Mama. Une situation qui semble lui avoir totalement ouvert les yeux, comme si les écailles en étaient tombées. A ce sujet, un proverbe Bété enseigne que lorsqu’un enfant perd sa maman, on ne lui dit pas que cette dernière est allée prendre de l’eau au marigot, on lui dit la vérité. Quitte à le voir verser de chaudes larmes. Mais, au moins, il sait désormais comment il doit marcher. C’est exactement le cas de l’ancienne âme damnée de l’ex-refondation. Il sait qu’il ne doit compter que sur lui-même dorénavant. ‘’On ne reste pas lieutenant à vie. Je suis le président d’un parti politique. Je suis prêt à diriger la Côte d’Ivoire, un jour. Je ne suis plus un lieutenant, je vous le confirme’’, a lancé Charles Blé Goudé à la question du journaliste de France 24 qui l’interrogeait en sa qualité d’ex-lieutenant de l’ancien chef de l’Etat ivoirien.
- L’ancien leader des ‘’jeunes patriotes’’ s’est quelque peu lâché
Poursuivant, l’ancien leader de la galaxie patriotique s’est quelque peu lâché, affichant ses ambitions. ‘’2025 marque la fin d’une époque, la fin d’une génération. Je veux m’engager dans la politique de mon pays. J’ai un contrat que je veux conclure avec les Ivoiriens. J’ai des solutions pour résoudre les problèmes qui se présentent à eux. Désormais, quand on parle des élections, il faudra compter avec Charles Blé Goudé et il faut que cela soit clair dans les esprits de tout le monde’’, a-t-il soutenu de son air le plus sérieux.
On peut l’affirmer, Blé Goudé a décidé de rompre le cordon ombilical, l’objectif étant clairement de s’émanciper de tout tutorat, notamment, de celui de son ‘’père’’ afin de tracer sa voie. Sans atermoiement, ni tergiversations, dans un univers aussi impitoyable que celui de la politique où pour beaucoup d’acteurs, les sentiments n’ont pas leur place. Seuls comptent les intérêts dont on sait le caractère ondoyant, fluctuant et instable. On pourra toutefois noter que Charles Blé Goudé s’inscrit dans une logique d’apaisement et de réconciliation voire de paix qui jure avec la raideur des GOR pour qui doit se jouer ‘’un match retour’’ censé transformer le 6 en 9 ou inversement, le 9 en 6. Une logique dont il n’a pas fait mystère depuis son retour. Comme l’a rapporté le confrère Jeune Afrique. ‘’Charles Blé Goudé joue la carte de la réconciliation nationale. Après une ‘’minute’’ de silence en hommage aux quelque 3 000 morts de la crise post-électorale de 2010-2011, l’ex-leader des Jeunes Patriotes a précisé son projet. ‘’Depuis ma cellule de prison, j’ai rêvé de ce moment, a-t-il lancé aux sympathisants. Mon rôle n’est pas de vous révolter. Parce que ce pays a été blessé, ce peuple a été traumatisé. Vous avez besoin d’un discours qui vous rassure. Mon devoir est d’accompagner ce processus de paix’’. Et alors qu’il avait souhaité que ce moment ne soit pas un ‘’meeting politique’’, le ‘’revenant’’ n’a finalement pas su faire autrement. ‘’J’ai entendu quelqu’un dire “Blé Goudé sera notre prochain président”. Qui a dit ça ? Qui a dit ça ?’’, a-t-il demandé à un public levant les mains et criant ‘’Prési, prési’’.
- Blé Goudé ne cache pas ses ambitions présidentielles
Depuis son acquittement le 31 mars 2021 par la Cour pénale Internationale (CPI) de La Haye des crimes contre l’humanité dont il était accusé, aux côtés de Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé ne cache pas ses ambitions présidentielles. ‘’Aujourd’hui, c’est mon premier jour, je ne vais pas trop parler politique, parce que je ne suis pas de passage, je suis venu ici pour de bon. J’aurai le temps de vous parler. A cette même place, on fera un meeting politique où je vais aborder tous les sujets’’, a-t-il annoncé, ajoutant que ‘’il est l’heure de la vérité’’. Comme il en avait l’habitude par le passé, il a usé de proverbes et d’expressions de son répertoire pour faire rire la foule. ‘’Mon grand-père m’a dit : c’est pendant la saison sèche, que l’arbre compte les feuilles qui lui sont restées fidèles’’, a-t-il lancé à destination de ses fidèles soutiens visiblement sous le charme.
On le voit, Blé Goudé ne fait pas que penser à l’élection présidentielle chaque matin lorsqu’il se rase, il en a fait une vraie fixation. Au point où il n’exclut plus de compétir en même temps que son ex-mentor avec qui il n’a plus beaucoup d’atomes crochus. Comme si, pendant leur séjour carcéral à La Haye, les deux hommes avaient épuisé tous les sujets qui pouvaient encore les mettre en lien. Ils n’ont donc plus rien à se dire. Ce qui était inimaginable, quelques années plus tôt. On assiste donc à la naissance d’un nouveau Blé Goudé ‘’vacciné’’ contre les coups du sort, mais qui garde en tête cette idée qu’il doit, un jour, accéder à la plus haute fonction dans son pays. Un rêve dont la réalisation passe par de nombreux sacrifices dont le moindre n’est pas le ‘’parricide’’. Aussi, vient-il de ‘’tuer’’ Laurent Gbagbo, politiquement, bien sûr, même s’il ne renie pas l’héritage de l’ancien chef de l’Etat. Il est donc ‘’gbagboiste’’ sans suivre Gbagbo. C’est ce qui s’appelle un grand écart.
Ousmane MODIBO













