‘@Informateur.info- En moins de trois ans et dans son dernier mandat, le Chef de l’Etat, Alassane Ouattara, a réussi la prouesse de se brouiller avec tous ses amis et alliés de la politique nationale. Pourquoi ont-ils quitté le navire RHDP (Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix), parti au pouvoir?
C’est un euphémisme de dire que le président ivoirien est, aujourd’hui, un homme seul. La liste de ses amis ou alliés qui lui ont tourné le dos est longue. Très longue. Au point où l’opinion est à se demander si Alassane Ouattara ne constitue pas le problème dans la collaboration. Tenez! Francis Wodié, son ami de longue date, nommé président du Conseil constitutionnel au début de son premier quinquennat, a claqué la porte de cette prestigieuse institution le 2 février 2015. L’éminent constitutionnaliste a préféré dégager le plancher non pas pour une question d’éligibilité d’Alassane Ouattara pour les élections à venir d’octobre 2015, comme l’a laissé croire la rumeur abidjanaise mais plutôt pour des « relents politiques qui interfèrent dans les délibérations du Conseil », expliquera-t-il plus tard, le 18 octobre 2018, lors de la présentation de son ouvrage » Côte d’Ivoire/ Le Conseil constitutionnel : 2010-2015/Regards croisés ».

En clair, tout juriste qu’il est, Francis Wodié voit d’un mauvais œil l’immixtion du chef de l’Etat dans les délibérations de l’institution qu’il dirige. Et ce qui devrait arriver arriva. La boîte de Pandore ainsi ouverte, l’édifice d’ADO, comme le surnomment ses partisans, commence, dès lors, à tanguer. Car, le président du Mouvement des Forces d’Avenir, Innocent Anaky Kobena, co- fondateur du RHDP en mai 2005 à Paris, quitte le navire en avril 2015 suite à une « réunion du bureau politique » du parti.

L’homme connu pour ne pas avoir la langue dans la poche, explique son départ. »Pour le malheur des militants des partis politiques signataires au RHDP, que sont le MFA, le PDCI, le RDR et l’UDPCI, et forcément au grand dam de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens, ce projet dont au départ ni Bédié ni Outarra ne voulaient, en raison de la haine et de la rancœur qu’ils nourrissaient l’un à l’égard de l’autre(…), ce beau projet a été braqué par Bédié et Ouattara, chacun avec le projet secret de le mettre au service de son ambition politique (…) », grogne-t-il, le 17 février 2016, dans une interview depuis la capitale française. C’est la rupture avec Alassane Ouattara.Depuis, le président-fondateur du MFA ne manque aucune occasion de brocarder son ex-allié. Et de deux.
En juillet 2018, c’est autour du Président du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié, ex-chef de l’État (1993-1999), d’annoncer le retrait de son parti du « processus de mise en place d’un Parti unifié dénommé RHDP ». En toile de fond, le refus de Ouattara de lui renvoyer l’ascenseur en 2020 après lui avoir facilité sa réélection en 2015. En effet, Bédié et son parti exigeaient une « alternance » au pouvoir qui devrait mettre en selle un cadre du PDCI-RDA pour les présidentielles 2020. Le refus de Ouattara dont les partisans disent « ne pas se reconnaître dans ce marché » finit par exacerber son « aîné », le grand allié qui rompt la collaboration.

Puis, suit, Guillaume Soro, contraint à la démission de la présidence de l’Assemblée nationale pour avoir refusé, également, d’adhérer au RHDP unifié d’Alassane Ouattara. Depuis décembre 2019, il est sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par la justice ivoirienne. Guillaume Soro, faut-il le rappeler, avait lors de sa démission fait cette précision de taille: « j’ai choisi de ne pas m’engager au sein du RHDP unifié. Ainsi, je n’ai point pris part au congrès ordinaire du 26 janvier dernier au stade Félix-Houphouët-Boigny. Grave erreur! Grave faute! Ont tôt fait de clamer certains de mes compères. Mais voyez-vous je suis homme à croire plus au jugement de l’histoire qu’au jugement des hommes ».

En mars et juin 2020, Marcel Amon-Tanoh, ex-ministre des Affaires étrangères, ancien directeur de Cabinet du président Ouattara et Mabri Toikeusse, président de l’UDPCI, tournent, respectivement, le dos au chef de l’État pour marquer leur désaccord avec le choix de Ouattara désignant Amadou Gon Coulibaly ( avant son décès) pour être le porte-étendard du RHDP à la présidentielle du 31 octobre prochain. Depuis ce lundi, la démission du Vice-président de la République, Kablan Duncan, qui peut se targuer d’une amitié de trois décennies avec Alassane Ouattara, a été officialisée par la présidence ivoirienne.
La coupe des frustrations est bien pleine. Ça fait trop de départs dans l’écurie pour que Ouattara ait raison de toutes ces personnalités. Qui est donc le problème où tout semble s’écrouler autour du président ivoirien. Signe indien ou signe Caïn?
Jean François FALL











