@informateur- Depuis plus de deux (2) ans au moins, ils ont pris le pouvoir au Mali, au Burkina Faso, et tout récemment au Niger, au prétexte que ceux qui en tenaient les rênes ne font pas assez pour combattre les terroristes qui ont assujetti de nombreuses localités de leurs pays respectifs. Mais, paradoxalement, la situation sécuritaire n’a pas évolué. Puisque les djihadistes continuent à opérer des raids et à endeuiller les populations quasiment abandonnées à leur sort.
Pour comprendre ce qui se passe au Mali, au Burkina et au Niger et, subséquemment, apprécier l’arnaque putschiste à laquelle on assiste dans ces pays, il serait judicieux de faire une sorte d’état des lieux de la situation sécuritaire récente. Par exemple, au Mali, des attaques « terroristes » ont fait plus de 60 morts dans le Nord du pays.
Selon le gouvernement dominé par des militaires, deux attaques distinctes ont fait au total 64 morts – 49 civils et 15 soldats – dans le Nord du Mali. Un deuil national de trois jours a été décrété à partir de vendredi. Parallèlement, la mission de l’ONU (Minusma), poussée vers la sortie par les nouvelles autorités du Mali en place depuis 2020, vient de quitter deux camps proches de Tombouctou, Ber et Goundam, transférés aux forces de défense et de sécurité maliennes. Cette prise de contrôle par l’État malien a donné lieu à des combats avec les djihadistes, mais aussi des accrochages avec les ex-rebelles touaregs.
Au Burkina, la situation n’est guère meilleure. S’il y a eu les massacres d’Inata (54 morts) et de Solhan (160 morts) sous le régime civil de Roch Marc Christian Kaboré, les régimes d’exception du Lieutenant-Colonel, Paul-Henri Damiba et du Capitaine Ibrahim Traoré portent également sur la conscience des hécatombes de Seytenga (86 morts) et de Partiaga (60 morts). Des attaques qui ne cessent de s’intensifier depuis l’avènement des militaires au pouvoir depuis 2022. La dernière attaque majeure en date est s’est produit le 4 septembre à Koumbri dans le Nord-Ouest du pays. Bilan, 53 militaires et volontaires burkinabè abattus. Autre théâtre, même réalité.
Au Niger, dans la nuit du mardi 2 octobre, 29 soldats ont été tués par des centaines de terroristes circulant à moto dans le Sud-Ouest du pays. Selon la junte militaire, mais ce chiffre serait d’au moins une soixantaine 60 de morts selon des sources civiles. C’est l’attaque la plus meurtrière depuis la prise de pouvoir des militaires fin juillet dans ce pays miné par des violences djihadistes.
La question que l’on est amené à se poser va de soi : qu’est-ce qui a changé depuis que les juntes militaires gouvernent leurs pays respectifs? Rien dans le fond. C’est à croire qu’ils ont pris le pouvoir pour rien. Pour trois fois rien. Et le plus triste, c’est qu’ils refusent de tirer les conséquences de leur incurie en activant les choses pour que l’on revienne à un ordre constitutionnel normal.
Au contraire, ils multiplient les manœuvres dilatoires pour ne pas quitter le pouvoir. C’est dans cette logique douteuse qu’il faut inscrire le discours populiste et propagandiste qui fait accroire que c’est la France qui est à la base des problèmes que connaissent leurs pays. Mais ce discours ne devrait pas abuser les populations qui souffrent le plus de l’amateurisme des militaires.
Aussi, celles-ci seraient fondées à demander des comptes à Assimi Goita, au Mali, Ibrahim Traoré, au Burkina, Tchiani Abdourahamane, au Niger. Ils n’ont pas tenu leurs promesses centrées, pour l’essentiel, sur la libération de leurs pays de la nébuleuse djihadiste. Mais, ce n’est pas tout. Puisque non contents de ne pas pouvoir faire efficacement face à la menace terroriste, les putschistes au pouvoir dans ces pays ouvrent des chantiers qui laissent clairement voir qu’ils n’entendent pas lâcher prise assez tôt. C’est le cas de la ‘’Charte du Liptako Gourma’’ ou Alliance des Etats du Sahel (AES) créée le 16 septembre 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Son but est « d’établir une architecture de défense collective et d’assistance mutuelle ».
L’article 6 de la Charte prévoit que « toute atteinte à la souveraineté et à l’intégrité du territoire d’une ou plusieurs parties contractantes sera considérée comme une agression contre les autres parties et engagera un devoir d’assistance et de secours de toutes les parties, de manière individuelle ou collective, y compris l’emploi de la force armée pour rétablir et assurer la sécurité au sein de l’espace couvert par l’Alliance ». Cette démarche devrait être dévolue à un régime légitime couvert par l’onction populaire par le biais d’une élection. C’est la preuve que les militaires ont un agenda qui exclut tout scrutin avant longtemps. C’est préoccupant.
Ousmane MODIBO












