@informateur.ci- Au Mali, la chasse aux fonctionnaires dits « fictifs » prend une tournure explosive. Les autorités de transition ont annoncé que plus de 36.000 agents publics seraient radiés des registres de la fonction publique, une mesure censée assainir les finances de l’État. Mais derrière cette opération de transparence, ce sont des milliers de vrais fonctionnaires qui se retrouvent privés de salaire.
Depuis septembre, les versements de salaires de quelque 6.000 agents dits « non enrôlés » ont été suspendus pour une durée de trois mois, suscitant la colère des syndicats. La coordination des syndicats signataires du 15 octobre 2016, qui regroupe la majorité des enseignants du primaire et du secondaire, a adressé une lettre au gouverneur du district de Bamako pour exiger la reprise immédiate des paiements.
« Le chiffre de 36.000 agents fictifs est exagéré », dénonce Souleymane Minkeyla Maïga, du Syndicat national des enseignants des collectivités territoriales.
Selon lui, cette estimation représenterait près de 5 % de la masse salariale, soit environ 48 milliards de FCFA. « Nous avons des collègues enrôlés dont les noms figurent pourtant sur la liste des non-enrôlés. Beaucoup d’agents physiquement présents se trouvent dans cette situation. On ne peut pas traiter cela dans la précipitation », insiste-t-il.
L’État mise sur le Système intégré de gestion des ressources humaines du Mali (SIGRH) pour rationaliser l’administration et éliminer les doublons. Mais la mise en œuvre du dispositif révèle de graves dysfonctionnements. Plusieurs fonctionnaires, pourtant enregistrés, apparaissent sur les listes noires. C’est le cas du professeur Loceny Bengaly, secrétaire général du Syndicat de la santé, radié malgré un récépissé attestant son enrôlement biométrique.
« Cela fait plus de 30 ans que je sers au CHU Gabriel Touré. J’ai été contrôlé plusieurs fois et aujourd’hui, on me dit que je suis fictif », s’indigne-t-il. Pour lui, les problèmes techniques et les difficultés de déplacement des agents en région ont aggravé la situation.
Une rencontre la semaine dernière entre autorités et syndicats a ouvert la voie à un compromis, avec la perspective de rétablir le salaire des 6.000 agents déclarés non enrôlés. Mais les syndicats maintiennent la pression et menacent d’une grève si la suspension des salaires est confirmée. Une telle mobilisation risquerait de perturber la rentrée scolaire prévue le 1er octobre prochain, mettant encore plus le gouvernement face à ses responsabilités.
Yannick KOBO












