@informateur.ci- C’est dans l’allégresse et dans une ambiance carnavalesque que l’ancien président Laurent Gbagbo, fondateur du PPA-CI, a été investi, le vendredi 10 mai 2024, au Sofitel Hôtel Ivoire, dans la commune huppée de Cocody.
«J’accepte d’être votre candidat pour la Présidentielle prévue en octobre 2025», a-t-il déclaré. Dans son discours de plus d’une heure prononcé en fin de journée devant ses partisans, il s’est engagé « à faire un seul mandat (…) mais un mandat où tout sera bouclé ». Il sait pourtant qu’il n’est pas éligible et ses militants aussi. Néanmoins, Laurent Gbagbo ragaillardi par le soutien inconditionnel de ses ‘’nervis’’, a esquissé un début de programme politique, annonçant notamment des mesures pour mettre fin à la corruption, rendre la justice plus indépendante, désendetter le pays, créer un meilleur système de santé.
Cependant, le candidat Laurent Gbagbo qui se dit ‘’démocrate’’ devrait savoir qu’une décision de justice se combat par une autre décision de justice et non par la force ou la provocation. C’est en cela que sa candidature pose un sérieux problème.
- Sa candidature pose problème
Parce qu’elle questionne la nature de cet homme qui démontre finalement qu’il n’est pas un homme de paix. Autrement, il aurait dissuadé son parti de porter son choix sur lui jusqu’à ce que la décision de justice qui l’empêche d’être candidat soit levée. Soit, par une amnistie, soit, par une autre décision de justice.
Dans tous les cas, il ne devrait pas accepter d’être investi par son parti tant que sa situation reste inchangée. Dans cette logique, on ne se lassera jamais de convoquer le cas du Pastef, au Sénégal, où, dans les mêmes circonstances, mais pour des raisons différentes, l’ex-opposant Ousmane Sonko s’est effacé au profit de son ex-N° 2 Bachirou Diomaye Faye, pour que ce dernier soit le porte-étendard de ce parti à l’élection présidentielle qui s’est tenue en mars 2024. On connait la suite de l’histoire.
Le Pastef est aujourd’hui au pouvoir. Il est vrai que Gbagbo n’est pas Sonko et que la Côte d’Ivoire n’est pas le Sénégal, mais pourquoi devrait-on s’interdire de copier les bons exemples ? Le cas Sonko n’est-il pas, en son entéléchie, emblématique du don de soi qui devrait caractériser tout leader digne de ce nom ? Parce que, disons-le tout net, le bon leader, ce n’est pas celui qui ramène tout à lui, de qui tout procède et à qui tout retourne. Mais plutôt, celui qui montre la voie, quitte à s’interdire de l’emprunter si cela va contre l’intérêt du groupe. Quitte à sacrifier ses propres intérêts au profit de l’intérêt général. Quitte, enfin, à s’offrir en ‘’holocauste’’ pour que vive le groupe. Au surplus, le candidat potentiel du PPA-CI aura 80 ans bien sonnés à la date du scrutin. Ce qui devrait l’incliner à se poser les bonnes questions. Peut-il, à cet âge canonique, avec la petite forme dans laquelle il se trouve présentement, assumer à nouveau des charges aussi prenantes que celles d’un chef de l’Etat ? Cette question en appelle une autre. Que peut-il faire à cet âge, alors qu’on l’a déjà vu à l’œuvre dans la même charge ? Il n’avait pas pu sécuriser la Côte d’Ivoire partitionnée sous son régime par une rébellion. En effet, Gbagbo a été surpris par une attaque dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002. Cette attaque s’est muée en rébellion qu’il n’a jamais matée en dépit des nombreuses tentatives initiées par son pouvoir. Alors, que va encore offrir Laurent Gbagbo à ses compatriotes ?
- Il ne faisait pas bon émettre un autre son…
Faut-il rappeler que sous son régime, il ne faisait pas bon émettre un autre son que celui de ses partisans ? Des journaux ont été déchirés et des rédactions saccagées par ceux-ci parce que celles-ci et ceux-là émettaient des sons que le clan ne voulait pas entendre. Ce sont des choses qui ne s’oublient pas. De même, sous le même Gbagbo, des Ivoiriens qui avaient le malheur de supporter son opposition ont été massacrés parce qu’ils voulaient marcher (ils n’ont pas marché finalement mais beaucoup ont été occis). C’étaient les 24, 25 et 26 mars 2004. Il y eut 125 morts, selon les enquêteurs de l’ONU ; 500, d’après l’opposition d’alors. La vérité se trouve sans doute entre les deux bilans. C’est le même Gbagbo qui veut reprendre le pouvoir.
En réalité, il faut que la lucidité gagne le PPA-CI et ses cadres. Laurent Gbagbo ne peut plus rien apporter aux Ivoiriens. Il est évident que son nom fait encore danser certains, mais l’homme n’est plus le même. Il a vécu. Et devrait passer la main. En toute logique. Sinon, il fait de la provocation. Et il le sait en son for intérieur. Mais parce qu’il veut emmerder son successeur, il est prêt à tout. C’est dommage!
OM/Informateur.ci












