@informateur.ci- Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire -Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) n’a pas encore retrouvé la cohésion et l’unité qu’il lui faut pour aller sereinement à l’élection présidentielle du 31 octobre 2025 depuis le décès, en mars 2023, de l’ancien président Henri Konan Bédié. La transition n’ayant pas été réussie entre la vieille garde restée fidèle jusqu’au bout au Sphinx de Daoukro, ceux qu’on appelle ‘’les gardiens du temple‘’, et les jeunes loups aux dents longues qui se sont positionnés au sommet du parti dans le sillage de Cheick Tidjane Thiam, il faut admettre que l’arrivée de l’ancien banquier à la tête du PDCI-RDA ne s’est pas faite dans des conditions idéales.
Car l’esprit de Bédié n’est pas mort avec son la disparition de celui-ci. S’il a certes perdu le pouvoir suite au coup d’Etat du 24 décembre 1999, il est celui qui a maintenu le PDCI-RDA en vie au moment où, en pleines intempéries consécutives au putsch du Général Robert Guéi, beaucoup annonçaient la mort de ce parti. Plus récemment, Henri Konan Bédié fut le père de la ‘’ Stratégie nationale de remobilisation, de redynamisation et de modernisation ‘’ du parti septuagénaire. Il a pris des mesures et arrêté des décisions qui ont permis de renforcer les capacités de l’appareil du parti. Soucieux de la structuration de son parti, il a créé des organes et des instances adaptés au nouveau contexte de lutte, dont les capacités ont été renforcées pour faire face aux nouveaux défis de la lutte pour le pouvoir. Il a insufflé, de 2019 à 2020 et bien au-delà, les colloques, les séminaires et les vastes tournées dans les représentations départementales du PDCI, pour recueillir les aspirations de la base. Ce qui a permis d’élaborer un ‘’ Document nationale stratégique de synthèse ‘’ pour servir de base aux actions et batailles à mener pour la reconquête du pouvoir d’Etat.
Avec Bédié, il faut reconnaître que le PDCI-RDA a mérité son nom. Il a été critiqué voire contesté. Des divergences de vue sont parfois apparues à la Maison du Parti à Cocody et des cadres plus jeunes, notamment Jean Louis-Billon, n’ont pas caché leurs ambitions présidentielles. La démocratie était une réalité au sein du Parti démocratique de Côte d’Ivoire. Tout le monde pouvait donner un avis contraire. Mais Bédié, en bon père de famille, n’a pas privilégié la chicotte. Il a su faire preuve d’ouverture d’esprit pour rassembler les cadres et la base autour de l’idéal commun, en faisant de l’union et la solidarité les vertus du PDCI-RDA. Surtout, il a su maintenir sa confiance en ses collaborateurs, anciens et jeunes, sans faire naître de frustrations irréversibles. Et c’est cet esprit qui a porté et guidé le parti dans la lutte lors de la difficile crise électorale de 2020, au moment où Bédié dirigeait la coalition de l’opposition. C’est cet esprit que Tidjane Thiam a trouvé à son arrivée et qui vit encore à travers ceux qui furent les fidèles compagnons de lutte de Bédié, ceux qui, à la base, partagent encore la vision du Sphinx de Daoukro.
Mais Thiam a sans doute voulu trop tôt changer le visage des choses, à travers une vision de la modernisation du parti qui semble ne reposer que sur le rajeunissement systématique de la haute direction du PDCI-RDA, et par conséquent la mise à l’écart des gardiens du temples, fidèles de Bédié, incarnés par la figure emblématique que représente Pr Maurice Kakou Guikahué, ancien Secrétaire exécutif du PDCI-RDA, qui a été évincé sans grande élégance de ce poste. Rompant ainsi l’équilibre qui faisait la stabilité du parti. Les anciens reprochent à Thiam et à sa garde d’avoir opéré le rapt du PDCI-RDA. Certes on retrouve quelques anciens autour de Thiam, mais beaucoup de ceux-là sont connus pour avoir contesté la vision de Bédié. Mais surtout, il se dégage le sentiment que le nouveau président du ‘’ Vieux Parti ‘’ qui, pour certains, souffre d’un complexe de légitimité et de l’ombre de la vieille garde, veut faire fi de l’histoire et des acquis, enterrer les vieux symboles pour réinventer le PDCI-RDA, le récréer et en faire un nouveau parti à la mesure de ses ambitions personnelles.
Mais l’exercice est difficile car Tidjane Thiam arrive sans doute trop tard dans un monde, dans un PDCI-RDA déjà trop vieux. Et il y a tout lieu de craindre que l’ancien banquier, descendant de Félix Houphouët-Boigny, ne saborde lui-même l’appareil politique censé le mener au pouvoir, s’il ne parvient pas à réaliser l’équilibre entre les différentes composantes et tendances du PDCI-RDA et à capitaliser les acquis. Car on ne gagne jamais une élection présidentielle avec un parti divisé et fragilisé.
KKM/informateur.ci












