@informateur- Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont franchi le Rubicon politique ouest africain. Depuis quelque temps, ils ont claqué la porte de l’organisation sous-régionale, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) pour se constituer en Organisation des Etats du Sahel (AES). Une démarche qui suscite des réactions diverses. Tandis que les souverainistes africains applaudissent les régimes militaires en place dans ces pays et saluent leur détermination à se soustraire du «joug colonial de la France» d’autres voix, les plus nombreuses, appellent les dirigeants de ces pays à la sagesse et leur demandent de reconsidérer leur position, au regard des risques politiques, diplomatiques, économiques et humains que leur choix induits.
En effet, la tradition souverainiste a toujours été de blâmer l’ancienne tutelle coloniale et de la rendre responsable de tous les maux des Etats de l’ex-Afrique occidentale française (AOF) pour ne parler que de la sous-région. Mieux, les souverainistes qui, pourtant mettent en garde contre toute tutelle occidentale, se réjouissent étonnement que les pays de l’AES se soient défait de la France pour se trouver un autre tuteur: la Russie. Ainsi, à les écouter, il y a le mauvais tuteur, la France, et le bon tuteur, la Russie. Et tandis que les souverainistes estiment que le retard de développement des Etats du «pré-carré» français, disent-ils, en Afrique est dû «au pillage des ressources» de ces pays par la France, on leur fait remarquer que depuis les indépendances ces pays sont dirigés par des africains, leurs propres ressortissants, et qu’à ce jour, la Russie n’a pas encore aidé un pays africain à atteindre le niveau de développement escompté. Une réalité que les souverainistes ne peuvent hélas nier.
Mais laissons là les opinions qui s’entrechoquent pour toucher du doigt la réalité du projet de «libération des griffes de la France» initié par les dirigeants «Aessiens». Une France dont ceux-ci voient la main derrière les sanctions de la CEDEAO qui frappent les régimes putschistes de ces pays. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger qui font hélas partie des économies les plus faibles de la sous-région et dont l’agriculture n’est des plus florissantes, dépendent en grande partie de leurs échanges commerciaux avec les Etats de la CEDEAO, via les marchés et les ports d’Abidjan et de San-Pedro en Côte d’Ivoire, d’Accra au Ghana et de Lomé au Togo. Certes, incontestablement, les pays de l’AES disposent de ressources naturelles et sont les pourvoyeurs du marché sous-régional en bétail et certains produits du cru. Mais au regard des forces en présence, qui a le plus à perdre au plan économique dans une rupture avec la CEDEAO, dans une rupture des accords politiques et économiques sous-régionaux?
Dans un contexte économique qui s’est mondialisé depuis bien longtemps, est-il vraiment sage, quand on ne se suffit pas, de rompre avec les pays dont on dépend le plus immédiatement, le temps que la Russie ne fasse tomber la pluie sur le Sahel? Au plan humain, les pays de l’AES présentent historiquement les taux d’immigration les plus importants en direction des autres Etats de l’Afrique de l’ouest, en particulier la Côte d’Ivoire où une forte diaspora burkinabè, malienne et nigérienne vit et travaille. Ce qui représente un flux financiers important de la Côte d’Ivoire vers ces pays. Une manne non négligeable dont les familles et proches au pays se trouveront privée.
Les dirigeants de l’AES ont-ils pensé à la situation de leurs millions de ressortissants qui ont essaimé dans la sous-région et sur qui cette situation pourrait avoir un impact défavorable en raison de la rupture des accords entre les Etats? Les mesures d’embargo, de cessation du trafic transfrontalier de produits de première nécessité, notamment les denrées alimentaires prises par la CEDEAO à la suite des coups d’État qui ont porté au pouvoir les régimes militaires Aessiens ne furent-elles pas sur le point de tourner à la catastrophe humanitaire dans ces pays et l’organisation sous-régionale ne dût-elle pas les lever après des tractations diplomatiques pour des raisons humanitaires?
Au Burkina Faso, au Mali et au Niger, en quoi est-ce que la faim et les difficultés multiples entraînées par la sortie de la CEDEAO constitueraient un triomphe sur la France et ceux qu’on nomme ses «valets» en Afrique. La politique ne reste-t-elle pas une saine appréciation de la réalité et la diplomatie ne pourrait-elle pas avoir des vertus pour les transitions en place dans les Etats de l’AES, du moment que tôt ou tard ces transitions seront appelés à céder le pouvoir à des régimes démocratiques ?
Daouda LY












