@informateur.ci- La Confédération des Organisations de Victimes des Crises Ivoiriennes (COVICI) a dévoilé, ce mercredi 29 juillet 2026 à son siège de Cocody, un Manuel d’accompagnement des intervenants sociaux et travailleurs sociaux en santé mentale et soutien psychosocial (SMSP). Cet outil est destiné à renforcer la prise en charge des personnes vulnérables, en particulier des victimes des différentes crises qu’a traversées la Côte d’Ivoire.
Présenté lors d’un point de presse, ce guide pratique répond à un besoin croissant d’accompagnement psychologique des populations affectées par les conflits. Il vise à améliorer les compétences des intervenants de terrain afin de favoriser une meilleure prise en charge des traumatismes et de contribuer à la consolidation de la cohésion sociale.
Le président du Conseil d’administration de la COVICI, Toe Seydou, a rappelé que les conséquences des crises ivoiriennes ne se limitent pas aux pertes humaines et matérielles. Selon lui, de nombreuses victimes continuent de vivre avec des traumatismes profonds, marqués notamment par le stress post-traumatique, l’anxiété, la dépression ou encore certaines formes d’addiction.
Il a souligné que, malgré les mécanismes de justice transitionnelle mis en place après la crise post-électorale de 2010-2011, une grande partie des victimes demeure confrontée à une souffrance psychologique persistante. Cette détresse se traduit souvent par l’isolement, des difficultés d’insertion socioprofessionnelle et une précarité durable. Il a également alerté sur les risques liés à la perte de repères identitaires, susceptibles d’alimenter des sentiments de haine ou de vengeance en l’absence d’un accompagnement adapté.
Ce manuel s’inscrit dans le cadre du Projet de renforcement de la cohésion sociale et de la prise en charge psychosociale des victimes vulnérables, y compris les survivants de violences sexuelles liées aux conflits. Le projet bénéficie du soutien financier du Fonds d’héritage pour la justice transitionnelle en Afrique (ATJLF).
Chargée des projets de la COVICI, Elwige Brink’S a indiqué que le document a été conçu comme un outil opérationnel destiné aux organisations de la société civile, aux associations de victimes, aux travailleurs sociaux, aux défenseurs des droits humains, aux pairs-éducateurs ainsi qu’aux partenaires institutionnels.
Son objectif est de renforcer les compétences des intervenants, notamment en matière d’écoute active, de premiers secours psychologiques, d’auto-assistance communautaire et d’orientation des cas nécessitant une prise en charge spécialisée.
Psychologue certifiée en psycho-traumatisme et contributrice à l’élaboration du manuel, Koffi Judith a expliqué que le document utilise un langage accessible afin d’être facilement exploité par les bénévoles et acteurs communautaires ne disposant pas d’une formation spécialisée. Elle a précisé que ces intervenants n’ont pas vocation à remplacer les professionnels de la santé mentale, mais à offrir un premier soutien psychologique avant d’orienter les personnes vers les structures compétentes.
Pour Koné Abdoulaye, secrétaire chargé du suivi-évaluation de la COVICI, ce manuel vient combler un vide longtemps constaté sur le terrain. Il constitue, selon lui, un cadre méthodologique essentiel pour accompagner efficacement les victimes tout en aidant les intervenants à mieux gérer leurs propres traumatismes.
À l’issue de la présentation, la COVICI a appelé les ministères de la Santé et de la Formation professionnelle à intégrer les modules du manuel dans les cursus de formation des travailleurs sociaux et des agents de santé. L’organisation exhorte également les partenaires techniques et financiers à renforcer leur appui aux programmes de santé mentale et invite les ONG à mieux protéger leurs intervenants afin de garantir un accompagnement psychosocial durable, éthique et de qualité des victimes de crises en Côte d’Ivoire.
Yannick KOBO












