@informateur.ci- La Confédération des organisations des victimes des crises survenues en Côte d’Ivoire (COVICI) veut remettre la question de la réparation des victimes au cœur du débat public. Réunie lundi 24 août 2026 à Cocody pour un point de presse, l’organisation s’est insurgée contre le blocage du processus depuis 2021 et a appelé les autorités ivoiriennes à renouer le dialogue avec les associations de victimes.
Pour la COVICI, le parachèvement de la réparation constitue une étape essentielle pour consolider la cohésion sociale et achever le processus de justice transitionnelle engagé après plusieurs décennies de crises politiques et militaires. Dans une déclaration lue par sa vice-présidente, Mme Ahoua Dagnogo, au nom du président du conseil d’administration, Toé Seydou, la confédération a rappelé les lourdes conséquences des crises qui ont marqué la Côte d’Ivoire depuis 1999. Le coup d’État de 1999, la rébellion armée de 2002 et la crise postélectorale de 2010-2011 ont notamment fait des morts, des blessés, des déplacés et des exilés.
Selon les chiffres rappelés par la COVICI, la crise postélectorale aurait fait au moins 3 000 morts, près d’un million de déplacés internes et plus de 300 000 Ivoiriens contraints de quitter le pays. L’organisation évoque également 2 969 cas de violences sexuelles et basées sur le genre.
Pour répondre aux conséquences de ces crises, les autorités avaient mis en place plusieurs mécanismes de justice transitionnelle, dont la Commission nationale pour la réconciliation et l’indemnisation des victimes (CONARIV). Son rapport final, remis au président de la République le 19 avril 2016, faisait état de 874 056 dossiers étudiés, parmi lesquels 316 954 demandes de réparation validées.
La majorité des dossiers validés, soit 84,78 %, concernait la destruction de biens. Les blessures graves représentaient 8,45 %, les meurtres et disparitions 6 %, tandis que les violences sexuelles et basées sur le genre comptaient pour 0,77 %. Une première opération dite « phase de compassion » avait permis, entre août 2015 et octobre 2017, à 4 500 victimes, dont 3 500 familles de personnes décédées et 1 000 blessés, de recevoir une aide financière d’un million de francs CFA.
Lancée en octobre 2017, la phase de réparation devait aller plus loin. Elle prévoyait notamment la prise en charge médicale des blessés, l’accompagnement scolaire des enfants et orphelins, le financement d’activités génératrices de revenus ainsi que des réparations communautaires.
Mais près de dix ans après le rapport de la CONARIV, la COVICI estime que les résultats demeurent très faibles. S’appuyant sur un document du ministère de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté publié en août 2020, elle avance un taux global d’exécution de seulement 5 %.
L’organisation affirme que le processus est pratiquement à l’arrêt depuis 2021. Elle dit pourtant avoir privilégié le dialogue avec les pouvoirs publics. Le 6 juillet 2026, elle a adressé une demande d’audience à la ministre de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté, Myss Belmonde Dogo. Cette démarche, enregistrée sous le numéro 002030, n’aurait reçu aucune suite à ce jour, déplore la confédération.
Pour la COVICI, la réparation ne saurait être considérée comme une simple action sociale ou une faveur administrative. Elle constitue, selon elle, un droit découlant du processus de justice transitionnelle. L’organisation rappelle également l’engagement du président Alassane Ouattara de faire en sorte que « tout le monde soit réparé », estimant que cet objectif reste encore loin d’être atteint.
Pour relancer le processus, la COVICI formule plusieurs recommandations. Elle réclame d’abord la restauration urgente du dialogue institutionnel et la création d’un cadre permanent de concertation associant notamment le ministère de tutelle, le Programme national de cohésion sociale (PNCS), la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), la COVICI et les autres organisations de victimes.
La confédération demande également l’adoption d’une loi portant statut des victimes et fixant un cadre indemnitaire. Elle propose notamment une pension viagère équivalente au SMIG pour les veuves, les orphelins et les personnes devenues invalides à la suite des crises.
Elle souhaite aussi la publication d’une liste consolidée des victimes, ainsi que l’ouverture d’une procédure transparente de contentieux pour les 557 102 dossiers non validés. Chaque demandeur devrait, selon elle, être informé individuellement de la suite réservée à son dossier.
La COVICI plaide en outre pour la gratuité des actes d’état civil pour les familles de victimes, la prise en charge médicale intégrale des blessés, le renforcement de l’accompagnement scolaire et l’extension des réparations communautaires dans les zones les plus touchées.
Enfin, elle demande une meilleure protection des organisations de victimes, notamment après le cambriolage de son siège à Cocody dans la nuit du 22 au 23 novembre 2025. Elle souhaite également être officiellement associée au suivi et à l’évaluation du processus.
Yannick KOBO











