@informateur.ci- Dans une lettre ouverte adressée à la CPI, le lundi 8 décembre 2025, l’ancien président Laurent Gbagbo a demandé à la CPI de rouvrir le dossier sur la crise postélectorale pour que soit sue la vérité. Une démarche que dénonce Diomandé Adama, président de l’Association pour la défense de la démocratie et des libertés (ADDL).
«Laurent Gbagbo a adressé une nouvelle lettre aux Ivoiriens. Une lettre écrite comme si la Côte d’Ivoire était amnésique, comme si notre peuple devait oublier la décennie de souffrances, de divisions et de violences qu’il a traversée sous son magistère. Cette lettre, emplie d’accusations et d’autojustifications, tente une nouvelle fois de rejeter ses responsabilités sur d’autres, d’effacer son rôle central dans la crise post-électorale et d’inverser les rôles entre victime et bourreau. Cette fois-ci, il est nécessaire de répondre. Parce que l’Histoire ne doit plus être manipulée. Parce que la vérité doit être dite, calmement, clairement, fermement. Parce que la Côte d’Ivoire mérite mieux que la distortion permanente des faits.
- Gbagbo : une lettre qui évite l’essentiel
Dans sa missive, Laurent Gbagbo s’interroge encore sur les raisons de son transfert à la Cour pénale internationale (CPI). Il fait mine d’ignorer ce que chaque Ivoirien sait : Il a refusé les résultats de l’élection. Il a plongé le pays dans une crise sanglante. Il n’a jamais assumé la responsabilité des violences commises sous son autorité.
Aujourd’hui encore, il parle comme s’il n’avait jamais entendu les cris des victimes, comme si les centaines de morts de décembre 2010 à avril 2011 n’avaient jamais existé. Cette incapacité à reconnaître la réalité est précisément ce qui a conduit à son isolement politique et moral.
J’étais le seul Ivoirien invité sur France 24 pour commenter son transfert : un moment de vérité. Le jour où Gbagbo a été transféré à La Haye, le monde entier observait la Côte d’Ivoire. Ce jour-là, France 24 n’a invité qu’un seul Ivoirien pour analyser cet événement historique : c’était moi, Diomandé Adama. Ce n’était pas un hasard. C’était la reconnaissance d’une voix ivoirienne libre, informée, courageuse, capable de dire ce que beaucoup n’osaient pas exprimer.
- C’est une stratégie, pas un accident
Lors de cette intervention, j’ai expliqué, chiffres et faits à l’appui, que : le FPI a toujours manipulé la réconciliation pour retarder les élections. C’était une stratégie, pas un accident. Ils misaient sur l’usure du processus de paix pour maintenir Gbagbo au pouvoir. Ils savaient que Gbagbo finirait devant la justice internationale.
Ils ont menti lorsqu’ils ont prétendu être surpris. Les avertissements politiques existaient, les signaux judiciaires étaient connus, les SMS circulaient 48 heures avant son transfert.
L’attitude de Gbagbo à sa première comparution était une mise en scène. Alors que son avocat parlait de « choc », lui apparaissait souriant, confiant, provocateur, utilisant la tribune de la CPI pour rejouer son vieux discours anti-français, déjà répété depuis des années.
La Côte d’Ivoire remplissait pas les conditions institutionnelles pour juger un ancien président accusé de massacres. J’ai dit ce que beaucoup n’osaient pas dire : « Je n’ai aucune honte qu’un Africain soit jugé à l’étranger, si c’est la seule façon pour les victimes d’obtenir justice ». L’exemple de Hissène Habré était là : 20 ans au Sénégal sans procès.
- Là où Gbagbo tente de réécrire l’Histoire, nous rappelons les faits
Dans sa lettre, Gbagbo revient avec les mêmes accusations : la France serait responsable, l’ONU complice, ses adversaires perfides… Cette même rhétorique a été utilisée dans l’émission que j’avais analysée. Elle ne convainquait déjà plus personne. Elle convainc encore moins aujourd’hui. Car l’Histoire est têtue : ce sont ses refus répétés d’appliquer les accords de paix qui ont mené à l’impasse. Ce sont ses ordres et son refus des résultats qui ont enclenché la spirale meurtrière. Ce sont ses choix politiques qui ont fracturé la nation. La CPI n’a pas été son humiliation. La CPI a été la conséquence logique de ses décisions.
- La Côte d’Ivoire doit se souvenir pour avancer sereinement
Si les Ivoiriens tournent la page, ce n’est pas par oubli. C’est par lassitude. C’est parce que nos enfants méritent un pays qui avance, pas une nation prise en otage par les regrets et les manipulations d’un homme qui refuse d’assumer. Laurent Gbagbo a été acquitté, soit. Mais il n’a jamais été blanchi par la mémoire collective. Car la mémoire, elle, n’est pas un tribunal : elle est un miroir.
- Dire la vérité pour pacifier l’avenir
Je réponds aujourd’hui à Laurent Gbagbo non pas pour rouvrir les plaies, mais pour empêcher qu’elles ne suppurent encore. Le pardon ne peut pas naître du mensonge. La réconciliation ne peut pas reposer sur la dénégation. La paix ne peut pas se construire sur l’imposture mémorielle. En Côte d’Ivoire, nous avons appris à avancer avec dignité. À protéger la vérité, à respecter la justice, à honorer les victimes. Nous ne voulons plus d’un pays constamment ramené en arrière par ceux qui refusent de regarder en face ce qu’ils ont fait ».
DIOMANDE Adama
Président de l’ADDL













