@informateur.ci- La Cour constitutionnelle de Thaïlande a annoncé vendredi 29 août la destitution de la Première ministre Paetongtarn Shinawatra, suspendue depuis juillet, ainsi que celle de son cabinet. En cause, sa gestion jugée contraire aux normes éthiques du conflit frontalier avec le Cambodge qui a récemment plongé les deux pays dans une grave crise diplomatique et sécuritaire.
L’affaire remonte à juin dernier, lorsqu’un enregistrement d’une conversation téléphonique entre Paetongtarn Shinawatra et l’ancien Premier ministre cambodgien Hun Sen a fuité en ligne. Les magistrats ont estimé que la dirigeante avait manqué aux standards éthiques attendus d’un chef de gouvernement dans ce contexte sensible.
Cette discussion confidentielle avait eu lieu alors que Bangkok et Phnom Penh s’accusaient mutuellement après la mort d’un soldat cambodgien, fin mai, lors d’un échange de tirs dans une zone frontalière disputée. Les tensions s’étaient depuis aggravées, provoquant en juillet cinq jours d’affrontements armés qui ont coûté la vie à 40 personnes et entraîné l’exode de plus de 300.000 civils.
La décision des neuf juges constitutionnels intervient quelques jours seulement après l’acquittement de Thaksin Shinawatra, père de Paetongtarn, dans une affaire de lèse-majesté qui lui faisait encourir jusqu’à 15 ans de prison.
Le clan Shinawatra, influent et populaire, est depuis deux décennies au cœur d’une lutte acharnée avec l’élite conservatrice thaïlandaise, qui voit en lui une menace pour l’ordre social traditionnel. Paetongtarn Shinawatra devient ainsi le troisième membre de sa famille contraint de quitter le pouvoir après son père Thaksin, renversé par un coup d’État militaire en 2006, et sa tante Yingluck, également destituée en 2014.
Cette destitution laisse planer une grande incertitude sur la scène politique thaïlandaise. Aucun successeur naturel ne semble en mesure de rassembler une majorité stable pour occuper le poste de Premier ministre, faisant craindre une nouvelle période de paralysie institutionnelle.
La crise actuelle, combinée aux tensions persistantes avec le Cambodge, accentue les divisions internes du royaume et souligne la fragilité de son équilibre politique. Pour beaucoup d’observateurs, la destitution de Paetongtarn Shinawatra ne marque pas la fin des turbulences, mais plutôt le début d’une nouvelle phase d’instabilité.
Djah OPELY












