@informateur.ci- Pulchérie Édith Gbalet, leader d’opinion, défenseur acharné des Droits de l’Homme, présidente de Alternative citoyenne ivoirienne (ACI), une organisation de la Société civile ivoirienne, s’était vivement élevée contre les opérations de ‘’déguerpissement inhumain’’ entreprises il y a quelque temps par les autorités du District d’Abidjan dans les quartiers précaires. Elle déplore ici l’insuffisance des mesures d’accompagnement prises par le gouvernement pour réparer les préjudices subis par les victimes et interpelle sur le sort des milliers de familles qui ont été ‘’jetées à pauvreté‘’
- Informateur.ci: Vous avez, il y a quelque temps, dénoncé les opérations de déguerpissement entreprises par les autorités du District d’Abidjan dans les quartiers précaires. Maintenez-vous à déclarer que les autorités ont agi de façon expéditive?
Pas seulement de façon expéditive, puisqu’aucune procédure n’a été respectée, mais avec une absence d’humanisme criante puisqu’il n’y a eu aucune mesure d’accompagnement les premiers mois, et ensuite des mesures appliquées avec beaucoup de discrimination et d’injustices. On a jeté des milliers de familles à la pauvreté.
- Quels impacts ces opérations ont-elles pu avoir sur les populations économiquement fragiles qui habitaient ces quartiers ?
Il est important de préciser que ces populations n’étaient pas toutes économiquement fragiles comme on le prétend. Certaines vivaient confortablement en leur qualité de propriétaires de leurs habitations. D’autres vivaient de revenus locatifs allant de 300 mille à 2 millions par mois. Par ailleurs, il n’y avait pas que des habitations. Plusieurs responsables d’activités commerciales et agropastorales ont été affectés. Les impacts négatifs de ces déguerpissements sont nombreux car ils ont créé une crise humanitaire. Des propriétaires de maisons sont devenus du jour au lendemain des SDF, des élèves ont vu leurs scolarités interrompues, des responsables de familles ont perdu leurs sources de revenus, certains ont même perdu la vie. Des milliers de familles sont actuellement disloquées avec toutes les conséquences que cela suppose pour la sécurité et l’avenir des enfants.
« Comment peut-on mettre au moins 20000 familles dans un désastre social et donner 36000 FCFA par trimestre à 1500 familles? C’est plus que grotesque! Quelle famille peut vivre avec 12.000 FCFA par mois à Abidjan? Comment a-t-on sélectionné ces 1500 familles? »
- Les autorités du District d’Abidjan ont allégué le fait que ces déguerpissements obéissaient à une urgence sécuritaire sur des sites exposés aux glissements de terrains, aux éboulements et aux inondations mortels, mais aussi à des besoins d’utilité publique pour dégager les emprises de construction d’édifices publics, entre autres arguments. Êtes-vous de cet avis?
Devrait-on gérer une prétendue urgence sécuritaire en créant les conditions d’une catastrophe humanitaire avec des morts à la clé? 90% des sites déguerpis ne sont pas des zones à risques. La preuve, certains sites ont déjà commencé à être affectés à des opérateurs économiques sans aucun aménagement préalable, comme, par exemple, le quartier abattoir à Port-Bouët. Sachez qu’au nombre des sites déguerpis, il y a des villages (Banco 1 et Adjamé village), une opération immobilière (Cité Eden de Gesco), des sites lotis dont le quartier de Gesco où plusieurs disposent d’ACD, et des sites non lotis dans des zones bien stables qui n’ont jamais été victimes de catastrophe naturelle.
- A ce jour, la question du recasement des populations déguerpies n’a pas encore totalement été réglée. Avez-vous un appel dans ce sens aux autorités compétentes?
La question du recasement n’a pas du tout été réglée. Il n’y a que des promesses de logements. Le Premier ministre a annoncé 3000 logements à Anyama et le Gouverneur du District 15000 logements sans précision. Les promesses ne suffisent pas car, non seulement les conditions d’octroi de ces logements ne sont pas précisées, mais les premières mesures ont été appliquées avec des listes frauduleuses. Ce n’est pas du tout rassurant pour les vrais déguerpis qui sont organisés mais qu’on n’associe à rien!
- Il y a aussi le fait que 1500 ménages déguerpis ont bénéficié des filets sociaux en janvier 2025!
Justement, la cérémonie de remise des filets sociaux à 1500 ménages déguerpis de Yopougon et Attécoubé, tenue le 28 janvier (2025), est la preuve que le Gouvernement ne réalise pas l’ampleur des préjudices, sinon il aurait trouvé les bonnes solutions. Comment peut-on mettre au moins 20000 familles dans un désastre social et donner 36000 FCFA par trimestre à 1500 familles? C’est plus que grotesque! Quelle famille peut vivre avec 12.000 FCFA par mois à Abidjan? Comment a-t-on sélectionné ces 1500 familles? Nous sommes vraiment déçue par l’insuffisance de responsabilité du Gouvernement et nous comptons tenir une conférence de presse bilan le 25 février 2025.
Interview réalisée par KKM/informateur.ci













