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Pierre Ouédraogo (Chef de la communauté burkinabé d’Agboville):«Rien ne doit nuire à l’amitié ivoiro-burkinabé»

20/12/2016
dans Interview
Pierre Ouédraogo (Chef de la communauté burkinabé d’Agboville):«Rien ne doit nuire à l’amitié ivoiro-burkinabé»
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Chef de la communauté burkinabé d’Agboville et président de l’Union des ressortissants ouest-africains de l’Agneby-Tiassa, Pierre Ouédraogo, est un personnage haut en couleurs. Des relations de sa  communauté d’origine avec les «tuteurs» abbey, de ses rapports avec ses compatriotes, mais aussi avec les autorités administratives, politiques et coutumières du département et de bien d’autres sujets,  il a accepté de « deviser » avec Informateur.info.Entretien avec un homme de conviction à la langue bien pendue.

Monsieur Pierre Ouédraogo, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

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Je suis Pierre Ouédrago, je suis à la retraite. Je m’occupe actuellement de mes plantations. Je suis le Chef de la communauté burkinabé d’Agboville  et le  président de l’Union des ressortissants ouest-africains de l’Agneby-Tiassa. Je fus membre de la CDVR de l’Agneby-Tiassa et actuellement de la CONARIV de l’Agneby-Tiassa. J’ai été fait Chevalier dans l’Ordre du mérite de la Charité et de la Solidarité.

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Comment se porte la communauté burkinabé dans le département d’Agboville ?

La communauté burkinabé se porte très bien. Elle est organisée et nous n’avons pas de problèmes majeurs entre nous.

Qu’en est-il de la cohésion et du Vivre Ensemble avec vos « tuteurs » abbey ?

La  cohésion sociale avec les autochtones d’Agboville qui sont les Abbey et les Korobou est parfaite. Nous faisons tout pour garder cette cohésion à laquelle nous tenons comme à la prunelle de nos yeux.

On vous a vu,  il ya quelques années,  prendre position contre ceux qui instrumentalisaient la communauté au Consulat général situé à Abidjan. C’était une période difficile…

Très difficile, je confirme, parce que nombre de nos compatriotes se servaient de cette situation pour s’enrichir au détriment de la communauté. Je me suis élevé contre cet état de fait.

Aujourd’hui, comment ça se passe?

Tous ceux qui s’adonnaient à cette «mafieuse» besogne se sont éteints d’eux-mêmes (rires).

En votre qualité de Chef de la communauté burkinabé, pouvez-vous nous faire une typologie des problèmes que rencontrent vos concitoyens ici ?

Les problèmes que nous rencontrons ici ne sont pas différents de ceux que rencontrent nos compatriotes ailleurs, en Côte d’Ivoire. Quand des hommes sont ensemble, il y a forcément des problèmes, mais les problèmes les plus fréquents sont ceux liés au foncier. Vous savez, la question foncière est très délicate. Il est aujourd’hui question de savoir comment chacun a acquis sa parcelle. Si on l’a bien ou mal acquise. Mais on trouve toujours une solution. Tout finit par s’arranger.

Vous réglez donc les problèmes à l’amiable ?

Oui, cependant, il peut arriver qu’on se retrouve au tribunal.

Y a-t-il des condamnations ?

Pas forcément, mais le droit est toujours dit. Parce que quand quelqu’un achète et exploite une parcelle depuis vingt (20), trente (30)  ans  ou moins et que quelqu’un d’autre  se lève un matin pour dire que ce champ appartenait à son grand-père ou à sa grand-mère, il est important de lui demander où il était pendant tout ce temps. Jusque-là,  on estime que la justice fait bien son travail. On ne s’en plaint pas.

Quel est l’état de vos rapports avec les autorités administratives, politiques et coutumières de la région de l’Agneby-Tiassa ?

Je m’entends très bien avec toutes les autorités.

Le droit de vote des Burkinabé de la Diaspora qui avait été acquis a été remis en cause par la Transition. Y croyez-vous pour 2020?

Écoutez, si on doit parler de ça, il y a beaucoup à dire. En 1991, j’ai écrit dans le journal burkinabé L’observateur Paalga pour réclamer ce vote mais cela m’a valu une volée de bois vert. A propos de ce droit de vote, il a été stipulé dans le code électoral que si quelqu’un de la Diaspora doit prendre part au vote au Burkina Faso, il doit se rendre dans le pays et y résider pendant 15 jours avant de s’inscrire sur la liste afin d’accomplir son devoir civique. J’ai trouvé cela inacceptable. J’ai écrit pour reprocher aux autorités de faire peu de cas du sort des Burkinabé résidant en Côte d’Ivoire. J’ai rappelé qu’en 1973, il y a eu la famine au Burkina Faso. Pour soutenir nos parents,  nous avons collecté des vivres que nous avons convoyés par wagons grâce à la sollicitude de la RAN. J’ai donc demandé aux autorités si elles ont attendu 15 jours avant d’ouvrir les wagons. Dès que cette lettre est parue dans la presse, il y a eu un tollé général. Tout le monde s’est attaqué à moi.

Et pourtant ce que vous avez dit est juste…

J’ai ajouté qu’il n’était pas nécessaire de se rendre au Burkina Faso. D’autant que les Béninois, les Togolais, les Sénégalais prennent part au vote dans leurs pays respectifs mais n’ont pas besoin de se déplacer pour le faire. Au surplus, j’ai dit que si tant est que ces pays sont plus avancés que le Burkina en matière de démocratie, qu’est-ce qui empêchait les autorités burkinabé de l’époque d’envoyer des cadres se former dans ces pays. Cette lettre m’a coûté cher en même temps qu’elle a fait la promotion d’autres personnes. Mais, bizarrement, après la chute de Compaoré, tout le monde réclame aujourd’hui le vote de la Diaspora. Je n’arrive pas à m’expliquer ce revirement. Les mêmes qui m’ont combattu hier, sont ceux qui réclament ce vote. Cela cache quelque chose.

Quoi, d’après vous ?

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Vous savez, le CDP (Congrès pour la Démocratie et le Progrès) est en Côte d’Ivoire depuis 17 ans. Et le parti a eu le temps de tisser sa toile à travers toute la Côte d’Ivoire. Si donc des élections se tenaient au Burkina et que la Diaspora était invitée à prendre part au vote, il est évident que le CDP l’aurait emporté haut la main, rien qu’avec les «diaspo» de Côte d’Ivoire. Vous comprenez donc pourquoi, le vote des Burkinabé résidant dans ce pays a fait l’objet de rejet pendant que Compaoré était aux affaires. Moi, je n’attends rien de personne et je refuse de faire la courbette devant qui que ce soit.

On est à quelques jours du nouvel an, et on termine là-dessus, quels sont vos vœux aussi bien pour vos compatriotes que pour vos «tuteurs», les Abbeys?

En effet, je ne vais pas seulement m’adresser à ma communauté. Je vais aussi parler des relations entre nos deux pays. Mon souhait le plus ardent, c’est la paix, la cohésion sociale entre les autochtones et ma communauté, mais aussi avec les autres ressortissants de la CEDEAO. Ensuite, et c’est le plus important, je souhaite une amitié sincère entre le Burkina et la Côte d’Ivoire. Je ne sais pas si au Burkina, les gens ont une idée du nombre de Burkinabé qui se trouvent dans ce pays. Je me demande également s’ils se rendent compte de l’importance  des intérêts des Burkinabé en Côte d’Ivoire. Quel que soit le problème qui va se poser entre ces deux pays, je préconise que tout se règle par le dialogue. Je le dis de façon solennelle. Rien, absolument rien ne doit nuire à cette amitié, à cette fraternité que le temps a cimentées. Nous ne devons donc privilégier que l’entente, la cohésion entre les deux peuples frères de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso.

Réalisée à Agboville par René Ambroise Tiétié  (Envoyé spécial)

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