N’guessan Kouakou président de l’union Générale des consommateurs de Côte d’Ivoire (UGC –CI) n’est plus à présenter dans le milieu des consommateurs. Connu pour son franc-parler et ses actions en faveur du bien être des consommateurs. Informateur.info l’a rencontré. Entretien.

Votre structure est née depuis quand et quelles sont les actions que vous avez menées jusqu’à là ?
Notre association a été créée depuis 1998. Des que nous sommes venus, nous avons vu qu’au niveau de compagnie ivoirienne d’électricité, les clients s’alignaient sur le soleil et parfois sous la pluie avant de pourvoir payer leurs factures d’électricité. Par notre action vigoureuse vous voyez aujourd’hui qu’à la Sodeci et la Cie, il y a des abris pour les clients. Aussi, à l’époque il y avait pour chaque quartier une date unique de payement des facteurs. Aujourd’hui on le fait secteur par secteur. Même dans un quartier on n’a pas les mêmes dates. Cela a désengorgé un peu les règlements de factures. Partout il existe au moins une agence. Ensuite nous avons participé à plusieurs réunions concernant la cherté de la vie. En 2008, on fatiguait les chauffeurs en les faisant payer 25.000 f pour le phénomène de sabots au plateau. Nous avons tapé sur la table. Mieux nous avons traduit la mairie du plateau en justice et nous avons gagné. Aujourd’hui, vous ne verrez pas un agent mettre un sabot sur un véhicule et prendre 25.000 F. Au niveau des radars, les gens prenaient 10.000 FCFA, et 15.000 F pour les contraventions. Alors qu’aucun texte ne disait cela. Nous avons saisis la juridiction et les gens ont baissé à 2000 FCFA. Nous avons attaqué la solibra qui avait plusieurs produits avariés. Nous avons encore des bouteilles où on trouve des corps étrangers à l’intérieur. Il faut dire que beaucoup de choses on été faite et nous continuons.
Malgré ces actions louables, on note cependant que les associations de consommateurs sont très silencieuses ?
Ce n’est pas un silence. On dit généralement qu’il faut reculer pour mieux sauter. Et nous à l’Union nationale des consommateurs nous ne sommes pas armés. Notre arme c’est les êtres humains. Il faut qu’on arrive à mettre tous ces êtres humains ensemble. Donc je suis parti dans le pays profond. J’ai reculé pour pouvoir regrouper tous ces êtres humains en un seul endroit. C’est-à-dire au niveau régional, départemental. Je suis allé pour installer tous les représentants de l’union nationale des consommateurs dans les toutes les régions de Côte d’Ivoire. C’est donc ce qui fait penser que je suis absent. Je suis arrivé et le travail va reprendre où je l’ai laissé.
Quels sont vos nouveaux défis ?
En fait j’ambitionne la création d’une commission de la moralisation de la vie publique. Les problèmes publics sont récurrents. Les consommateurs ont beaucoup de problème. Et pourtant les solutions existent. En installant les représentants de l’union générale des consommateurs dans toutes les régions, cela permet de recueillir les avis et les doléances des populations. J’ai vu que nous avons les solutions en Côte d’Ivoire. Nous avons des possibilités pour résoudre les problèmes. Mais cela demande une organisation. C’est une question d’information et d’éducation. Ces éléments si nous les appliquons dans un à deux ans nous n’allons pas voir un consommateur crier parce qu’il n’y pas de routes, d’eaux, d’écoles, de centres de santés. Et là, nous n’irons pas au FMI, ou à la banque mondiale pour emprunter de l’argent. La Côte d’Ivoire est un pays riche en tout. Je l’affirme et le confirme. La répartition des richesses du pays fait défaut. Et c’est pour cela que nous souffrons. Nous allons dire au gouvernement ce qu’il faut faire.
Quelles sont ces solutions ?
Il n’y pas de solutions pour le moment. Nous allons faire des propositions.
Quelles sont alors ces propositions ?
Nous ne pouvons pas les étaler sur la place publique. Mais ce que je peux dire de façon générale, c’est qu’il faut d’abord améliorer le réseau routier. Un pays qui se veut émergent ne peut pas avoir un réseau routier que nous voyons aujourd’hui. Et c’est inadmissible que nous ne puissions pas arriver facilement dans nos villages pour récupérer les produits agricoles. Alors que nous avons créé l’Ageroute, et le Fer, pour rendre les acteurs des transports routiers heureux. Je me rappelle que qu’avant la côte d’Ivoire avait le réseau le plus bon de l’Afrique de l’ouest. Aujourd’hui c’est triste de regarder le réseau routier ivoirien. A part l’autoroute qui part d’Abidjan à Yamoussoukro, plus rien. Je viens de sillonner le pays profond, je vous assure, les gens roulent en 4×4 car si tu as une voiture basse tu va gâter ton véhicule. Où vont tous ces milliards qui viennent chaque mois, chaque trimestre, chaque année de l’extérieur. Tous les pays nous donnent de l’argent et qu’est qu’on en fait véritablement ? Il faut qu’on nous le dise. Le manque de bonnes routes contribue à la vie chère. Puisque le coin est inaccessible. Les commerçants qui payent le prix, sont obligés de répercuter cela sur les consommateurs. Et c’est nous qui souffrons et nous ne voulons plus souffrir.
Vous avez évoqué tantôt la création d’une commission chargée de la moralisation de la vie publique. Qu’elle va être la mission réelle de cette structure?
La mission de cette commission sera de dénoncer les tares de la société, de faire des propositions, faire en sorte que l’ivoirien sache que s’il est fonctionnaire, il n’est pas dans sa propre maison, son propre champ ou encore dans son entreprise. Il doit savoir qu’il est au service de la nation. Qu’il ne brade pas les biens de l’Etat à son profit. Qu’il ne détourne pas ce qu’on lui envoie pour travailler. Il doit arrêter le racket. Il existe aujourd’hui des services qui sont pourris. Trop c’est trop, les ivoiriens souffrent. Dans les ministères, des gens créent des services extra pour pomper l’argent du pays. Les ministères des transports par exemple. Le ministère a été déshabillé pour créer des différents services. Aujourd’hui autour du ministère des transports, il y a plusieurs sociétés d’Etat différentes. C’est juste pour pomper l’argent de l’Etat et faire souffrir les populations. Parce que ces gens là, on véritablement besoin d’argent. Dans l’éducation, il y a des choses que nous ne comprenons pas. Je suis allé dans un village à l’intérieur, sur six classes, il n’y a que deux instituteurs. Pourtant il existe des écoles à Abidjan où on a un surplus d’enseignants. Ils font quoi ici à Abidjan. Ils sont payés à ne rien faire. Il faut donc faire l’assainissement dans le public. C’est pourquoi j’ai créé cette commission. Je n’attends pas que l’Etat le fasse. Mais l’Union générale des Consommateur a créée cette commission. Nous demandons au président de l’entériner. Nous allons rentrer en activité d’ici peu après le lancement. Les fonctionnaires doivent savoir que c’est avec l’argent des contribuables qu’on les paye.
Quel commentaire vous inspire le coût du péage ?
En fait ce n’est pas normal que l’on pratique ces couts élevés. C’est-à-dire coût 1250, 5000 et 10.000 FCFA en fonction des types de véhicules. Si le bitume a été fait, c’est un contrat avec des sociétés. Un contrat a une durée. Si la durée est courte par rapport à la vie du pouvoir d’achat de la population, on peut rallonger la durée. Car c’est une société. Si la société a fait le travail qu’on a signé un contrat par rapport au calcul on peut le revoir en tenant compte de la population. Aujourd’hui si la duré du péage est de dix ans par exemple, on peut prolonger ça sur vingt ans et puis faire payer moins les usagers. D’après leur statistique, il y a plus de 6000 véhicules qui roulent chaque jour dans les deux sens sur l’autoroute. Prenons une moyenne de 2.500 F et faites un calcul. Mais on va où ? Nos propositions sont les suivantes : 500 F pour les voitures, 1000 f pour les cars et 10.000 F pour les gros camions. Et là il n’y aura pas de grincement des dents. Les acteurs de ce secteur ont été forcés de payer cet argent. Les forces de l’ordre sont postées en ces lieux. Si vous ne payez pas, vous ne passer pas. Cela va être répercuté sur les prix des transports dans les jours avenir. Et le consommateur va davantage souffrir. Car il est toujours à la fin de la chaine. Mais, Nous allons nous lever si les transports augmentent. La route n’est pas pour une période bien donnée. C’est éternel. Alors les différents prix de péages sont très excessifs. Qu’on nous laisse tranquille et qu’on baisse les prix si on ne veut pas qu’il y ait les remous sociaux.
Au cas où les autorités font la sourde oreille à vos préoccupations qu’allez-vous faire ?
Notre arme, c’est les êtres humains. Quand l’être humain est frappé dans son amour propre il devient « animal ». Et quand ce coté animal sort, il n’existe plus de raison. Donc je dis à l’Etat, au gouvernement de regarder dans le miroir. S’ils font la sourde oreille, c’est qu’ils ne connaissent pas les ivoiriens. L’ivoirien est encaisseur mais le jour qu’il veut réagir, ce n’est pas bon. Je leur dis avant qu’il ne soit tard qu’ils reviennent à la table de discussion pour que le prix qu’on leur propose soit accepté. Pour l’heure, il y a une possibilité, une sortie.
Quel est le niveau de la cherté de la vie à l’intérieur du pays d’où vous revenez fraîchement ?
Au cours de la tournée nous nous sommes rendu compte qu’à Abidjan on a oublié plus ou moins la guerre mais à l’intérieur on a l’impression que la guerre est encore vivante. Parce que les hommes en arme sont partout à l’entrée comme à la sortie de chaque ville, village. Les FRCI créent n’importe quels barrages dans nos villages rien que pour racketter. Tu viens du champ sur ton vélo avec ton régime de banane ou manioc on t’exige de payer de l’argent. A moto, en voiture tu paies. Où allons-nous avec ce genre de comportement dans un pays qui se dit démocratique et respectueux des droits de l’homme. Ils sont à l’intérieur du pays en train d’escroquer les populations. Ils sont au compte de qui ? Ils ne sont pas régulièrement inscrits avec un matricule dans l’effectif de l’armée de Côte d’Ivoire. Ils sont habillés en tenues militaires et se trouvent à l’entrée et à la sortie de tous les villages. Ils vont quoi ? C’est bien ceux- là qui contribuent à la cherté des produits locaux aujourd’hui. Le gouvernement doit sévir. Il doit prendre son bâton de pèlerin pour sillonner le territoire et mettre fin à cette pratique qui n’honore pas notre pays. Si la guerre n’est pas finie en Côte d’Ivoire qu’on nous le dise. Et là, la population saura que faire. On est obligé de payer de l’argent tous les jours. Les transporteurs, les paysans doivent donner des sous pour qu’on lève le barrage. Ces gens qui prennent de l’argent sont-ils payés oui ou non ? Qui les a envoyés ? Le racket est plus développé aujourd’hui que les années passées. Et nos gouvernants sont informés mais ils assistent complices de la situation.
Propos recueillis par Gustave Bolla Bi, Informateur.info





