Ce mardi 27 février 2018, s’est ouvert, à Ouagadougou, devant la Chambre du Tribunal militaire délocalisé à la salle des banquets de Ouaga 2000, le procès des généraux Gilbert Diendéré et Djibril Bassolé, accompagnés par 82 autres accusés dans le cadre du putsch avorté du 15 septembre 2015 qui a fait une dizaine de morts et de nombreux blessés.
C’est véritablement un grand moment que va connaitre le Burkina Faso pendant le temps que durera ce procès ‘’hors normes’’. En effet, à la demande de l’opinion publique qui entend prendre part à ces assises, le procès du putsch du 15 septembre 2015 a été ouvert aux Burkinabè qui sont autorisés à assister en direct aux différentes audiences qui vont rythmer cette grande ‘’pièce judiciaire’’ qui risque de tourner à la ‘’corrida’’.
Accusé de moult chefs d’inculpation, notamment, d’atteinte à la sûreté de l’Etat, de séquestration, de terrorisme et de crimes contre l’humanité, le général Gilbert Diendéré, ancien homme de main de Blaise Compaoré et homme fort de l’ex-Régiment de sécurité présidentiel (RSP), grande vedette de ce procès, devra dire ‘’sa part de vérité’’ dans ce qui a été qualifié par certains de ‘’coup d’Etat le plus bête au monde’’. Quant à Djibril Bassolé, ancien sécurocrate du défunt régime, il est accusé de ‘’trahison’’, puisqu’il lui est reproché d’avoir eu des échanges téléphoniques avec Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire qui aurait soutenu le pronunciamiento du 15 septembre 2015.
Pour autant, on ne peut manquer de s’interroger face à l’ouverture de ce procès au grand public. Que vise le pouvoir ? Les conditions dans lesquelles vont se tenir ces audiences pourront-elles garantir la sérénité des débats ? Au surplus, l’intime conviction du juge à qui reviendra, en dernier ressort, la responsabilité de rendre le verdict, ne pourra-t-elle pas être influencée par la ‘’clameur publique’’ que l’on sait défavorable aux accusés ? D’ailleurs, le fait de placer ce procès sous le regard et le ‘’contrôle du public’’ n’est-ce pas un aveu ? Celui d’un parti-pris flagrant contre la présomption d’innocence dont doit bénéficier tout prévenu avant que ne soit formellement établie sa culpabilité.
Dès lors, il ne serait pas exagéré de soutenir que l’on va assister à un procès biaisé dont les conclusions sont déjà connues de certains ‘’initiés’’. Le reste n’étant qu’une grossière mise en scène qui n’a, hélas, pas l’excuse de la subtilité et de la finesse. Selon que vous êtes ‘’blaisiste’’ ou ‘’kaboréiste’’, vous serez condamné ou relaxé. Comment résister au désir de parapher le célèbre fabuliste français Jean de la Fontaine ? Or, sauf erreur, tous sont ‘’blaisistes’’ ou apparentés. Il ne fait donc aucun doute qu’ils n’y couperont pas ! Pauvre justice ! Il est douteux qu’elle sorte grandie de ce ‘’procès’’ au goût de ‘’vendetta’’.
René Ambroise Tiétié












