@informateur.ci- Tout le monde se pose les mêmes questions au Mali. Les personnalités, militaires, civils, syndicalistes et autres citoyens enlevés sur le même mode opératoire par des hommes encagoulés, sont-ils encore en vie ? Si c’est le cas, où sont-ils détenus ? A ces questions, le chef de la Transition militaire malienne, Assimi Goïta, répond par un silence glaçant et inquiétant.
Faut-il le rappeler plusieurs dizaines de personnalités politiques, d’activistes pro-démocratie et de citoyens restent introuvables au Mali en septembre 2026, victimes d’une vague de disparitions forcées.
Ces rapts qui seraient le fait des Services de Renseignements de la Sécurité d’Etat. se sont intensifiés à la suite des attaques rebelles survenues fin avril 2026. Ces attaques ont eu lieu dans le cadre d’une série d’offensives coordonnées d’envergure menée à partir du 25 avril 2026 par des groupes armés contre l’armée malienne et le régime en place.
Les assauts ont été lancés par une alliance constituée du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, (JNIM) affilié à Al-Qaïda et les séparatistes touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA), contre les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par les paramilitaires russes de l’Africa Corps.
La vérité derrière ces disparitions est que le régime militaire de Bamako soupçonne les personnalités, militaires, activistes et citoyens qui ont été ciblés d’être impliqués dans ces attaques ou de s’en être faits complices.
Les enlèvements ont ciblé en priorité les opposants à la junte et les militants réclamant le retour à l’ordre constitutionnel. Parmi les cas les plus notables, on compte le rapt de Mountaga Tall, avocat, ancien ministre et figure de l’opposition. Il a été enlevé à son domicile de Bamako début mai 2026 par des hommes armés et cagoulés non identifiés. Son fils a également été arrêté, en même temps que lui.
C’est aussi le cas de Youssouf Daba Diawara, un proche de l’imam opposant en exil Mahmoud Dicko, il a été capturé par des ravisseurs à la sortie d’un restaurant à Bamako. Moussa Djiré, le président du mouvement politique et citoyen » Yiriwa », a subi le même sort. Au nombre des disparus, on compte également des enseignants d’écoles coraniques, des militaires soupçonnés de complicité ainsi que des proches de l’opposant en exil Oumar Mariko qui ont été pris au piège des ravisseurs.
Le mode opératoire est toujours le même, dans un cadre hors de toute procédure légale. Les enlèvements suivent un schéma systématique décrit par les témoins et les Organisations des Droits de l’Homme : des individus cagoulés circulant à bord de véhicules 4×4 non immatriculés interceptent les cibles en plein jour ou la nuit, ou les enlèvent à leurs domiciles ou partout ailleurs, nuitamment.
Détenues dans des lieux inconnus, en dehors de tout cadre judiciaire légal, les cibles sont privées de tout contact avec leurs avocats ou leurs familles. Le drame est que malgré les appels à leur libération par l’ONU et des ONG, la junte malienne reste de marbre. Et pourtant bien que le parquet militaire ait évoqué des enquêtes liées à des soupçons de complicité dans les attaques d’avril, aucune charge formelle n’a été communiquée pour la majorité d’entre eux et aucune preuve n’a été rapportée.
Aussi les Maliens se demandent-ils si les personnes enlevées et portées disparues sont vraiment encore en vie. Le Comité des disparitions forcées des Nations Unies ainsi qu’Amnesty International ont exigent des preuves de vie et la libération immédiate des détenus.
Mais c’est le silence du côté des autorités. Interpellé officiellement par l’ONU pour clarifier le fondement juridique de la détention de Mountaga Tall notamment, le gouvernement de Transition n’a pas dit mot. Récemment, les collectifs d’avocats des familles ont fait savoir qu’ils entendent saisir la Cour africaine des droits de l’Homme face au mutisme de la justice malienne sur le sort des personnes enlevées et portées disparues au Mali.
Maurice Kouassi KONAN












