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Mali: Ce qu’il faut savoir des pertes commerciales enregistrées par Cimasso (Acte 2)

01/12/2024
dans Reportages
Mali: Ce qu’il faut savoir des pertes commerciales enregistrées par Cimasso (Acte 2)

L'Usine de cimasso à Bobo-Dioulasso

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@informateur- Dans notre édition du vendredi 29 novembre 2024, nous évoquions les circonstances de l’enlèvement et de la séquestration d’Aziz Korgho, un collaborateur du magnat burkinabè du ciment, Inoussa Kanazoé. qui s’est fait justice au mépris des procédures et des lois burkinabè. Pour la manifestation de la vérité sur cette affaire, Informateur.ci a pu interroger Aziz Korgho à Ouagadougou depuis sa cellule de prison. Ci-dessous, sa version des faits.

  • La genèse de l’implantation de Cim Mali

«Je me nomme Korgho Abdoul Aziz, je voudrais vous donner la vraie version de ce qui se passe actuellement dans l’affaire ‘’Korgho Abdoul Aziz-Inoussa Kanazoé et le Malien Beni Ballo’’. En 2019, j’ai été contacté par M. Inoussa Kanazoé qui m’a fait la proposition de le représenter au Mali parce qu’il avait un projet de construction d’une cimenterie dans le but de conquérir le marché malien. Il avait besoin d’une personne qui allait s’installer au Mali pour vendre le ciment et pouvoir lui obtenir les fonds nécessaires pour construire son usine. Chose que j’ai acceptée. En septembre 2019, lui et moi, nous nous sommes rendus au Mali. Lorsque nous sommes arrivés à destination, il m’a rappelé ce qu’il attendait de moi, à savoir conquérir le marché malien et lui trouver les fonds qui pourraient lui permettre de construire une usine de cimenterie. J’ai aussitôt débuté la prospection du marché et j’ai commencé la vente du ciment en 2020. Il y a un client du nom de Beni Ballo qui est le leader au Mali en matière de vente de ciment. Donc entre 2019 et 2020, j’ai essayé de récupérer ce gros revendeur afin qu’il travaille avec nous. Mais il était un peu réticent.

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  • Le partenariat avec le richissime Malien Béni Ballo

En 2021, je suis retourné le voir et j’ai discuté avec lui. Là, il s’est montré disposé à travailler avec nous mais il tenait à bénéficier des mêmes avantages que les autres Usiniers lui accordaient. Il a dit que si nous étions prêts à lui accorder les mêmes avantages ou plus, il allait collaborer avec nous. J’ai donc fait le compte-rendu à Monsieur Kanazoé qui m’a donné le feu vert en me disant de donner à M. Ballo tout ce qu’il veut, parce que c’est un gros client qui pourrait aider l’entreprise à faire de grosses ventes pour qu’on puisse avoir les fonds dont on avait besoin pour atteindre nos objectifs. On a donc commencé à travailler avec le client et tout se passait bien. Avec lui, c’était des commandes de 30.000 à 100.000 tonnes. A chaque commande, j’appelais le patron pour lui demander à quel prix je pouvais vendre le ciment. Il lui accordait une remise de 2 ou 3000 FCFA. C’est comme ça que ça se passait et avec le client on est arrivé à avoir les fonds nécessaires pour construire l’usine. On a fonctionné comme ça jusqu’en 2024. Déjà, fin 2023, quand c’était coincé au niveau de l’usine, M. Kanazoé me mettait la pression pour qu’il y ait plus de commandes. Quand j’allais vers le client, c’est lui qui fixait désormais ses conditions. Les remises devenaient importantes, on atteignait même souvent 20.000 FCFA sur la tonne. On a fonctionné de cette façon jusqu’en juin 2024, année où les travaux de l’usine ont été complètement achevés de sorte qu’on pouvait commercer l’exploitation. On avait atteint notre objectif. Dans tout le Mali, même dans les régions les plus reculées et les plus dangereuses, j’arrivais à vendre le ciment et tout le monde travaillait avec Cimasso. Par an, nous pouvions faire une vente de plus de 500.000 tonnes. Ce que ne peuvent réaliser les usines maliennes. Ce sont ces ventes qui nous ont permis de réunir plus de 100 milliards FCFA pour le financement du projet ainsi que les virements au niveau des usines de Cimasso au Burkina Faso et Cim Ivoire en Côte d’Ivoire.

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  • Des pertes dues à la pratique du dumping

En juin 2024, M. Kanazoé a décidé de faire le point des comptes au niveau de Cimasso dont le ciment était vendu au Mali. Il a donc fait venir ses deux frères, Issouf Kanazoé et Rahim Kanazoé, pour faire des audits. J’ai donc présenté les états financiers et, à l’analyse, ils ont vu qu’il y avait des écarts dus aux remises qu’on faisait au client malien. La somme de ces écarts tournait autour de 8,5 milliards FCFA. Ils m’ont demandé des explications et je leur ai dit d’appeler le PDG, M.  Kanazoé lui-même. Quand ils l’ont appelé, il leur a dit qu’il allait résoudre cela avec moi. Il s’est donc déplacé au Mali et nous avons eu une réunion ensemble avec le client Beni Ballo. Ce dernier a envoyé ses états financiers et quand on a fait les comparaisons avec les nôtres on a vu que c’était pareil. Il a donc dit au client que la perte de plus de 8,5 milliards est due au fait qu’on lui accordait des remises. Il a proposé au client de couper la poire en deux. Lui, en tant que PDG de Cimasso, prendra la moitié en compte et le client l’autre moitié. M. Ballo s’est engagé donc à rembourser la moitié mais a demandé qu’on lui laisse le temps de travailler afin de pouvoir solder sa part. Ce qu’a refusé M. Kanazoé qui a dit qu’il avait vérifié les comptes du client et que ce dernier disposait des fonds nécessaires pour le payer d’une seule tranche. Il a même ajouté que si le client ne s’exécutait pas, il allait porter plainte contre lui. Et comme le client n’a pas voulu le payer d’une tranche, il a porté plainte non seulement contre ce dernier au Mali, mais aussi une autre plainte contre moi au Burkina Faso en tant qu’intermédiaire. Au niveau du Pôle économique au Mali, la plainte contre l’opérateur économique malien n’a pas prospéré. Sa proposition de travailler pour rembourser la somme a été retenue. M. Kanazoé a fait des mains et des pieds pour faire enfermer M. Ballo, en vain.

  • Début des démêlés avec M. Kanazoé

Comme il n’a pas eu gain de cause là-bas, il m’a donc demandé de rentrer à Ouagadougou. Et quand je suis arrivé, il m’a dit qu’il sait que j’ai fait quelques investissements et que j’avais de l’argent parce que je recevais des ristournes des ventes. Je rappelle qu’en 2020, il avait décidé que la société Ramandan Distribution allait être affiliée à Cimasso pour que nous devenions ses employés. J’avais refusé cette proposition et je lui ai dit que je souhaitais être autonome. Il a donc accepté en me prévenant que si la société (Ramadan) marchait c’est tant mieux, mais si elle tombait cela m’engagerait. A la société Ramandan Distribution, je n’étais donc pas salarié, mais il mettait à ma disposition des fonds pour gérer le loyer et les factures. M. Kanazoé m’a donc demandé de lui rembourser tout l’argent qu’il m’avait donné dans ce cadre-là. J’ai donc procédé au remboursement après le calcul de sorte que Ramadan Distribution nous revenait, à Issouf Kanazoé et moi. Issouf s’occupait de la logistique des camions et moi de la vente. On se partageait donc les bénéfices qu’on gagnait. On épargnait également pour pouvoir faire des investissements. On a pu, grâce à notre épargne, faire des investissements de plus d’un milliard en achetant des camions. Des biens qui appartiennent à Ramadan Distribution. Comme on ne s’était pas fixé de salaire, on se payait sur les bénéfices ou les ristournes. Chaque mois, on pouvait avoir entre 50 et 100 millions FCFA qu’on se partageait. Et c’est avec cet argent et les ristournes que Cimasso me donnait que j’ai pu faire certains investissements.

Kanazoé a dit qu’il a fait une enquête sur mes réalisations et qu’il voulait que je lui rembourse les 8 milliards parce qu’il ne pouvait plus récupérer l’autre partie avec le Malien. Je lui ai dit que je n’étais pas en mesure de rembourser cette somme. Il m’a dit de lui remettre les papiers de mes biens immobiliers et mobiliers et qu’il laisserait tomber l’affaire. M. Kanazoé me réclame 8 milliards de FCFA finalement, faute de pouvoir se faire payer par le partenaire malien Béni Ballo…

  • Début de la persécution

Avant ça, il m’a convoqué à ses bureaux et m’a dit qu’au niveau du pôle économique de Bamako, on lui a dit de me faire confirmer le montant de la perte de 8 milliards pour que M. Ballo puise être poursuivi. Il m’a donc demandé de signer un document confirmant les écarts. J’ai refusé et il m’a menacé en me disant qu’il allait s’en prendre à moi et à ma famille. Et que si je voulais voir mes enfants grandir, je devrais signer le document. Il était écrit dans le document : «Moi Abdoul Aziz Korgho, je certifie que l’écart est exact et que le client Beni Ballo doit solder le compte». J’ai donc signé et il m’a ensuite demandé d’aller prendre les papiers de mes biens immobiliers pour les lui remettre et que si je ne le faisais pas, ce qui va m’arriver, c’est moi qui l’aurais cherché. Je lui ai donc remis les papiers de 7 de mes terrains.

  • Les circonstances de l’enlèvement et de la séquestration

On en était là quand le 22 octobre, 2024 je suis parti à Kaya pour aller prendre les médicaments de mon enfant. A mon retour, vers Loumbilla, j’ai été arrêté par 4 messieurs, juste après le contrôle de la police. Quand j’ai voulu repartir, un véhicule est venu me barrer la route et les quatre messieurs sont descendus. Ils ne se sont pas présentés. Ils m’ont juste dit de leur donner mes portables et de les suivre. J’ai refusé de les suivre et ils m’ont dit que si je ne le faisais pas, ils allaient me brutaliser. Ils m’ont donc trimballé dans leur voiture et m’ont mis une cagoule. On a cheminé jusqu’à ce qu’ils finissent par s’arrêter. Quand ils m’ont ôté la cagoule, je ne savais pas où j’étais. Ils m’ont dit que leur patron allait nous rejoindre.

Quand ce dernier est arrivé, ils m’ont fait monter et m’ont dit que c’était le directeur. Ce dernier m’a demandé si je savais pourquoi j’étais là. J’ai dit non, et il m’a dit que je suis à la Sûreté, au service des renseignements. Je lui ai dit que je n’ai pas conspiré contre l’Etat. Il m’a dit que ma présence n’a rien à voir avec cela. C’est là qu’il m’a dit que c’est mon patron Inoussa Kanazoé qui est venu déposer une plainte contre moi. Ils m’ont dit qu’ils ont mené une enquête sur moi et se sont rendu compte que j’ai des investissements. Ils m’ont dit que tout ce qu’ils voulaient, ce sont les papiers de mes biens.

  • Avant le transfert au Commissariat central

J’ai refusé et ils m’ont dit que si je ne m’exécutais pas, ils pouvaient me garder pendant un an sans que personne ne vienne me voir. J’ai dit que pour ça, on n’avait pas besoin de m’enlever. Ils ont dit qu’ils ont eu des instructions depuis là-haut de faire de moi ce qu’ils veulent. Ils m’ont gardé là pendant 5 jours. Le cinquième jour, ils m’ont envoyé dans une villa à Ouaga 2000. J’ai passé une nuit dans cette villa et le lendemain, ils sont revenus me dire que M. Kanazoé a décidé de laisser tomber l’affaire. Mais il me demande de partir au Commissariat central pour signer un engagement.

Lorsque je suis arrivé là-bas, ils m’ont dit qu’ils reviendraient le soir me chercher. Le soir, le Lieutenant Touré en charge de mon affaire m’a signifié qu’il allait me garder pour la suite des enquêtes. C’est donc le lendemain au Commissariat Central que j’ai pu informer ma famille de mon enlèvement. Heureusement pour moi, quelqu’un venait d’être libéré. Je lui ai donné le numéro de téléphone de ma grande sœur afin qu’il l’informe. C’est ainsi que ma famille a pu venir me voir.»

Propos recueillis par Informateur.ci

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NB : La suite de notre dossier (Acte 3), sera publié le mercredi 4 décembre 2024.

Tags: A la uneAffaire Aziz Korgho- Inoussa KanazoéCimassoHomme d'affaires malien Beni Ballo
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