@informateur- En Côte d’Ivoire, l’actualité d’après CAN a été marquée ces derniers jours par une opération de déguerpissement menée dans la commune de Yopougon et d’Attécoubé aux quartiers dits GESCO, et Boribana. Deux quartiers essentiellement précaires, par les services du District autonome d’Abidjan. En plus des habitations, des commerces et des lieux de culte qui ont été rasées par les bulldozers, l’établissement scolaire semi-privé Cha Hélène a été détruit le lundi 19 février 2024.
Un véritable drame pour le fondateurs, la direction, les enseignants, et surtout pour les élèves dudit établissement scolaire (qui compte un effectif de 1880 élèves dont 1695 au secondaire, de la 6ème à la Terminale et 185 au primaire, du Cp1 au Cm2) et leurs parents. C’est ce qui a amené la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci) à monter au créneau pour dénoncer cette démolition qui survient en pleine année scolaire, à quatre mois des examens scolaires à grand tirage. Tout en appelant les autorités à faire en sorte que l’année académique de ces élèves ne soit pas perdue.
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A la suite de la Fesci, le maire de la commune, Adama Bictogo, par ailleurs président de l’Assemblée nationale ivoirienne, et de nombreuses organisations de défense des droits de l’Homme ont fustigé le District autonome d’Abidjan pour cette opération de déguerpissement qui viole les droits des personnes vivant sur le site en question. Il faut dire que le fait de détruire en pleine année scolaire une école que les autorités compétentes ont autorisée ou ont dont elles ont toléré l’existence pose problème. Qu’en sera-t-il de l’année scolaire des élèves qui y sont inscrits et comment prépareront-ils les examens? Le District aurait dû penser à la question pour que même s’il y avait nécessité, voire urgence, de démolir cette école dans l’intérêt public ou dans un souci de sécurité, des dispositions soient prises après concertation des parties concernées, pour trouver une solution conservatoire qui préserve l’année académique des élèves.
Cependant, alors que tous blâmaient le District, certains n’ont pas manqué de se demander si l’école en question et les habitations démolies respectaient les règles de l’urbanisme. Sur ce point, les responsabilités dans cette affaire semblent partagées. Car, si le District montre patte blanche en expliquant avoir agi en toute légalité, dans l’intérêt public, en adressant des sommations interpellatives aux personnes et entités concernées, qui, selon lui, occupaient illégalement le site, il n’en demeure pas moins que la situation pose le problème des droits des personnes impactées, voire un problème humanitaire, au regard de la fragilité socioéconomique des victimes. Mais le fait est accompli et le plus urgent est de sauver l’année académique des élèves aujourd’hui à la rue et de permettre aux familles impactées de se recaser décemment.
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Disons-le, au-delà ce fait d’actualité, ce triste événement pose le problème des taudis urbains face aux défis de l’urbanisation en Côte d’Ivoire et plus généralement en Afrique subsaharienne. Les populations issues de l’exode rural et de l’immigration massive (comme c’est le cas en Côte d’Ivoire), qui prennent d’assaut les villes (comme Abidjan) se «précarisent» irrégulièrement dans les bidonvilles, le plus souvent sur les emprises des ouvrages publics, des terrains nus appartenant au domaine de l’État et susceptibles d’être utilisés pour des projets, ainsi que sur des sites à risque. Mais dans des pays où une grande partie de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, on a beau déguerpir les pauvres, on ne peut pas les empêcher d’exister. On les chasse ici, ils se réinstalleront là sur un site toujours plus précaire, sur un espace toujours plus vaste et toujours en plus grand nombre.
C’est pourquoi il faut, dans les pays subsahariens, mettre l’accent sur la lutte contre la pauvreté pour réduire l’exode des populations rurales vers les villes ainsi le trop fort taux d’immigration en direction des pays qui exercent beaucoup d’attraits au plan économique. Mais aussi et surtout, il faut sortir des plans d’urgence et des déguerpissements humiliants et déshumanisants par la mise en place de politiques de logements sociaux viables et de véritables plans d’urbanisation.
Daouda LY












