@informateur- La Côte d’Ivoire est assurément le pays où rien ne va sans accroc, quelles que soient les dispositions prises pour assurer le succès d’un événement. C’est ce qui semble s’être passé avec cette affaire de «match des Éléphants dans un stade en partie vide» lors du match d’ouverture Côte d’Ivoire – Guinée Bissau le samedi 13 janvier 2024, au Stade Alassane Ouattara d’Ebimpé (Anyama).
Ce qui est considéré dans les médias et sur les réseaux sociaux est le fait que le premier match des Eléphants de Côte d’Ivoire s’est joué dans un stade qui présentait une semi vacuité, alors que tous les tickets des trois premiers matchs des Eléphants sont censés avoir été vendus depuis longtemps et que ces matchs devraient être normalement joués à guichets fermés, dans un stade plein comme un œuf. Ici, questions. Que s’est-il passé pour que les fans de football qui sont plus que mobilisés depuis le premier jour pour soutenir le Onze National ivoirien dans les stades et le pousser à la victoire fassent l’injure aux plus hautes autorités ivoiriennes, le président Alassane Ouattara en tête, de ne pas remplir les tribunes du magnifique stade olympique d’Ebimpé qui qui, qui plus est, porte l’illustre nom du Président de la République, alors que tous les tickets des trois premiers matchs des Eléphants ont été achetés?
Les Ivoiriens ont-ils été dissuadés par le coût exorbitant du «maillot original frappé d’un sticker» dont le prix a été fixé à 59.000 F CFA, vu que ce montant n’est pas à la portée du commun supporter moyen ou démuni en Côte d’Ivoire? Sur ce point, les instances du football ivoirien qui ont pris cette malheureuse décision auraient répondu, à en croire les médias et les réseaux sociaux, que des maillots de 10.000 CFA tout aussi originaux permettent aux bourses faibles d’accéder au stade. Dans la foulée, on entendra dire que les maillots de 59.000 F CFA connaissent une rupture de stock. Comme pour faire comprendre que les Ivoiriens peuvent désormais acheter le maillot original frappé d’un sticker à moindre coût, soit 10.000 F CFA
Mais la réalité est qu’en Côte d’Ivoire où la cherté de la vie asphyxie les populations démunies, un maillot à 10.000 F CFA n’est pas à la portée de tous. Là encore, les instances du football ivoirien se seraient défendu en répliquant que les supporters ivoirien, s’ils n’ont pas les moyens de s’acheter un maillot original avec sticker peuvent se rendre au stade avec une tenue de leur choix autre qu’un maillot, mais aux couleurs de la Côte d’Ivoire. Mais pourquoi avoir fait un choix compliqué si on pouvait dès le départ faire un choix plus simple? Cela n’a vraiment pas de sens pour le pays organisateur dont l’intérêt est de mobiliser le maximum de supporters pour remplir les stades et avoir la fierté aux yeux du monde, d’avoir réussi le succès populaire de la CAN. Un événement qui, au-delà des enjeux financiers, reste avant tout la grande fête du football africain, et donc aussi une question de prestige.
Peut-on raisonnement concevoir que «la CAN de l’hospitalité» à laquelle «le président de la République Alassane Ouattara tient tant» se déroule devant des gradins vide? Inconcevable! Sur l’affaire des maillots avec sticker à 59.000 F CFA et à 10.000 F CFA, il se murmure que les instances du football ivoirien auraient, avec l’accord de certaines autorités, fait la commande d’un important lot de maillots à un équipementier et fixé le prix de 59.000 F CFA à des prix fins pécuniaires, pour faire du profit à l’occasion de la CAN, par opportunisme, dans un esprit d’affairisme et de mercantilisme. Et que l’option du maillot original avec sticker à 10.000 F pour les petites bourses aurait été prise face aux murmures des Ivoiriens et les interpellations adressées au gouvernement dans les médias et sur les réseaux sociaux qui ont dénoncé cette situation.
Mais le mal était déjà fait sur fond de rumeurs. Car beaucoup d’Ivoiriens ont tout simplement écarté toute idée de se rendre au stade, dès lors qu’ils allaient devoir, pensaient-ils, débourser obligatoirement la faramineuse somme de 59.000 F pour acquérir un simple maillot de supporter, pour avoir accès au stade. Et la conséquence est là. Il s’agit maintenant de situer les responsabilités. Qui a fait quoi dans cette affaire et à qui profite le «crime»? Ceux qui ont pris la décision d’imposer un maillot dit original avec sticker avaient-ils le droit de se le permettre au double plan sportif et juridique? Sur quelle base? On attend des réponses à ce niveau.
La deuxième question en lien avec le fait que le stade d’Ebimpé ait été en partie vide est le quasi scandale de la billetterie. Le fait est que, d’après les sources, tous les billets des trois premiers matchs des Éléphants ont été écoulés. Mais alors, pourquoi le stade d’Ebimpé béait-il de sa semi vacuité lors du premier match des Eléphants, qui plus est le match d’ouverture lors duquel le Président de la République Alassane Ouattara a prononcé le discours d’ouverture? Tous les acquéreurs des tickets n’étaient visiblement pas dans les tribunes. N’ont-ils pas effectué le déplacement d’Ebimpé ou alors y a t-il eu une autre raison? Les médias et les réseaux sociaux nous ont donné une piste de réponse. Il se trouve que des réseaux de spéculateurs ont effectué des achats massifs de tickets dans le but de les revendre plus cher, en organisant une surenchère à cette fin.
D’autant que les spéculateurs ont raflé tous les tickets des trois premiers matchs des Éléphants, de sorte que plus personne ne pouvait s’en procurer au prix normal dans le circuit légal. Aussi les tickets d’entrée au stade se sont-ils retrouvés au marché noir. Hélas les revendeurs n’ont pas réussi à écouler les tickets en question, vu que leur coût exorbitant n’était pas à la portée de la plupart des Ivoiriens qui désiraient se rendre au stade. Conséquence: lors du match d’ouverture, il y a eu plus de monde à l’extérieur qu’à l’intérieur du stade. La majorité des jeunes qui ont pris le chemin du stade d’Ebimpé ont dû raser les murs ou retourner tristement chez eux, car n’ayant pu avoir accès au stade parce qu’ils n’ont pas eu la chance d’avoir des tickets au prix normal. Sans compter que la plupart d’entre eux n’ont pas pu se procurer un maillot original avec sticker à 10.000 F, encore moins à 59.000 FCFA. Tandis que sur les réseaux sociaux, des personnes faisaient des annonces pour mettre en vente des dizaines voire des centaines de tickets.
Mais comment des individus ont-ils pu à eux seuls se procurer des centaines de tickets, là où le nombre de tickets devait être limité par tête d’acheteur, pour que tous ceux qui veulent en acheter puissent en disposer? Y a-t-il eu des complicités au niveau des instances sportives et des structures chargées de la vente des tickets dans le circuit normal? Un réseau de vente parallèle des tickets de la CAN a-t-il été mis en place pour se sucrer sur le dos des Ivoiriens et des fans du football africain, alors que les sacrifices nécessaires ont été faits par le président de la République pour proposer aux populations des tickets à coût abordable? Qui a fait quoi dans l’affaire des tickets vendus à des prix exorbitants dans des circuits parallèles et avec la complicité de qui, à quels niveaux ?
En attendant que des réponses soient aussi trouvées à ces questions, le Premier ministre Robert Mambé Beugré a promis que la question de la billetterie sera réglée «dans 48 heures». C’est à dire avant le prochain match des Eléphants. Mais il n’y a pas que les matchs des Éléphants qui sont concernés par les questions du coût des maillots des supporteurs et de la billetterie. Tous les matchs de la CAN, de l’ensemble de la compétition, le sont. Le gouvernement ivoirien doit éviter de faire de la CAN 2023 un échec au plan populaire, après tous les moyens qui y ont été consacrés. Et pour cela, il faut rectifier le tir dès maintenant.
Daouda LY












