‘@informateur- Le PDCI RDA, le parti fondé par le père de la Côte d’Ivoire moderne, le premier président de la République de Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny en 1946 est à un autre tournant de son histoire, après les intempéries qu’il a traversées depuis la mort de son fondateur et qui ont été marquées par le putsch de 1999 et la perte du pouvoir, ainsi que par les douloureuses péripéties de la longue crise politico-armée qui s’en est suivie.
Les deux premiers présidents du parti ne sont plus. Félix Houphouët-Boigny qui dirigea le PDCI RDA jusqu’à sa mort en 1993, avant que le flambeau ne soit transmis à son successeur Henri Konan Bédié, son dauphin constitutionnel qui fut le deuxième président de la République, avant d’être évincé par le coup d’État du 24 décembre 1999, mais qui ne dirigea pas moins le PDCI RDA jusqu’à son décès en décembre 2023, ont laissé la place à ceux qui ambitionnent de diriger à leur tour.
Au nombre de ceux-ci un homme dont le nom divise. Il s’agit de Tidiane Thiam, l’ancien banquier qui veut vêtir la tunique de président du PDCI RDA. Une ambition qu’il nourrit au même titre que des figures légendaires du vieux parti, comme Pr Maurice Kakou Guikahué, le Secrétaire exécutif en chef du parti, fidèle compagnon de Bédié qui a, faut-il le rappeler, débuté ses classes sous le président Félix Houphouët-Boigny.
Le cas Thiam trouble le parti et met en présence, dans une querelle intestine, ses partisans et ses adversaires. Aux yeux de ceux qui ne le soutiennent guère, la question de sa légitimité au regard de sa maigre participation active à la vie du PDCI RDA, du fait de son absence dans les grands moments ou alors des évènements politiques qui ont marqué l’histoire du parti ; son manque d’engagement pour la cause du parti dans les moments cruciaux et sa présence trop courte d’ailleurs controversée au sein des hautes instances du parti, notamment le Bureau politique, le disqualifient. Ce sont, disent -ils, des tares qui font de lui un « opportuniste », un homme peu courageux au plan politique car peu enclin au combat politique, qu’on n’a pour preuve pas vu aux heures de braise, « quand ça chauffait » mais qui veut user de sa fortune de banquier pour s’acheter la présidence de PDCI-RDA qu’il ne mérite pas. C’est le point de vue des anti Thiam qui lui conseillent d’avoir l’humilité et la patience d’apprendre auprès de ceux de qui il a tout à apprendre de l’art de la politique. Son seul atout, regrettent certains, étant le nom Thiam dont on connaît le sens profond au sein du parti d’Houphouët-Boigny…et dont il use par conséquent à dessein.
Voici, là, le regard porté sur le banquier candidat à la présidence du PDCI-RDA par ses adversaires. Pour ses partisans au contraire, Tidiane Thiam est un homme neuf capable d’apporter un sang nouveau au vieux parti et lui imprimant une vision plus moderne. Mais en définitive, qui est Tidiane Thiam pour le PDCI RDA aujourd’hui. Un « ange » comme le pensent certains, ou un « démon » comme le considèrent d’autres. Si, à vrai dire les partisans de Thiam n’ont pas tous les arguments pour contrer les critiques ciblées et pertinentes de ses pourfendeurs, ils usent volontiers de la victimisation de leur cheval en laissant entendre qu’on veut étouffer les ambitions légitimes de celui-ci en l’écartant injustement de la course à la présidence du PDCI RDA.
Thiam lui-même confirme cette approche en déclarant que le moment de sa « libération » est arrivé. Mais qui diantre, au PDCI RDA, avait-il enchaîné Tidiane Thiam et ses ambitions présidentielles, si bien que celui-ci se sentait étouffer au point de crier à sa libération? On connaît les dangers de la victimisation politique…La division, les crises profondes, les guerres sans merci. Dans la mêlée, le pas est vite franchi pour opposer les « caciques » à la « jeune garde » du parti. Mais le dossier Thiam, réduit à un tel schéma, correspond-il vraiment à la réalité au PDCI RDA? N’est-il pas trop réducteur?
Jean Louis Billon, jeune cadre, n’a t-il pas tu, au nom de la discipline et de la cohésion du parti, ses ambitions présidentielles pour soutenir la candidature de Bédié à l’élection présidentielle de 2020, et ne vient-il pas, sans doute toujours mu par la même volonté de préserver le parti qui lui est cher du tourment de la division, de se retirer de la course à la présidence du PDCI-RDA face au Pr Maurice Kakou Guikahué? Au plan de l’assise financière, la fortune des Billon est l’une des choses les plus connues en Côte d’Ivoire et au-delà. Qui plus est, nombre de « caciques » du parti septuagénaire soutiennent à fond Tidiane Thiam quand beaucoup de jeunes cadres du parti lui sont opposés. Et vice versa, on ne compte pas le nombre de jeunes cadres du PDCI RDA qui apportent sans ambages leurs soutien au secrétaire exécutif en chef et grand gardien du temple, tandis que des anciens du parti le combattent.
La vérité est que par-delà les ambitions respectives, les arguments et la polémique qui fait rage, Tidiane Thiam, sans le vouloir, met son parti, le parti qu’il veut diriger et qui a plus que jamais besoin de cohésion après le décès de Bédié, à rude épreuve. A l’épreuve de la division. Le PDCI RDA qui a déjà montré qu’il a des ressources pour surmonter les obstacles et les crises parviendra-t-il à résoudre la question Thiam sans dommages?
Daouda LY












