‘@informateur- Le parti du président Alassane Ouattara a raflé la majorité des sièges lors des élections municipales et régionales du 2 septembre 2023. Le Rhdp parti unifié ne pouvait donc que célébrer sa victoire en grandes pompes, comme il l’a fait et féliciter naturellement ces candidats victorieux. Mais si la victoire du parti au pouvoir constitue pour le régime Ouattara la vitrine des dernières élections locales, il y a l’arrière- boutique de ce scrutin où se tiennent les cadres du Rhdp qui ont gagné mais qui ont été blâmés par leur parti.
Eux, ce sont les cadres sortis des rangs du parti pour se porter candidats indépendants, défiant Ouattara qu’ils ont en quelque sorte «nargué» en se payant le luxe de terrasser des poids lourds candidats officiels du Rhdp lors des élections. Malgré les menaces proférées par le Directoire du parti, ils sont allés jusqu’au bout de leurs ambitions électorales. Et le malaise qui a commencé bien avant le scrutin, couve toujours au sein du parti de Ouattara, au milieu de la sourde guerre des clans qui mine le Rhdp, un parti où la succession du chef de file reste tabou…
En effet, courant août 2023, c’est une liste d’environ 100 cadres du Rhdp candidats indépendants qui avait été publiée, ont rapporté des sources, par le Directoire du parti qui les avait copieusement blâmés, les mettant sévèrement en garde contre une défiance à l’égard de la discipline du parti. Mais rien n’y fit. Lorsque les lampions se sont éteints sur les élections municipales et régionales, plus que la victoire du Rhdp, c’est la bonne performance des candidats indépendants sortis notamment des rangs du parti de Ouattara, le Rhdp unifié qui a sauté aux yeux.
Ces cadres, frustrés d’être toujours écartés aux profits des caciques qui jouissent de tous les privilèges des gâteaux électoraux qui se sont succédé depuis l’avènement de Ouattara, ont défié la haute direction de leur parti en ne cédant pas aux menaces, pas même celles proférées par le président Alassane Ouattara lui-même du régime. Ils ont maintenu leurs candidatures et ont terrassé, dans maintes communes, des poids lourds de leur propre parti politique.
- 24 indépendants élus, avaient ralliés le RHDP en 2018
En attendant les résultats officiels, les statistiques provisoires le montrent bien clairement. On le savait, à la veille des élections, ça n’allait pas au Rhdp unifié, le parti de Ouattara, qui laissait clairement transparaître une division due aux querelles internes et aux ambitions trop longtemps étouffées des cadres frustrés du partage du gâteau, depuis l’arrivée au pouvoir du président Alassane Ouattara en 2011. Des cadres restés depuis toujours sous l’éteignoir, réduits à se contenter de strapontins alors que les mêmes personnes, les privilégiés qui se sont déjà enrichis et qui jouissent des joies du pouvoir depuis trois mandats maintenant, occupent sans discontinuer les postes ministériels et au sommet des Institutions, dans les structures de l’Etat et les sièges à l’Assemblée nationale, dans les communes et les Conseil régionaux.
Des cadres qui s’étant enrichis de façon insolente et embourgeoisés, ont abandonné le terrain, coupant tout lien avec la base du parti et les militants devant qui ils ne se sont présentés à nouveau que lors de la campagne électorale, et pendant ces élections, pour solliciter leurs suffrages, avec «les mêmes promesses qui ne ont jamais tenues», se plaignent souvent les militants désabusés. Ce que déplore la base du parti, c’est qu’une fois élus, ils disparaîtront de nouveau après ce scrutin, pour ne réapparaître qu’aux élections suivantes.
Hélas, le Directoire du Rhdp unifié qui ne jure, déplorent certains, que par ces «caciques», a procédé une fois de plus à la strangulation des jeunes cadres ambitieux et autres cadres qui étaient restés discrets jusqu’à ce jour. Lesquels ont eu, lors de ces élections, le soutien de la base qui a fait le choix de sanctionner dans les urnes «les candidats officiels Rhdp indésirables» aux yeux de nombre de militants du parti de Ouattara, dans certaines communes et régions. Ils ont donné leurs voix aux candidats indépendants qui, disent-ils, se soucient de leur sort et partagent leur difficultés aux quotidien.
- Cette année, ils sont 19 à être sanctionnés
A la veille du scrutin, le régime avait ignoré les alertes envoyées par la base à la haute direction du parti et persisté à maintenir les frustrés du parti à l’écart, privilégiant les cadres «vomis» par la base. Une base déçue qui, naturellement, a apporté son soutien sans faille aux cadres Rhdp qui, écartés par la haute direction du parti, ont persisté à se constituer candidats indépendants lors des élections municipales et régionales de 2023. Ils les ont donc votés massivement. Faisant mordre la poussière à des caciques et non des moindres. «Les militants du Rhdp unifié, déçus des caciques du parti qui les ont abandonnés à leur sort, ont tout simplement apporté leur soutien inconditionnel à ces candidats indépendants proches d’eux qu’ils ont élus pour sanctionner les indésirables dans les urnes», se sont confiées des sources aux médias.
On sait que plutôt que d’user du dialogue, le régime avait menacé de représailles ces cadres Rhdp candidats indépendants et leurs soutiens. Les propos tenus à la veille des élections par le président Alassane Ouattara en personne furent sans équivoque: «Je sais aussi qu’il y a des querelles personnelles entre les responsables…Si on attrape un responsable, si j’attrape des gens qui manipulent les gens pour être des candidats indépendants, ce n’est pas les candidats seulement, les manipulateurs aussi auront affaire à moi, quel que soit le niveau de la hiérarchie et des responsabilités au niveau du parti», s’ était emporté Ouattara qui avait choisi de brandir la chicotte pour faire régner l’ordre au Rdhp parti unifié. Mais en vain.
Les cadres frustrés et révoltés de son parti ont fait front. Ils ont défié le sommet du parti et relevé le défi dans les urnes et certains ont remporté le scrutin contre des poids lourds de leur propre parti. Une leçon que le Président Alassane Ouattara et les privilégiés inamovibles de son parti ne devraient pas ignorer.
Daouda LY












