@informateur- Décédé de manière inattendue, le 1er août 2023, Henri Konan Bédié, président du PDCI-RDA, laisse le gouvernail du vieux parti sans titulaire. Ce qui ouvre la voie à une guerre de tranchée entre ses probables successeurs qui sont déjà dans les starting-blocks prêts à se lancer à la conquête du Graal.
Combien sont-ils à vouloir être Calife après le décès du Calife Bédié ? Bien malin qui pourra déterminer avec exactitude leur nombre avant le 16 décembre 2023, date retenue pour les départager. Cependant, on peut déjà citer les noms de ceux qui ne font guère mystère de leur volonté de prendre le fauteuil laissé vacant par celui qui l’a occupé pendant 30 ans de manière quasi continue (sans tenir compte de l’intermède du coup d’Etat de 1999) après la disparition du père de la nation, Felix Houphouët-Boigny, premier président et inspirateur de la formation doyenne. Ce sont, Pr Maurice Kakou Guikahué (Guik, pour les intimes), Jean-Louis Billon, Akossi Bendjo, Thierry Tanoh, Tidjane Thiam, pour ne lister que les plus en vue. Auxquels il faudra aussi ajouter, pour être complet, Alphonse Djédjé Mady, Emile-Constant Bombet, Allah-Kouadio Remi… Ça fait du monde.

Mais, s’il est légitime, pour chacun d’entre eux, de prétendre diriger le parti suite au décès du Sphinx de Daoukro qui incarnait celui-ci, l’honnêteté commande toutefois de reconnaitre que beaucoup parmi ces postulants ont très peu de chances de franchir la ligne d’arrivée le 16 décembre prochain. Dans ce lot désigné arbitrairement se classent les prétendants de la seconde vague. A savoir, Alphonse Djédjé Mady (qui sort d’une défaite aux Régionales dans le Haut-Sassandra), Emile-Constant Bombet (il a été sorti du ‘’placard’’ par Bédié) et Allah-Kouadio Remi (en tant que président d’un fantomatique Comité politique, il n’a jamais vraiment imprimé sa marque au parti) dont les candidatures ne vaudraient que pour la forme. Même s’il est admis qu’une élection n’est jamais gagnée (ou perdue) d’avance.
Pour autant, il est des paramètres qui peuvent conduire à une défaite certaine. C’est le cas de ceux dont il vient d’être fait mention, puisque du vivant de N’Zueba, ils n’ont jamais été perçus comme de ‘’putatifs’’ successeurs de ce dernier. Pourquoi la donne changerait après la disparition du président du parti ? C’est toute la question et elle a le mérite de circonscrire les ambitions des concernés dans des proportions bien infimes. Cela dit, il est temps de passer au crible les candidatures de Guikahué, Billon, Akossi, Tanoh et Thiam afin de déterminer, autant que faire se peut, ce que vaut chacun d’eux dans cette partie qui s’annonce serrée.
- Une partie qui s’annonce serrée

Compagnon de longue date de Bédié dont il a été le ministre de la Santé, Pr Maurice Kakou Guikahué, 72 ans, est ce qu’on pourrait appeler, pour la succession de son patron, ‘’l’officier le plus ancien dans le grade le plus élevé’’, ce qui le met en pole position. En réalité, ce cardiologue a été pendant de nombreuses années ‘’l’ombre portée’’ de Bédié. Mais la crise pré-électorale de 2020 a distendu les relations entre les deux hommes. Le second soupçonnant le premier de rouler pour le pouvoir suite aux largesses que lui accorda celui-ci (il a été évacué en France pour des soins à l’insu de N’Zueba). Un temps, Bédié a sérieusement songé à se séparer de son ex-N°2 qu’il a flanqué d’un autre de ses lieutenants, Allah-Kouadio Remi, nommé président d’un Comité politique qui avait, en réalité, pour mission secrète de supplanter le secrétariat exécutif que tenait encore Guik, celui-ci étant condamné à devenir une sorte de ‘’reine d’Angleterre’’ (il devait régner sans gouverner).
Dans la pratique, ce schéma n’a jamais marché, puisque Allah-Kouadio Remi n’a pas été capable d’’éteindre’’ l’ancien ministre de la Santé de Bédié qui peut se targuer de connaitre le parti et d’avoir à sa botte la plupart des délégués. Mais, cela suffira-t-il pour faire de lui le successeur de Bédié ? Rien n’est moins sûr. Parce qu’il a un handicap dirimant, c’est qu’il n’est pas connu pour ses largesses et sa prodigalité. Or, en Afrique, qui donne ordonne.

Jean-Louis Billon, lui, n’a jamais caché son appétence pour le pouvoir. D’abord, candidat déclaré avant l’heure à l’élection présidentielle de 2015 et 2020 avant de rentrer dans les rangs, ce ‘’fils à papa’’ qui a aujourd’hui 58 ans, jouit d’un atout. C’est qu’il ne manque pas de courage et d’ambition. De plus, il est l’une des plus grosses fortunes de Côte d’Ivoire. Ce n’est pas rien en politique où tout se vend et s’achète. Y compris la dignité. Il garde donc intactes toutes ses chances.
Akossi Bendjo, 72 ans, est un ingénieur en génie chimique de formation. Ancien maire du Plateau, il est aussi un cacique du PDCI-RDA. Il avait osé, du vivant de Bédié, lorgner le fauteuil de celui-ci avant de faire un rétropédalage. Bendjo peut compter sur de solides amitiés au sein du parti. Il peut aussi compter sur un compte en banque bien garni. Ce sont des atouts qui pourraient lui permettre de rafler la mise le moment venu. En attendant, il peut voir venir.
Thierry Tanoh, 61 ans, avait l’oreille et la confiance du Sphinx de Daoukro qui en avait fait son protégé. Mais, cet expert-comptable au long cours a un trou dans la cuirasse, il est trop discret et passe quasiment inaperçu. De fait, très peu de personnes ont vu ce technocrate tenir le crachoir. Il ne fait sans doute pas partie des favoris. Et c’est peu dire.

Tidjane Thiam, 61 ans, petit-neveu du père de la nation, a autant d’atouts que de handicaps. Parmi les premiers, son background (il est polytechnicien et l’un des grands de la finance mondiale) et son pedigree (c’est un descendant du président Houphouët, fondateur du PDCI-RDA). Il est également réputé pour avoir un compte en banque à plusieurs chiffres. Au nombre des seconds, son éloignement pluri décennal de la scène politique nationale (il ne s’est intéressé à la chose politique que ces derniers mois) et sa méconnaissance des arcanes politiciennes. Il ne reste pas moins un sérieux postulant.
On le voit, la succession du président Bédié est très ouverte. Et nul ne peut prédire, à moins de lire dans une boule de cristal, le prochain leader du vieux parti. Néanmoins, la bataille pourrait se jouer entre Billon et Thiam, les deux prétendants qui ont la plus forte assise financière. Parce qu’il ne faut pas se le cacher, l’argent jouera un grand rôle dans la désignation du successeur de N’Zueba. D’ailleurs, ne dit-on pas que l’argent est le nerf de la guerre ?
Ousmane MODIBO












