‘@informateur- Sylvain Itté, ambassadeur de France au Niger a quitté Niamey, ce mercredi 27 septembre 2023 pour Paris, via N’Djamena. C’était une demande pressante des nouvelles autorités de voir l’ambassadeur français ainsi que les soldats français quitter le Niger. Une requête à laquelle le président Emmanuel Macron a fini par accéder, lundi, en annonçant le départ des troupes ainsi que son diplomate.
Mais le retrait de la France ne résout pas pour autant la grave crise ouverte au Niger par le fait d’aventuriers militaires qui se sont emparés du pouvoir, en fin juillet, par un coup d’Etat. Loin s’en faut. Décrit comme un homme impulsif et très peu au fait des réalités du terrain, le général Tchiani dispose d’une faible influence au sein de l’appareil sécuritaire. Si son autorité semble encore intacte, il est toutefois très peu apprécié des autres putschistes, comme les généraux Salifou Mody, Moussa Barmou, Mohamed Toumba et le Colonel-Major Maman Sani Kiaou.
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Selon des sources sécuritaires nigériennes, plusieurs sujets divisent les acteurs de la junte. Si la caste de généraux au pouvoir s’accorde sur le départ de la France suite aux manifestations de rue d’une poignée de Nigériens, elle reste cependant plus que divisée sur ses relations avec les Etats-Unis, la perspective d’une coopération renforcée avec la Russie et la question de l’ex-président Mahamadou Issoufou.
De fait, si les questions russe et américaine relèvent de la géostratégie que la junte se doit d’adopter, le soupçon continuel de la posture de l’ex-président Mahamadou Issoufou vis-à-vis du général Tchiani, agace les autres membres de la junte. Pour preuve, lors d’une réunion de la junte le 3 septembre dernier, les principaux généraux ont demandé l’arrestation de l’ex-président Issoufou. Demande à laquelle s’est catégoriquement opposé le chef de la junte. Quoi de plus normal quand on sait que le général Tchiani est redevable à l’ex-président qui l’avait, non seulement nommé au poste de chef de la garde présidentielle, mais surtout s’était entremis pour tenter de le faire maintenir à ce poste lorsque le président Bazoum a voulu le révoquer. C’est d’ailleurs sur ces entrefaites que le putsch est intervenu et alors que les condamnations fusaient de partout, Mahamadou Issoufou s’est, lui, muré dans un silence coupable. Son arrestation, réclamée par les autres généraux, participerait à la crédibilité de la junte dont la personnalité morale est perçue par l’opinion publique comme tributaire de Issoufou.
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Il est de notoriété que depuis le coup d’Etat du général, le Niger connait une dégradation sécuritaire accélérée. Ces dernières semaines dans l’ouest du pays, une série d’attaques perpétrée par les djihadistes dans les localités de Tombolé, Bourkou, Sanam, Koutougou et Dogou Saro ont fait pas moins d’une quarantaine de soldats tués. Un revers qui entame quelque peu la capacité de la junte à sécuriser la zone du Liptako nigérien. Pourtant à sa prise de pouvoir, le général Tchiani avait justifié le coup d’Etat par une volonté d’améliorer la situation sécuritaire dans le pays.
Une situation sécuritaire qui était déjà appréciable grâce aux efforts consentis par l’ex-président Bazoum qui, non seulement, a augmenté le budget de la Défense à 668 millions d’euros mais surtout a fait montre d’une ouverture de dialogue avec certains groupes armés modérés. Résultats au premier semestre 2023 : les violences politiques et les attaques djihadistes avaient fortement baissé. La caste de généraux que constitue aujourd’hui la junte, faut-il le préciser, sont également comptables de cette performance sécuritaire puisque beaucoup occupaient des postes stratégiques.
Malheureusement le coup de force et le regain d’activisme de l’Etat islamique au Sahel (EI-S) s’apparentent aujourd’hui à une rupture du dialogue entamé sous Bazoum. Visiblement, les djihadistes voudraient profiter de cette situation pour reprendre en main les zones de Anzourou et du Liptako nigérien. Ce qui va encore coûter au Niger des vies humaines, notamment des civils. A propos de cette éventualité, des responsables au sein de l’armée ont déjà expliqué au général Tchiani qu’à l’instar du Mali, si les forces françaises devraient quitter le territoire, les forces armées du Niger ne seraient pas capables de contenir les groupes djihadistes. Le Mali n’expérimente-t-il pas cette dure réalité dans le nord après le retrait de Barkhane et de la Minusma? Une chose est certaine, le général Tchiani est face à son destin et le peuple le jugera sur pièce d’ici peu.
Alfred SIRIMA












