Informateur.ci- Maire de Guibéroua, Mme Zézé Souasou Nicole Princesse épouse Gohourou fait un large tour d’horizon de la gestion de sa commune tout en zoomant les lignes de force de son bilan. Non sans pointer les difficultés auxquelles elle est confrontée. Entretien avec une édile qui sait ce qu’elle veut et où elle va.
- Mme le Maire, en décembre 2022, vous avez adhéré officiellement au Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et Paix (RHDP) après avoir été élue sous une bannière indépendante. Comment justifiez-vous ce choix ?
Mme Zézé Souassou Nicole Princesse : Mon adhésion au RHDP résulte d’un choix politique personnel, mûrement réfléchi, lié à ma lecture de la vie politique nationale et à ma volonté de contribuer à la dynamique de développement de ma région et plus largement, de la Côte d’Ivoire. Je considère la politique comme un instrument de rassemblement et de progrès.
- Votre tournée d’explication auprès de votre base électorale a-t-elle permis de faire comprendre ce ralliement ?
J’ai estimé indispensable d’expliquer directement ma décision, car la transparence est essentielle dans la relation entre un élu et ses administrés. Cette tournée a permis d’échanger, d’écouter les préoccupations et de répondre aux interrogations, dans le respect des opinions. Chacun peut apprécier différemment un choix politique mais l’essentiel reste notre responsabilité envers Guibéroua. Aujourd’hui, les populations nous jugent surtout sur notre capacité à répondre à leurs attentes.
- Justement, comment l’équipe municipale répond-elle aux attentes des populations de Guibéroua?
Notre priorité est une mairie proche, à l’écoute et capable d’apporter des réponses concrètes. Nous agissons progressivement sur l’assainissement, la voirie, l’éclairage public, les équipements collectifs et l’accompagnement des initiatives sociales et économiques. Nous restons attentifs aux besoins des villages, des femmes, des jeunes et des acteurs économiques. Cette action est collective : élus, services municipaux, partenaires et populations doivent avancer ensemble. Face à des besoins nombreux, nous devons hiérarchiser les priorités et mobiliser les moyens.
- Première femme élue maire de Guibéroua, quel bilan dressez-vous concrètement en matière de voirie, d’assainissement, d’éclairage et d’équipements collectifs?
Cette confiance en une femme est un honneur et une responsabilité. Elle m’engage à démontrer par les résultats que les femmes ont toute leur place dans la gestion publique. Nous avons engagé une amélioration progressive du cadre de vie. Notre action a impacté beaucoup de domaines, mais nous nous en tiendrons à ceux que vous avez cités. En effet, pour ce qui concerne l’assainissement, nous avons accordé une place importante à la réalisation et à l’amélioration des ouvrages de drainage. Des travaux de construction, de curage et de couverture de caniveaux sont notamment engagés sur des axes importants de la ville. Un programme de travaux portant sur environ 2400 mètres linéaires de caniveaux est en cours, avec des interventions complémentaires destinées à améliorer l’évacuation des eaux. Notre municipalité a également inscrit l’extension du réseau électrique parmi ses priorités, avec une attention particulière portée aux quartiers qui demeuraient insuffisamment desservis.
- Lesquels?
Plusieurs opérations ont ainsi concerné notamment Gnaoré-Goméné, Tapé-Agui, Tapéadjí, Sokoura Extension, Résidentiel, Scierie 1, Scierie 2, la Zone industrielle et N’Zuessi. Ces extensions traduisent notre volonté de faire progressivement reculer les zones d’ombre, d’améliorer la sécurité des populations et de créer de meilleures conditions pour les activités économiques et sociales. Nous avons également amélioré les infrastructures scolaires.
- Disposez-vous de chiffres précis?
Oui, nous avons 05 nouvelles écoles primaires publiques inaugurées cette année 2026, avec du mobilier et du matériel didactique. 1600 prises en charge scolaires ont été octroyées depuis notre accession à la magistrature municipale en 2018. C’est un soutien important pour faciliter la scolarisation des élèves issus de familles démunies. Les chantiers sont nombreux et nous avons touché à bien d’autres domaines. Je ne prétends pas que tous les besoins sont satisfaits. Mais nous avons engagé une dynamique, et nous entendons la poursuivre avec détermination.
- Quels projets sont actuellement en cours de réalisation?
On peut citer la réalisation d’une aire de jeux municipale, la clôture et l’aménagement de l’esplanade de l’hôtel de ville, la finition des travaux de l’annexe de la salle de mariage ultra-moderne, le raccordement des ménages au nouveau château d’eau, la restructuration fonctionnelle de la radio municipale entièrement rénovée et désormais équipée pour couvrir les 35 villages du Grand Guibéroua, etc.
- Vous avez évoqué l’hôtel de ville, peut-il être livré dans le délai annoncé pour fin 2026?
Les travaux du nouvel hôtel communal sont désormais achevés à 95 %. C’est une satisfaction pour la municipalité et les populations. Cette infrastructure modernise notre administration, offre un meilleur cadre de travail aux agents et améliore l’accueil des usagers. Elle doit être la maison de tous les citoyens, un lieu de service public, d’écoute et d’efficacité. Nous préparons à présent son inauguration officielle, pour les semaines à venir.
- Quelles initiatives favorisent l’emploi des jeunes et l’autonomisation des femmes à Guibéroua?
Nous voulons favoriser les activités génératrices de revenus, l’organisation des acteurs locaux et les partenariats avec les structures publiques, les opérateurs économiques et les partenaires techniques. Guibéroua dispose de potentialités dans l’agriculture, la transformation des produits agricoles, le commerce, l’artisanat, les services et l’économie verte. La formation, l’apprentissage et l’entrepreneuriat sont essentiels pour les jeunes. Pour les femmes, nous voulons aller au-delà des aides ponctuelles et promouvoir durablement l’organisation, la formation, l’accès au financement et aux marchés.
- Quelle place accordez-vous au secteur informel, notamment au commerce et à l’artisanat?
Le secteur informel fait vivre de nombreuses familles et constitue une source importante d’emplois et de revenus, notamment pour les femmes et les jeunes. Il est une composante essentielle de notre économie locale. La mairie entend améliorer les espaces de commerce, l’assainissement des lieux de vente et le dialogue avec les acteurs. Nous encourageons leur structuration en associations ou organisations professionnelles afin de faciliter l’accès à la formation et aux financements, puis leur intégration progressive dans l’économie formelle, sans fragiliser les petits acteurs.
- Le vol de latex est récurrent dans la région. Quelles actions pour freiner ce fléau?
Le vol de latex pénalise directement les producteurs, fragilise les revenus des familles et décourage l’investissement agricole. La réponse doit être collective et coordonnée. La mairie peut faciliter le dialogue entre producteurs, responsables villageois, organisations professionnelles et services compétents de l’État, notamment les forces de sécurité. Il faut encourager le signalement des faits, la sensibilisation et l’organisation des producteurs pour améliorer la prévention. La commune facilite la concertation ; la constatation et la répression des infractions relèvent des autorités compétentes.
- Les ressources financières de la mairie sont-elles suffisantes pour répondre aux besoins?
Non, les ressources communales restent en deçà des besoins en routes, assainissement, éclairage, écoles, équipements et développement économique. Nous devons programmer les investissements, hiérarchiser les urgences et améliorer la mobilisation des recettes propres. Nous recherchons aussi des appuis auprès de l’État, des institutions publiques, des partenaires au développement, des entreprises et de la société civile. Ces contraintes imposent rigueur, transparence et ingéniosité ; elles ne doivent pas conduire à l’immobilisme.
- Lorsque vous avez commencé votre fonction, quel était le budget de la mairie et à quel montant s’élève-t-il aujourd’hui?
Quand nous prenions fonction en 2018, le budget était de 149 millions FCFA. Aujourd’hui, nous avons un budget de 1,6 milliard FCFA.
- Avez-vous des projets de jumelage avec d’autres municipalités?
Nous sommes ouverts au jumelage et à la coopération décentralisée lorsqu’ils apportent une valeur concrète aux populations. Ces partenariats peuvent favoriser le partage d’expériences et soutenir des projets dans l’assainissement, la gestion des déchets, l’éducation, la santé, l’agriculture, la formation et l’autonomisation des femmes. Nous privilégions des relations réalistes, avec des engagements réalisables et des résultats mesurables. Cette ouverture ne signifie pas qu’un accord de jumelage est déjà signé ou en cours de finalisation.
- Quels grands projets souhaitez-vous réaliser et quelle empreinte voulez-vous laisser?
Je souhaite laisser une commune mieux structurée, équipée, propre et attractive, où les populations disposent de meilleures perspectives. Nous voulons poursuivre la modernisation des infrastructures, l’assainissement, la gestion des déchets, l’amélioration de la voirie et le soutien aux équipements scolaires et sociaux. Nous entendons valoriser nos potentialités agricoles et entrepreneuriales. Les déchets doivent devenir une ressource grâce à la collecte, au tri, à la transformation et au recyclage, créant revenus et emplois. Au-delà des ouvrages, je souhaite laisser l’empreinte d’une gouvernance de proximité, attentive aux jeunes et aux femmes. Si le cadre de vie s’améliore et si Guibéroua gagne en reconnaissance, j’aurai le sentiment d’avoir utilement servi cette commune.
- Pourquoi avoir créé l’ONG Anedouo Internationale en 2007?
J’ai créé Anedouo Internationale en 2007 par conviction que la solidarité doit se traduire en actes. Sensible aux difficultés des femmes, des enfants, des jeunes et des familles vulnérables, j’ai voulu mobiliser des énergies autour d’actions sociales et humanitaires utiles, notamment dans l’éducation et le bien-être communautaire. Cette expérience m’a conforté dans l’idée que le développement exige l’engagement de toutes les forces vives : associations, ONG, entreprises, diaspora, partenaires et citoyens. Cet engagement citoyen précède mon mandat municipal.
- Comment conciliez-vous vos responsabilités de maire et celles de l’ONG ?
Je distingue strictement les deux responsabilités. La fonction de maire est une mission publique exercée au service de tous, dans le respect des lois et de l’intérêt général. L’engagement associatif relève de la solidarité et ne se substitue pas à l’action municipale. Les moyens, décisions et responsabilités de la commune doivent rester séparés de ceux de l’ONG ; toute collaboration éventuelle doit être transparente et conforme aux règles. L’organisation, la délégation et le travail d’équipe permettent d’assurer le suivi des activités. Ces engagements peuvent être complémentaires, à condition de respecter leurs cadres respectifs.
- Votre mot de fin.
Je remercie les populations de Guibéroua pour leur confiance et leur accompagnement. Je salue les femmes, les jeunes, les chefs traditionnels, les leaders communautaires, les acteurs économiques, les agents municipaux et tous ceux qui contribuent au développement de notre commune. Les défis sont nombreux, mais Guibéroua possède des ressources humaines et des potentialités réelles. J’appelle chacun à l’unité, à la responsabilité et à la mobilisation : le développement doit être porté par tous. Je poursuivrai mon engagement avec détermination, humilité et disponibilité pour faire de Guibéroua une commune où il fait bon vivre, entreprendre et construire l’avenir. Guibéroua mérite notre engagement collectif.
Alexandre LEBEL












