@informateur.ci- Mgr Marcellin Yao Kouadio critique l’indépendance de la CEI, répond au ministre Adjoumani et alerte sur les dérives politiques menaçant la paix en Côte d’Ivoire.
Mgr Marcellin Yao Kouadio, président de la Conférence épiscopale de Côte d’Ivoire, s’est exprimé sur l’état du climat politique, à l’approche des prochaines échéances électorales. Dans une déclaration marquante en date du 10 avril dont nous avons copie, il remet en question l’indépendance de la Commission Électorale Indépendante (CEI) et répond sans détour aux récentes prises de position du ministre Adjoumani.
«Nous doutons de l’indépendance de la CEI. Je ne vise pas une personne en particulier, mais si cette commission dysfonctionne, c’est la responsabilité collective de tous ses membres», affirme-t-il.
Le prélat déplore une perte de repères moraux et une instrumentalisation des institutions : «Trop souvent, les Ivoiriens troquent leur liberté et leur dignité contre de l’argent. Curieusement, tout le monde parle de transparence, mais chacun redoute le verdict des urnes.»
Selon lui, les élections en Côte d’Ivoire ne se déroulent plus dans un cadre normal. Il rappelle les épisodes douloureux de la rébellion de 2002, la crise post-électorale de 2011 avec ses 3 000 morts, et celle de 2020 qui a fait 85 victimes. «Ces événements montrent bien que nous sommes dans une situation exceptionnelle qui appelle des mesures tout aussi exceptionnelles», estime-t-il.
Mgr Yao Kouadio refuse toute récupération politique par l’Église, tout en soulignant que l’Éthique peut parfois justifier une prise de position : « ’Église ne désigne pas de candidat, mais pour préserver un bien supérieur notamment la paix et l’avenir de notre pays, une certaine éthique de la transgression peut s’imposer.»
Il s’oppose fermement à la posture du ministre Adjoumani, concernant les choix internes des partis politiques :«Ce n’est pas au ministre Adjoumani de décider des candidats des autres partis. On ne peut pas écarter quelqu’un simplement parce qu’il dérange.»
L’homme de Dieu critique aussi les figures que l’on érige en modèles pour la jeunesse :
« Ceux qui ont manipulé des armes ou des situations pour s’enrichir sont aujourd’hui érigés en exemples. Ce sont des autorités sans réelle épaisseur morale»
Il conclut en dressant le portrait du dirigeant que le pays attend : «La Côte d’Ivoire a besoin d’un dirigeant honnête, respectueux de son peuple, non violent, et capable d’en finir avec le braconnage politique et économique. Aujourd’hui, malheureusement, la richesse prime sur l’intégrité, sans même s’interroger sur son origine.»
Avec cette prise de parole forte, Mgr Marcellin Yao Kouadio appelle à une prise de conscience collective et à une réforme profonde des pratiques politiques, pour redonner à la démocratie ivoirienne ses lettres de noblesse.
Y.K/informateur.ci












