@informateur.ci- Le jeudi 29 janvier dernier, le Complexe industriel Transcao de Pk24 à Akoupé Zeudji était, pour la deuxième fois depuis son inauguration le 26 juin 2025, sous les feux des projecteurs. Le Conseil du Café-cacao a convié la presse à une usine au capital de 25 milliards FCFA, dont l’Etat détient 75%, pour qu’elle soit témoin du lancement de l’opération d’enlèvement du stock résiduel du cacao invendu.
Une véritable opération de communication pour se donner bonne conscience face à la détresse des producteurs qui crient depuis plusieurs semaines leur misère et aux récriminations de ceux qui pointent du doigt l’incompétence du Conseil, l’accusant d’être rompu dans la vente par anticipation du cacao mais incapable de prévenir les crises. De fait, du haut de la tribune, ce jeudi-là, Yves-Brahima Koné a tenu à rappeler, à toutes fins utiles, que le Conseil du Café-Cacao est la seule habilitée à conduire cette opération. Pas de quota pour les multinationales qu’on envoie ainsi au chômage pour deux mois, le temps de la fin de la grande campagne intermédiaire. C’est-à-dire que l’organe de régulation est désormais l’exportateur et signe à la fois les connaissements. En d’autres termes, l’arbitre est devenu un joueur sur l’aire de jeu.
- Transcao n’a pas la capacité de transformer le stock résiduel
Pourtant, si Transcao, qui a une capacité de stockage de 160 000 tonnes, peut absorber les 123.000 tonnes de cacao concernées par l’opération d’enlèvement, elle n’a cependant pas la capacité de les transformer, puisqu’elle ne peut transformer théoriquement que 50.000 tonnes annuellement. Ce qui ne constitue pas moins une chape de plomb. L’autre talon d’Achille de cette usine est qu’elle n’a pas une logistique suffisamment rodée comme les multinationales pour décharger avec célérité les camions. Question : quel sera le délai d’enlèvement complet des 123.000 tonnes de cacao résiduel? Pis, quel est le délai de paiement des déchargements effectués?
L’on évoque un délai de 72 heures à 1 mois, ce qui s’éloigne de la gestion des multinationales qui paient sous 72 heures après livraison de la marchandise. Ce qui permet aux coopératives, à leur tour, de payer leurs producteurs en moins d’une semaine. Souffrir depuis 3 mois que dure le blocage de la commercialisation et devoir attendre des semaines supplémentaires pour entrer en possession de son chèque n’est rien d’autre qu’une double galère infligée aux producteurs de café-cacao et un affaiblissement des Sociétés Coopératives en Côte d’Ivoire.
- Longue attente avant paiement
Et ce n’est pas tout, puisque le rachat des fèves par l’État ne prend pas en compte la prime de certification. Alors qu’avec les multinationales des primes sont reversées aux producteurs pour le cacao certifié. Ainsi, avec cette opération d’enlèvement par Transcao, point de prime prévue. Le Conseil Café-Cacao, qui prétend se soucier du revenu des producteurs, est aphone sur ce point. Tout le stock de cacao résiduel sera racheté par l’État sous le registre ordinaire.
L’État s’est suffisamment sucré sur le dos des producteurs pour ne pas pouvoir les sortir de cette crise de la meilleure manière. De toute évidence, ne pas le faire, c’est se moquer d’eux. Et les considérer comme de simples producteurs de richesse.
Pour ce que les producteurs et le secteur du café-cacao ont déjà apporté et continuent d’apporter à la Côte d’Ivoire, l’État devrait faire mieux, puisqu’il a le pouvoir d’offrir mieux à ceux qui lui donnent les moyens de rayonner économiquement. Faut-il rappeler qu’en 2021, Seydou Kiébré, anciennement syndicaliste et aujourd’hui administrateur dans l’Interprofession du Café-cacao, déclarait que le Conseil du Café-cacao disposait d’un fonds de réserve de 170 milliards FCFA. Si l’information est avérée, en considérant que ce fonds a évolué au cours des 5 dernières années, on peut en déduire que l’État s’est suffisamment sucré sur le dos des producteurs pour ne pas pouvoir les sortir de cette crise de la meilleure manière. De toute évidence, ne pas le faire, c’est se moquer des producteurs d’eux. Et les considérer comme de simples producteurs de richesse.
- Pas de prime de certification
Du côté des multinationales à qui on refuse de donner des quotas pour ne pas avoir à leur payer des compensations, il faut tout simplement déplorer cette avarice de l’État qui met au chômage des milliers de dockers, maillon faible de la chaîne, mais aussi des techniciens aguerris. Résultat des courses, en refusant des quotas aux professionnels de l’export, on fait plus de mal aux producteurs mais aussi aux sociétés coopératives qui ont des contrats avec celles-ci. C’est tout simplement se tirer une balle dans le pied.
Cette réalité, mise à part, à deux mois de la fin de la grande campagne, une autre question se pose avec acuité : que va-t-on faire du cacao qu’on aura stocké à Transcao après le 31 mars au prix de 2800 FCFA le kg sachant que le prix va chuter dès le 1er avril 2026 ? On serait tenté de dire que cela regarde le Conseil du Café-Cacao qui s’est érigé en acheteur. Mais traçabilité oblige, le Conseil qui promeut ce concept a le devoir d’informer le public sur ce à quoi ces stocks serviront dans la mesure où ils sont susceptibles de fausser les chiffres de la production cacaoyère 2026-2027.
Jean François FALL













