Frontière Burkina-Côte d’Ivoire. Le trafic quotidien est intense. Le flux humain et de marchandises est considérable. Une situation qui requiert, dans un contexte de lutte affiché contre le terrorisme, un dispositif de sécurité à la mesure de la noble ambition antiterroriste. Hélas. Car à la vérité, il est impossible de connaître tous ceux qui quittent la Côte d’Ivoire pour le Burkina et vice versa. Le 09 septembre dernier, un peu plus d’un mois après le 5é sommet du traité d’Amitié et de Coopération Ivoiro-Burkinabè (TAC) qui a réuni les présidents ivoirien et burkinabè à Yamoussoukro, nous avons pris la route de la frontière pour toucher du doigt la réalité des voyageurs. Notre constat est que ce sont des centaines de sans-papiers qui traversent, chaque jour, cette frontière dans les deux sens, qu’ils soient Ivoiriens ou Burkinabè. La triste réalité de la frontière ivoiro-burkinabé est qu’au 21 é siècles des citoyens voyagent encore sans les moindres papiers d’identité. Et le comble c’est qu’ils sont transportés par des compagnies de transport qui n’ont d’attention et d’yeux que pour les recettes que génèrent les ventes des tickets. Et pourtant souventes fois où un accident mortel a mis en cause certains de ces cars, l’identification des victimes s’est avérée un casse-tête. « Il y a un an un car a fait une sortie de route non loin d’ici. Il y a eu quelques blessés et une femme est décédée sur le champ. Elle a été inhumée sur le bas-côté de la route. Nous n’avions aucun moyen de l’identifier», rappelle un gendarme avec qui nous avons échangé au corridor nord de Bouaké. En fait l’on devrait même estampiller sur ces cars : «Attention, Sans papiers !». Pour la simple raison qu’ils transportent de nombreux passagers qui n’ont pas toujours de pièce d’identité. C’est le revers de la levée des contrôles et corridors sur le territoire ivoirien: une véritable foire aux sans papiers. La frontière reste le seul véritable point de contrôle.
- La Corruption, et le racket…
Une situation qui, inévitablement a débouché sur les «arrangements». Pour ne pas dire la corruption et le racket. C’est la solution qu’ont trouvé les convoyeurs, pour faire passer leurs flots de sans-papiers en toute quiétude. A la grande joie des forces de l’ordre qui ne demandent pas mieux. Le système est bien huilé. Mode d’emploi. A moins de 3 Km du poste de contrôle de Ouangolodougou, les convoyeurs procèdent au «recensement» des sans-papiers présents dans le car. C’est-à-dire ceux qui n’ont ni carnet de vaccination, ni pièce d’identité, la plupart du temps. Ceux-ci lèvent les doigts et le comptage est aussitôt fait sous nos yeux. Les comptes aussi. Car ces sans-papiers sont priés séance tenante de débourser 4.000 FCFA, soit 2000 pour chaque pièce manquante, pour «l’arrangement». Une fois cela fait, des consignes sont données aux concernés qui ne se mêlent pas aux autres. Ils sont priés de descendre du car pour «attendre à côté». Leur nombre est communiqué et l’argent remis sous la table au policier contrôleur ou à l’agent de santé en un tour de main. Une fois le semblant de contrôle effectué, ces derniers peuvent sereinement attendre le départ du car pour embarquer de nouveau. Mais malheur aux sans-papiers qui refusent l’arrangement. Ils s’exposent à la vénalité des agents. Ils vont débourser une somme d’argent plus importante. Et les policiers savent se montrer impitoyables sur ce point. Le constat est que les cars repartent presque toujours avec leurs sans-papiers au complet. Ce qui signifie que pour passer de la Côte d’Ivoire au Burkina et vice versa, l’on n’a guère besoin de papiers d’identité ou de tout autre document. Une véritable passoire. Pour passer de part et d’autre, il suffit de corrompre les forces de sécurité. De l’autre côté de la Léraba, les mêmes «arrangements» ont lieu au poste de gendarmerie de Yendéré et le poste de police de Niangologo où les sans-papiers détectés, finissent toujours par regagner leur car, après avoir délié la bourse.
Interrogé sur le sens de cette pratique, notre convoyeur n’a fait aucune difficulté pour nous répondre. «On est obligé de rendre ce service aux sans-papiers pour gagner du temps à la frontière parce que si la police ou les agents de santé les prennent le car reste longtemps ici », nous a-t-il éclairés. Et d’ajouter : «Souvent on abandonne même des clients ici quand ils ne peuvent pas payer». Mais à la question de savoir pourquoi transporter des voyageurs qui n’ont pas de papiers, notre interlocuteur s’est d’abord muré dans un silence. Avant de se défendre en ces termes : «Dans notre compagnie avant chaque départ les agents de la santé se déplacent pour permettre à ceux qui le désirent de se procurer leur carnet de vaccination. Mais les gens sont compliqués on ne peut pas les obliger». Sur ce point, nous avons pu constater à l’embarquement, très tôt le matin du 9 septembre, la présence de deux agents de l’Institut National de l’Hygiène Publique (INHP).
Dans un tel contexte, impossible d’identifier un djihadistes ou tout autre terroriste qui se cacherait dans une foule de sans-papiers. La vérité est qu’à la frontière ivoiro-burkinabé, tout malfaiteur est assuré de circuler librement d’un point à un autre pour préparer et exécuter s’il le veut son plan. Pourvu qu’il donne 4.000F FCFA aux policiers. La sécurité d’une frontière, de deux pays, deux peuples, échangée, de façon aussi vulgaire que légère, contre la misérable somme de 4.000 FCFA, par tête de sans-papiers! Mais au bout du compte, un pactole pour les policiers corrompus. Lire la suite sur lageneralepresse.net











