@informateur- En Côte d’Ivoire les opérations de déguerpissement et de destruction de quartiers précaires a été suspendue dans le District d’Abidjan depuis le 21 novembre 2024 par décision du gouvernement. Débutées en janvier 2024 par le ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, Ibrahim Cissé Bacongo, les opérations de déguerpissement avaient été décriées par les populations touchées et une partie de l’opinion qui les assimilent à une » brutale politique du bulldozer ».
- Moins de 50 évacuées sur 167 sites répertoriés
Sur 176 sites répertoriés, moins d’une cinquantaine ont été rasés. Ce qui signifie que beaucoup de sites restent officiellement à être déguerpis. Concernant les raisons de la suspension de ces opérations, le gouvernement n’a rien précisé. On peut aisément s’imaginer que cette mesure tient compte des critiques faites aux autorités compétentes, en vue de corriger ce qui doit l’être relativement à l’impact des opérations de déguerpissement sur les populations vulnérables. A cela peut s’ajouter le fait qu’en cette période de fin d’année, le gouvernement a voulu montrer un visage plus humain en n’altérant pas le climat social.
- Les plausibles raisons de la mesure de suspension des opérations de déguerpissement
Les autorités, très critiquées pour la brutalité des opérations de déguerpissement, n’ont sans doute pas voulu soumettre les populations des zones ciblées à des vexations inutiles en engageant des opérations inopportunes, alors que les Ivoiriens préparent les festivités de la Noël et du Nouvel An. C’est donc un temps de répit pour tous, gouvernants et populations compris. Car le moment n’est pas approprié pour lancer des bulldozers dans le quartiers précaires. Au-delà de ces plausibles raisons, certains vont jusqu’à considérer que les gouvernants ont pris cette mesure à des fins électoralistes au moment où va s’amorcer 2025, année de la prochaine présidentielle en Côte d’Ivoire. Des observateurs pensent qu’il s’agit pour les gouvernants de ménager l’électorat avant le scrutin présidentiel, afin d’éviter de se faire sanctionner dans les urnes. Mais là est une toute autre histoire…
- La mesure de suspension n’est pas une mesure d’arrêt définitif
Ce que les populations doivent savoir, c’est que la suspension des opérations de déguerpissement dans le District d’Abidjan ne signifie pas leur arrêt définitif. Elles reprendra certainement pour les besoins de l’intérêt public et pour la sécurité des populations exposées à des risques mortels. Le Premier ministre Robert Mambé Beugré a fait savoir qu’en cas d’urgence sécuritaire, surtout en saison pluvieuse, des »exception » à la mesure seront faites et des opérations seront menées pour sécuriser les populations exposées. Principalement, tous les sites identifiés à risques pour les populations qui les habitent seront évacués sans exception.
Dans les zones où sommation à été adressée aux populations appelées à évacuer pour des travaux d’utilité publique ou en raison de risques graves, la suspension des opérations de déguerpissement des quartiers précaires n’est pas une raison pour traîner les pieds. Il faut mettre à profit ce temps de répit pour évacuer dignement les lieux. Selon un bilan partiel que Informateur.ci a dressé sur la base d’un comptage systématique des cas de décès annonce après annonce, faute de données officielles récentes, de 2020 à 2023, près de 200 personnes ont péri de diverses façons, dans les éboulements, les glissements de terrains, les effondrements se maison et des inondations mortelles pendant les saisons de pluies. Tandis que plus de 100 autres mourraient électrocutées dans des bidonvilles sous les pylônes de haute tension électrique et les emprises d’installation électrique.
- Sortir de la gestion des urgences pour mettre en place un véritable plan d’urbanisation
La Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) a lancé l’alerte. Mais les pouvoirs publics ont la charge de trouver dans l’urgence des sites sécurisés et décents de recasement des populations déguerpies et déplacées. C’est pourquoi le Premier Robert Mambé Beugré a instruit la Cellule d’aménagement des quartiers précaires d’agir au plus vite, pour achever les travaux sur les site de recasement des populations expulsés. Quoi qu’il en soit, le phénomène des taudis urbains doit s’estomper en Côte d’Ivoire. A charge pour le gouvernement de réussir sa politique de logements sociaux qui permettra de donner un toit décent à chaque ivoirien, afin de soulager les populations défavorisées. Les institutions de Breton Woods, les partenaires au développement et bailleurs de fonds internationaux ont durement interpellé la Côte d’Ivoire sur ces drames dans les quartiers à risques. Et ont soumis certains aspects de leur appui financier à la résolution de ce problème.
Il est donc important de sortir de la gestion des urgences pour mettre en place un véritable plan d’urbanisation en Côte d’Ivoire. On le sait, la démographie galopante, l’exode rural exacerbée, l’immigration incontrôlée, entre autres facteurs, ont été en grande partie à l’origine de l’urbanisation sauvage qui a surpeuplé les bords de la lagune Ebrié et défiguré le paysage urbain en Côte d’Ivoire au plan des sites à risques, de l’environnement et de l’embellissement. Car les taudis urbains ne sauraient constituer une alternative à l’urbanisation décente. D’où une politique de redressement du visage urbain d’Abidjan et des grandes villes ivoiriennes. Mais une politique à visage humain.
KKM/informateur.ci












