@informateur.ci- En Côte d’Ivoire, l’industrie boulangère a fait du chemin. Elle s’est progressivement développée pour connaître un véritable boum depuis 2012. Ce sont aujourd’hui des boulangeries-pâtisseries-viennoiserie-glaciers au design flamboyant, arborant des dénominations éclatantes parfois venues d’outre-mer et des façades étincelantes qui longent les rues d’Abidjan et des autres grandes cités. ‘’ Epis d’Or ’’, ‘’Paris Baguette‘’ et autres enseignes retiennent l’attention. Mais que de chemin parcouru. La boulangerie en Côte d’Ivoire qui a stagné dans sa figure traditionnelle avec les investisseurs étrangers, des libanais notamment, sur les décennies 1970, 1980 et 1990, va connaître un frémissement dans le sens de la modernisation à partir des années 2000, avec le label ‘’Top Pain‘’ qui était une chaîne de professionnels du secteur lancé par le premier meunier de Côte d’Ivoire, Les Grands Moulins d’Abidjan (GMA), avec des acteurs locaux.
- Labélisation et certification du pain ivoirien, que de chemin parcouru
On doit au groupe GMA et à son label ‘’Top Pain‘’ les débuts de la labélisation et de la certification du pain ivoirien. C’est la référence en matière boulangère en Côte d’Ivoire dans les années 2000 qui furent aussi hélas les pire années de la crise politico-armée. Le contexte ne permettra pas au label ‘’Top Pain‘’ d’aller aussi loin que Les Grands Moulins d’Abidjan l’auraient voulu. Mais les bases de la modernisation et du développement du secteur du pain made in Côte d’Ivoire étaient jetées, avec les acteurs nationaux qui, à Abidjan par exemple, obligèrent les investisseurs libanais, surpris par une concurrence de qualité, à se replier vers les villes de l’intérieur.
De plus en plus, les Ivoiriens de la diaspora, en France, en Europe et ailleurs dans le monde, riches des idées et des expériences ramenées au pays, vont s’intéresser au secteur de la boulangerie et y investir. Mais c’est dans la période de reconstruction post-crise, après la désastreuse crise post-électorale de 2020-2011, que la boulangerie ivoirienne va connaître un véritable boum, à partir de 2012. L’essor et l’éclat du secteur sont visibles et surprennent parfois les populations. Les boulangeries-pâtisseries-viennoiserie-glaciers de grand standing, parfois prolongées par des chaînes de restaurants entiers, poussent de partout, dans les communes d’Abidjan. Qui plus est, les meuniers se sont diversifiés. Trois groupes sont en vue. Si historiquement GMA a dominé le secteur de la farine boulangère, pâtissière et biscuiterie avec 90 % des parts du marché jusqu’en 2010, il faut compter désormais avec Moulins Modernes de Côte d’Ivoire (MMCI) [qui apparaît comme le principal challenger de GMA] et Les Moulins de Côte d’Ivoire (LMCI) qui font aussi leur trou.
On se demande alors qui sont les acteurs et d’où proviennent les fonds à l’origine de ce boom. La suspicion s’installe dans un pays gangrené par la corruption depuis ses origines. Certains soupçonnent du blanchiment d’argent et des flux financiers illicites au sommet du pays, orchestrés par les ‘’nouveaux riches‘’ qui, pense-t-on, ont fait main basse sur le secteur de la restauration et de la boulangerie en Côte d’Ivoire…Tout est possible. Mais il ne faut pas systématiquement noircir le secteur de la boulangerie ivoirienne sur la base de simples soupçons.
- Les promoteurs nationaux rivalisent désormais avec les investisseurs étrangers
Des investisseurs et acteurs nationaux intègres font la fierté du pain ivoirien. Notamment tous ces jeunes ivoiriens de la diaspora qui ont décidé de retourner au pays pour y investir et qui sont les promoteurs de nombre de grandes boulangeries aujourd’hui bien cotées. Inspirés par la culture entrepreneuriale des pays occidentaux où ils ont travaillé, ils sont parvenus à imprimer une marque de qualité et une approche professionnelle tout à fait moderne à l’industrie boulangère en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, les autorités ivoiriennes soutiennent la Fédération interprofessionnelle des patrons de boulangeries et pâtisserie de Côte d’Ivoire (FIPBP), qui revendique la qualité du pain ivoirien et en fait la promotion. La FIPBP a lancé, le jeudi 10 avril 2025, la caravane promotionnelle ‘’Consommons le pain de chez nous ».
- Promouvoir le pain fait à partir des produits locaux, pour ne plus dépendre de la farine de blé importée
L’objectif de cette initiative est de transformer le secteur de la boulangerie-pâtisserie ivoirien par un apport en céréales et produits locaux, en valorisant la production de pains à base de farines de mil, de maïs, de sorgho, de manioc, de riz, de banane, d’igname, dans le but de contribuer à la souveraineté alimentaire du pays. Dans un pays où, à en croire les données de la FIPBP, 30% des ménages ivoiriens consomment quotidiennement du pain, des galettes ou des viennoiseries, ce qui représente un marché de près de 100 milliards de Francs CFA par an, l’enjeu de la caravane promotionnelle ‘’Consommons le pain de chez nous‘’ est d’anticiper de façon stratégique sur les perturbations mondiales d’approvisionnement en blé causées par la crise sanitaire et les conflits mondiaux. D’autant plus que 95% de la production boulangère ivoirienne dépend de la farine importée.
C’est pourquoi le ministère du Commerce et de l’Industrie qui assure le parrainage de cette campagne a joint sa voix aux professionnels du secteur pour parcourir les régions du pays afin d’expliquer le bien-fondé du ‘’renforcement de la production locale’’ et ‘’sensibiliser les consommateurs sur les bienfaits nutritionnels et économiques des farines locales, créer des chaînes de valeur solides et inclusives, établir un lien direct entre producteurs, transformateurs, boulangers et consommateurs, tout en stimulant l’entrepreneuriat et la création d’emplois‘’. Un pari qui peut être gagné grâce à la mobilisation des acteurs du secteur et à l’adhésion du consommateur ivoirien.
KKM/informateur.ci












