@Informateur.ci- En Côte d’Ivoire, le Premier ministre Robert Mambé Beugré a procédé, le jeudi 4 juillet 2024, au lancement des travaux d’un programme de logements en location-vente et location simple portant sur la construction de 3.000 unités. Les travaux de ce projet qui bénéficie d’un financement de la Banque arabe de développement économique en Afrique (BADEA) à hauteur de 43 milliards de FCFA, ont été confiés à l’entreprise SOROUBAT. Mais l’Etat de Côte d’Ivoire qui se préoccupe de combler le déficit en logements sociaux et économiques dans le pays, est-il pour autant bien avisé de loger ensemble, dans une même cité, des hommes en tenue et en armes et des non policiers?
- Une Brigade Anti-Emeutes et des civils logés dans une même cité, quelle cohabitation?
La question se pose d’autant plus pour beaucoup d’Ivoiriens que c’est une expérience inédite qui est tentée en Côte d’Ivoire où jamais auparavant, l’Etat n’a fait cohabiter des corps habillés et d’autres couches socioprofessionnelles dans une enceinte conçue initialement pour être une caserne de Brigade de police ? Dans le contexte ivoirien, la question sécuritaire ne se pose-t-elle pas quand l’on sait à quel point les sites militaires et policiers ont été pris pour cible pendant certains épisodes de la tourmente de la crise ? On peut penser que le pays étant normalisé depuis longtemps, une telle question n’est plus à soulever. Mais dans une cité, la présence des non policiers est-elle compatible avec la particularité de l’environnement policier et la préparation des opérations de maintien de l’ordre et autres interventions anti-émeute à partir dudit site ? En attendant des réponses à ces questions, il faut dire que l’histoire de la Cité policière BAE de Yopougon est assez peu connue.
- Le projet de la Cité policière BAE de Yopougon, une histoire assez peu connue.
En fait, pour les autorités qui ont conçu le projet avant d’en lancer les travaux de construction en 1998, la Cité Policière BAE, bâtie sur plusieurs hectares à Yopougon, aura été une symphonie inachevée. Au grand dam de l’Etat et de la Police nationale. Il ressort du dossier qu’en 1980, l’Etat, par l’intermédiaire du Service des Ventes Immobilières (SVI), a exproprié la famille Baédan d’une parcelle de terre d’une superficie de quarante (40) hectares, quarante-quatre (44) ares et soixante-deux (62) centiares, sise à, Yopougon Kouté, à Abidjan. Sur la parcelle de terre, l’Etat a procédé à la construction du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Yopougon en 1980, puis à celle de la Cité Policière de la Brigade anti-Emeutes (Cité Policière BAE), en 1998. Aussi, à travers une procédure, les représentants de ladite famille, Baédan Dogbo Paul et Baédan M’Bouké Faustin, les requérants, ont-ils assigné l’Etat de Côte d’Ivoire en justice pour ‘’ violation de leurs droits à la suite de l’expropriation d’une parcelle de leur terre sise à Abidjan ‘’. Le 13 janvier 2003, à la suite d’une procédure en indemnisation initiée par les requérants, le Tribunal de première instance de Yopougon a fait droit à la demande de ceux-ci et leur a accordé la somme 839 488 000 Francs CFA pour la purge de leurs droits coutumiers sur la parcelle de terre.
- La Cité Policière BAE de Yopougon, une symphonie inachevée
Mais tous ces efforts auront été vains pour les autorités alors au pouvoir. En 1999, le coup d’Etat du 24 décembre n’a pas laissé le loisir au Président Henri Konan Bédié, père de ce projet, de terminer son œuvre. Le putsch a interrompu précocement les travaux de construction, en plein chantier. Mais le projet ne sera pas abandonné. Les autorités arrivées au pouvoir en 2000 se sont employées à le poursuivre et à lui donner vie. En effet, en 2008, un bâtiment de la Cité BEA sera achevé sous le Président Laurent Gbagbo et livré à la Police, pour accueillir ses premiers locataires, les policiers. Le but de la poursuite de ce projet était d’achever l’ouvrage pour en faire exclusivement une caserne de la BAE, tel que conçu initialement. Le ministre de la Sécurité d’alors, Désiré Tagro, présida la cérémonie au cours de laquelle l’entrepreneur libanais Mohamed Saidy, remis les clés de ladite cité au maire de Yopougon en son temps, Jean Félicien Gbamnan Djidan, avant que la police ivoirienne n’en prenne possession. Mais l’affaire opposant la famille Baédan et l’Etat de Côte d’Ivoire ne s’est pas arrêtée là. Elle s’est poursuivie pour rattraper le président Alassane Ouattara et les autorités actuelles, devant une juridiction africaine cette fois.
Plus récemment, le 5 septembre 2023, au terme d’une autre procédure, la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP) a ordonné à l’Etat de Côte d’Ivoire de verser à la famille expropriée la somme la somme de 235 366 805 Francs CFA ‘’ au titre des intérêts de retard pour créance non due dans le délai ‘’. Mais les autorités actuelles, elles non plus, ne lâchent pas le projet car il faut capitaliser les acquis. A la différence que dans la nouvelle mouture du projet, il ne s’agit pas de terminer la cité BAE pour la livrer à la Police ivoirienne, mais d’en faire un programme de logements ouverts à tous, auquel les non policiers sont éligibles. Une sorte de cité ‘’militaro-civile ‘’, si l’on peut utiliser abusivement ce terme…Lors du lancement du projet en 2024, les autorités avaient indiqué que les premiers logements en location-vente et en location simple devraient être livrés trois (3) années plus tard, soit en 2027. On verra ce que cela va donner en termes de cohabitation.
KKM/informateur.ci












