@informateur.ci- En Côte d’Ivoire, l’histoire des élections se répète, en inversant le rôle, la posture et le sort de certains acteurs-clés. L’histoire de l’inéligibilité de certains candidats à l’élection présidentielle, c’est surtout celle de deux protagonistes majeurs de la scène politique ivoirienne : Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo.
Faut-il s’en souvenir, en 2000, l’ancien Premier ministre du président Félix-Houphouët-Boigny, Alassane Ouattara dit Ado, aujourd’hui Chef de l’Etat, était écarté de la course à la présidentielle par une décision de justice, celle de la Cour suprême de Côte d’Ivoire qui, par l’Arrêt de Tia Koné [alors président de la Cour Suprême ] (Arrêt N° E 0001-2000 du 6 Octobre 2000), a invalidé sa candidature à la présidentielle d’octobre 2000 pour ‘’des doutes sur la nationalité de ses parents‘’ et pour ‘’s’être prévalu d’une autre nationalité’’.
Cette inéligibilité, Ouattara la traînera pendant cinq longues et pénibles années, avant d’être réhabilité par le président Laurent Gbagbo au terme de l‘Accord de Pretoria signé le 6 avril 2005 en présence de l’ancien président Henri Konan Bédié (PDCI-RDA), du Premier ministre du gouvernement de réconciliation Seydou Diarra de l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara (RDR), du ministre d’Etat, Guillaume Soro (Forces Nouvelles – FN) et du médiateur Sud-Africain, le président Thabo Mbeki.
En effet, si l’Accord de Pretoria était en réalité muet sur le droit d’Alassane Ouattara à se présenter à la prochaine élection présidentielle, une annexe à cet accord sera signé dans laquelle le président Laurent Gbagbo, utilisant les pouvoirs exceptionnels que lui conférait la Constitution, a autorisé les candidats des partis signataires de l’Accord de Linas- Marcoussis dont Alassane Ouattara, son principal adversaire politique, à se présenter à l’élection présidentielle d’octobre 2005.
A quelques mois de l’élection présidentielle de 2025, le Dialogue politique n’a pas encore permis la réhabilitation du président Laurent Gbagbo, alors que beaucoup appellent à un règlement politique du dossier, comme ce fut le cas pour Ouattara, il y a 25 ans. L’actuel Chef de l’État ivoirien renverra-t-il l’ascenseur à son bienfaiteur d’hier, celui qui lui a permis de se présenter à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire quand la justice l’avait exclu?
Dans un mémorable discours radiotélévisé, le président Gbagbo a indiqué qu’il avait décidé de mettre en œuvre l’article 48 de la Constitution qui permet au président de prendre des mesures exceptionnelles lorsque les institutions et l’intégrité territoriale sont menacées. » En conséquence, Monsieur Alassane (…) Ouattara peut, s’il le désire, présenter sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre 2005″, avait conclu Laurent Gbagbo qui venait ainsi de lui ouvrir la porte qui allait le conduire au pouvoir, au terme de la calamiteuse présidentielle de 2010. Il a usé, pour la paix et la réconciliation, de la solution politique pour délivrer l’ancien Premier Alassane qui était frappé par une décision de justice. Laurent Gbagbo l’a fait, car pour lui ‘’aucun sacrifice n’est trop grand pour la paix en Côte d’Ivoire‘’.
25 ans après, l’histoire se répète, mais à l’envers. Aujourd’hui, ironie du sort, c’est l’ancien président de la République qui se trouve à son tour pris dans les liens de la justice ivoirienne qui l’a déchu de ses droits civiques suite à sa condamnation à 20 ans de prison dans l’affaire dite du braquage de la Bceao pendant les évènements de la crise-postélectorale de 2010-2011. Ainsi déchu, il a été radié de la liste électorale et ne peut de ce fait, ni voter, ni se présenter à l’élection présidentielle prévue pour octobre 2025.
Aujourd’hui, le président Alassane Ouattara est dans la posture qui était celle du président Gbagbo, hier. Et vice-versa. Mais le Dialogue politique, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2025, n’a pas encore permis la réhabilitation du président Laurent Gbagbo, alors que beaucoup appellent à un règlement politique du dossier Gbagbo, comme ce fut le cas pour Ouattara, il y a 25 ans. L’actuel Chef de l’État ivoirien renverra-t-il l’ascenseur à son bienfaiteur d’hier, celui qui lui a permis de se présenter à l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire quand la justice l’avait exclu?
Maurice Konan KOUASSI












