Informateur.info- En avril dernier nous assistions à un contrôle d’identité de routine des passagers d’un taxi interurbain à la hauteur de l’université Abobo-Adjamé. Parmi les quatre clients du taxi deux étaient des burkinabè. Tous avaient apparemment leurs papiers à jour mais le policier qui effectue le contrôle marque une attention particulière pour les pièces des deux burkinabè qu’ils scrutent avec un air d’étonnement. Les deux ressortissants du pays frère semblaient venir tout droit d’un campement mais, ce jour-là, ce n’étaient ni leurs balafres ni leur accoutrement de paysan qui étaient en cause. Le policier était plutôt fasciné par la qualité de la carte consulaire biométrique. S’adressant à son collègue à côté de lui, il l’interroge en ces termes : «Romuald, tu as déjà vu cette carte?». Celui-ci rétorque par l’affirmative, précisant qu’il a lui aussi constaté ce changement depuis un moment.
La scène qui a duré quelques minutes, ne nous a pas laissés indifférent. Que la police se fascine pour cette carte consulaire nouveau format des ressortissants de la communauté étrangère la plus traquée par le passé en Côte d’Ivoire lors des contrôles, ne peut qu’être à l’honneur des autorités burkinabè.
En effet, depuis novembre 2013 la diaspora burkinabé en Côte d’Ivoire dispose d’une nouvelle carte consulaire. Elle est passée de la carte deux volets à l’ère de la biométrique format carte de crédit. Une carte bien présentée et facile à conserver dans un portefeuille. Mais, faut-il le relever, l’avènement de cette nouvelle carte ne s’est pas faite sans anicroches. Et pour cause, le coût du sésame fixé à 7.000 FCFA pour une validité de 3 ans n’a pas rencontré l’assentiment de la communauté.
Pour la première fois, la diaspora burkinabé en Côte d’Ivoire manifeste son refus de se soumettre à des décisions venant de Ouagadougou ; le Burkina Faso fut-il dirigé à cette époque par le tout-puissant Blaise Compaoré. Fer de lance de ce combat, le collectif des associations et mouvements de jeunesse burkinabè en Côte d’Ivoire (Camjb-ci) et l’association des Sans Voix, exercent une pression telle que Ouagadougou a dû reculer. Au résultat final, la validité de la carte est passée à 5 ans.
- Du pain béni pour de l’Etat burkinabè
Ce modus vivendi conclu, le consulat général d’Abidjan fait désormais face à une affluence de requérants pressés de se faire établir leurs cartes. Avaient-ils vraiment le choix quant on sait que sans pièces il est bien difficile de régler certains problèmes administratif? Chaque jour ouvrable donne lieu à un spectacle de rangs interminables depuis les guichets de l’opérateur Snedai, jusqu’au delà du portail du Consulat. Les premières heures de l’enrôlement ne sont pas aisées pour les demandeurs en termes d’accueil. Pas plus pour l’opérateur lui-même dont le mécanisme mis en place s’en est trouvé débordé.
Le délai de trois jours pour disposer de sa carte tel qu’initialement annoncé n’est pas respecté par l’opérateur. La moyenne du temps mis pour le retrait des cartes était de deux semaines, voire plus pour la plupart. Des requérants qui venaient de l’intérieur du pays se faire établir leurs cartes étaient désabusés à l’heure du retrait. Les délais n’étant pas respectés, certains ont dû faire des incessants va-et-vient avant de rentrer en possession du sésame. Il n’empêche qu’à l’heure du retrait, l’on oubliait aussitôt toute la gymnastique effectuée pour son acquisition. La grogne est manifeste devant tant de désagréments. Une situation mal vécue en raison du manque de communication de la part de l’opérateur Sneidai qui ne donne aucune explication technique à ces retards.
Dans une précédente enquête, nous révélions le processus d’enrôlement pour l’acquisition de ces cartes. C’est qu’après l’enrôlement, les dossiers sont traités et validés par un point focal au niveau du Consulat. Ce n’est qu’après cette étape que la confection peut se faire. Quelle est alors la part de responsabilité de l’opérateur Sneidai dans cette chaîne de production où l’un enrôle mais ne peut confectionner qu’après que l’autre ait validé les donnés fournies par le requérant ? Il appartenait à la fois à l’opérateur et aux autorités consulaires de situer l’opinion sur ce point d’ombre. Mais ni l’un ni l’autre n’a jugé opportun de se prononcer, laissant ainsi grandir le mécontentement général.
Pour un projet à la faveur duquel une bonne sensibilisation aurait pu dissiper les doutes et les incompréhensions afin de conforter le sentiment de fierté de la plus forte communauté étrangère en Côte d’Ivoire. Qui plus est, au plan de la réalisation technique et de la fabrication du document en masse, certains requérants ont aussi déploré quelques ratés sur leur pièce. Ce qui appelle de la part de l’opérateur une améliore de la qualité.
Mais par delà, les préoccupations des candidats à la nouvelle carte consulaire, et les humeurs des promoteurs de ce projet, Informateur.info va continuer de porter la critique. Jusqu’au jour où l’enrôlement a été décentralisé. Désormais depuis les différentes communes, les requérants peuvent se faire établir leurs pièces. Plus besoin de se déplacer forcement au Consulat Général au Plateau.
A ce jour, ce sont, selon nos informations, plus de 500.000 cartes consulaires qui ont été établies en Côte d’Ivoire. Pour les initiateurs, (gouvernement burkinabé et opérateur) ce résultat reste en-deçà des attentes. Car les prévisions à atteindre en trois ans ont été fixées à 3,5 millions d’enrôlés. N’empêche, il ressort de nos investigations que ce sont près d’un milliard cinq cent millions FCFA que l’Etat burkinabè a engrangé au titre de sa quote-part sur le coût de chaque carte établie. Laquelle quote-part est de 2.900 FCFA pour l’Etat burkinabè sur chaque carte. Ce gain est de toute évidence du pain béni pour l’Etat burkinabè qui n’a débroussé aucun centime, ni dans la mise en place, ni dans l’exécution du projet de cette nouvelle carte. Tout le financement a été supporté par l’opérateur seul qui, selon nos sources, se débat aujourd’hui comme un beau diable pour entrer dans ses fonds.
En fait, le grand gagnant dans cette affaire, pour l’heure, c’est bien l’Etat burkinabè qui se frotte les mains, pendant que l’opérateur est livré, seul, au courroux de la diaspora qui dénonce les aspects de projet que nous avons évoqués plus haut. Autant dire que près de deux ans après son lancement, l’enrôlement pour les cartes consulaires biométriques continue de faire son bonhomme de chemin. Aucun agent local du Consulat général n’a été licencié, bien que l’on soit passé de la dactylographie à l’informatique. Mieux, au terme du contrat, Sneidai devra céder tout le matériel et la logistique aux consulats généraux pour exploitation. Ce qui devrait forcement avoir une incidence sur le coût actuel de la carte qui connaîtra une baisse significative.
Pour l’heure le contrat, qui sera à sa deuxième année d’exécution en novembre 2015, cours toujours entre l’opérateur Sneidai et l’Etat burkinabè. Et au-delà des considérations politiques, c’est l’intérêt de la diaspora burkinabé qu’il faudra retenir, tout en tenant compte de la technicité et des compétences de l’opérateur, ainsi que des préoccupations des requérants.
Jean François FALL














