@informateur- Depuis la chute d’Omar El Béchir qui a passé 30 ans au pouvoir qu’il exerçait d’une main de fer dans un gant d’acier, le Soudan semble être tombé de Charybde en Scylla. Comme si le pays avait choisi entre la peste et le choléra. Qu’on en juge.
Le Soudan restera longtemps marqué par les dérives et les outrances du régime de l’ex-satrape Omar El Béchir qui a été évincé du pouvoir le 11 avril 2019 par les militaires excédés par les pantalonnades de cet homme connu pour sa raideur et son appétence au pouvoir. Mais, alors que l’on pensait que la chute du conducator ferait entrer le pays dans une nouvelle ère qui verrait celui-ci s’arrimer à la démocratie, le Soudan est confronté à un nouveau conflit opposant les hommes du général Abdel Fattah al-Burhane aux milices paramilitaires de Hemetti depuis le 15 avril 2023.
En 6 mois de guerre, le bilan a minima fait état de 5.000 morts. Cette crise entre les deux branches de l’armée qui semblent avoir pris les populations au piège est due à une compétition pour le pouvoir et pour l’argent. En effet, l’armée avait la haute main sur le budget national. Puis, il y a eu l’émergence, dans son ombre, de cette force parallèle, les Forces de soutien rapide (FSR), qui s’est enrichie. Aujourd’hui, il est question de faire rentrer ces paramilitaires ‘’dans le rang’’ de manière à leur couper les ailes, à en faire des soldats professionnels et à les empêcher de faire des trafics d’or et de migrants à travers les frontières.

Il s’agit également d’empêcher leur chef, Hemetti, de devenir le leader du Soudan. Ce dernier possède une politique extérieure entièrement indépendante de celle des militaires au pouvoir. Il a pour objectif d’écarter le président en titre, le général Abdel Fattah al-Burhane qui, en octobre 2021, a organisé un coup d’État qui a mis fin à la transition démocratique engagée en 2019 en limogeant tous les civils au gouvernement. Ainsi, on assiste, en quelque sorte, à une compétition entre deux crocodiles dans un même marigot. Il s’agit ici non pas d’une guerre civile, mais d’une guerre entre deux armées dont le peuple reste spectateur.
Les Soudanais, quant à eux, ont très clairement affiché leurs revendications depuis le soulèvement de décembre 2018. Ils voulaient la fin du régime militaro-islamiste en place depuis 30 ans. Or, le général al-Burhane était un bras droit d’Omar el-Béchir, soit un complice de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Il est loin d’être un démocrate. Il s’agit par ailleurs d’un homme soutenu par des réseaux islamistes. Il faut dire que depuis 30 ans, les militaires sont financés par le ‘’business islamiste’’ et les prédations directes sur l’économie.
Pour autant, cette soif de démocratie du peuple soudanais s’incarne dans les Forces de la liberté et du changement (FFC) qui sont le regroupement des jeunes qui manifestent héroïquement toutes les semaines, tous les mois, dans toutes les villes du Soudan central, et ce malgré des dizaines et des dizaines de morts. Ce sont ici des étudiants, de jeunes travailleurs, des catégories d’avenir qui viennent du centre du pays, de la vallée du Nil, etc.
De plus, ils ne connaissent pas très bien les périphéries comme le Darfour, les monts Nuba ou encore les montagnes de la mer Rouge ; toutes ces régions périphériques complètement abandonnées depuis des décennies par le pouvoir central et qui se révèlent aujourd’hui. Bref, le pays est en ébullition. Et l’on ne sait s’il faut regretter la période Béchir au cours de laquelle le pays affichait un semblant d’unité sous la poigne du dictateur.
Finalement, on a le sentiment que les Soudanais ont choisi entre la peste et le choléra, le mauvais et le pire. Pauvres populations éreintées par des décennies de mal gouvernance !
Ousmane MODIBO












