@Informateur- Depuis plusieurs semaines, les populations du quartier Adjouffou dans la commune de Port-Bouët font face à une grave pénurie d’eau qui inquiète de plus en plus.
Ici nous sommes dans un cabaret communément appelé «Tchapalodrome», endroit où se fabrique et se consomme l’alcool traditionnel local à base de mil ou de maïs, le dolo. La tenancière dame S. S. est sans équivoque : «Nous préparons le tchapalo avec l’eau des puits et même souvent avec l’eau des pluies quand les dieux de la météo nous en donnent l’occasion».
Cette fois-ci nous sommes au domicile de dame T.A dans cette grande cour d’habitations groupées appelées cour commune par son caractère de colocation de plusieurs familles de diverses origines ethniques à la réalité sociale et économique commune. Ici l’eau du puits construit au milieu de la cour se retrouve dans les bidons au frigo et dans les bassines pour la cuisine. Autrefois cette eau se contentait de servir au nettoyage du linge sale de la famille au sens propre et quelquefois pour la toilette corporelle donc aussi intime, hélas malheureusement.
«Depuis plusieurs semaines nous n’avons plus d’eau dans le robinet et nous sommes obligés après des collectes infructueuses çà et là, de gauche à droite pendant plusieurs jours d’utiliser l’eau du puits pour tous nos besoins, vitaux et sanitaires : la cuisine, la lessive, la toilette mais surtout le rafraîchissement», confesse sans complexe Dame T. A
Pour faire le tour des utilisateurs possible de l’eau de puits en cette période de pénurie du sésame liquide nous voici dans ce restaurant, connu sous le nom populaire de maquis. Ici la confiance n’a point besoin de contrôle, la confirmation souhaitée s’est confirmée d’elle-même toute seule sans aide interrogatoire. À notre arrivée aux heures de gloires des ustensiles de cuisine et des condiments qui se disputent l’attention des ménagères tôt ce matin-là, c’est la disponibilité du puits face aux besoins de ses maîtres qui attire notre attention. Ici l’eau est puisée sur place pour la cuisine directement. Elle sert à faire la vaisselle et à cuisiner. Oui : à cuisiner.
À notre question provocatrice : c’est avec de l’eau de puits que vous cuisinez ici ? Voici la réponse du berger à la bergère : «vous voulez qu’on prépare avec l’eau de quoi, l’eau de kiki?», rétorque de manière insolente la dame qui nous dira plus tard dans l’appétit de la prolongation de la conversation qu’elle est la mère de l’impolitesse. Elle conclut ainsi : «À question mouton, réponse bête».
- L’origine du problème
Selon plusieurs sources dont les personnes visitées et mentionnées plus haut, le quartier était bien desservi en eau potable par le distributeur agréé mais ce n’était pas tous les foyers qui en disposaient. Pendant que d’autres familles se ravitaillaient chez les personnes disposant de compteurs d’eau, en achetant au prix du détaillant, d’autres bénéficiaient d’installations clandestines de distribution. Avec la nouvelle situation on a exigé que tous les foyers puissent avoir des compteurs réglementaires. On a fait des associations et des cotisations pour effectuer les démarches afin d’avoir les niches et le raccordement légal. Quand l’équipe technique du distributeur a commencé à faire les installations les clandestins ont déguerpi des lieux parce que semble-t-il le distributeur a interrompu la fourniture d’eau pour finaliser les nouvelles installations et démanteler celles clandestines.
Malheureusement après cette phase d’installation de la tuyauterie et des compteurs un silence de cimetière s’en est suivi. Plus d’eau dans les robinets et point d’accélération du processus entamé. Les robinets coupés, il ne restait plus que l’eau minérale dans les boutiques inaccessible à tous et celle qui s’offre comme la seule alternative : l’eau des puits. Les plus nantis convoient de l’eau de la ville avec leur véhicules personnels ou s’en acquièrent chez les boutiquiers ou dans les grandes surfaces : l’eau minérale.
La majorité des populations de la commune de Port-Bouët est concentrée dans la partie précaire composée des quartiers d’Adjouffou et de Gonzagueville. Après le déguerpissement des quartiers du littoral, de certains quartiers de Koumassi et de bien d’autres habitations clandestines du grand Abidjan, plusieurs familles ont trouvé refuges dans cette zone déjà populeuse depuis plusieurs années où la pauvreté est la matière première et précieuse.
- Un problème de santé à craindre
Face à la mésaventure de cette pénurie prolongée les aventures des uns et des autres s’assemblent et se ressemblent. Sauf quelques-uns qui peuvent se payer le luxe de compenser ce manque par l’eau minérale pour tous les besoins domestiques, la plupart se résigne et se contente de l’eau des puits. Certains utilisent des produits de purification de fortune ou d’infortune mais avec quelle efficacité?
Pour le rafraîchissement, il est clair qu’aucun traitement archaïque ne garantit la neutralisation des microbes et des parasites. Personnes âgées à la santé fragile et enfants à la santé précoce s’exposent ainsi au diktat des microbes pour des maladies diverses.
En matière de cuisson on pourrait prétendre avoir la solution thermométrique pour vaincre le commando invisible organique, or que non, selon les expériences médicales les microbes ne sont détruits par l’eau bouillante qu’au-delà de 100 degré Celsius alors qu’aucune cuisine ne peut prétendre atteindre ce degré à chaque festin. En plus la férocité des microbes des eaux des puits mêlées aux eaux de ‘cuits’ d’Adjouffou n’est pas celle des microbes des laboratoires climatisés.
Mes propres enfants pour avoir vécu une année au milieu des eaux sales de Gonzagueville où ils ont mangé chaque jour pour aller à l’école sont aujourd’hui malades de toutes sortes d’infections et de maux sans mots au village. Imaginons le risque auquel s’exposent aujourd’hui les gosses qui consomment cette eau boueuse de puits mêlée aux eaux des puits perdus et des caniveaux insalubres?
- Le malheur des uns fait le bonheur des autres
Comme dit l’adage : la nature a horreur du vide. Le matériel cloîtré dans les niches souvent non protégées attendant la suite des opérations s’expose aux opérations concrètes des voleurs qui opèrent de jour comme de nuits selon un mode opératoire propre à eux pour le dérober et le revendre au prix de ferraille dans le marché noir.
En moins d’un mois plusieurs compteurs d’eau ont déjà été volés dans les niches selon de nombreux témoins qui ajoutent que ces pertes ne sont pas compensées par l’opérateur d’eau qui décline toute responsabilité à tout dommage subi. Sans eau avec le risque d’être des parents d’enfants sans os, ils doivent encore supporter les pertes dues aux activités malveillantes des malfaiteurs.
En attendant la poursuite des opérations et la régularisation de la situation par le distributeur d’eau agréé, les populations d’Adjouffou dans la commune de Port-Bouët à Abidjan comme bien d’autres dans d’autres contrées abidjanaises se familiarisent et s’accommodent à leur vie de misère qui n’a rien à envier à celle des fourragères cueilleurs de la préhistoire paradoxalement à notre merveilleuse époque de l’ère du progrès économique et de la révolution technologique.
Un reportage de Kabré Yamba












