@informateur.ci- Malgré les progrès enregistrés dans la formation doctorale, l’Afrique peine encore à retenir et valoriser ses chercheurs les plus qualifiés. Chaque année, des milliers de titulaires d’un doctorat (PhD) rejoignent les rangs des diplômés du continent, mais beaucoup se heurtent à un marché du travail incapable d’exploiter pleinement leurs compétences. Cette situation alimente une fuite des cerveaux qui freine l’innovation et le développement économique.
Obtenir un doctorat représente plusieurs années de recherche, de publications scientifiques et de spécialisation. Entre 2000 et 2018, l’Afrique du Sud a délivré plus de 32 000 doctorats, confirmant son statut de leader continental en matière de formation avancée. Le Kenya comptait environ 12 000 titulaires de doctorat jusqu’en 2019, tandis que le Ghana, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Nigeria ont considérablement renforcé leurs capacités de formation au cours de la dernière décennie.
Au Nigeria, première puissance démographique du continent, plus de 309 universités forment désormais plusieurs milliers de docteurs chaque année. À l’échelle régionale, les Centres d’excellence africains (ACE), soutenus par la Banque mondiale, ont permis de former plus de 7 650 doctorants entre 2014 et 2025 dans des secteurs stratégiques comme l’agriculture, la santé, l’ingénierie ou le numérique.
Cependant, cette progression quantitative ne se traduit pas par une intégration professionnelle à la hauteur des compétences produites. Selon une étude de l’Institute of Employability publiée en septembre 2024, l’Afrique ne représente que 2 % de la production scientifique mondiale. Les universités offrent peu de postes permanents et les financements publics destinés à la recherche restent insuffisants, obligeant de nombreux chercheurs à dépendre de bailleurs internationaux.
Pour un jeune docteur béninois interrogé par l’Agence Ecofin, le problème ne réside pas dans la qualité de la formation. «Une grande partie des docteurs formés ici poursuivent des carrières brillantes à l’étranger», explique-t-il, estimant que le principal obstacle demeure l’absence d’opportunités locales capables de valoriser ces profils hautement qualifiés.
Le secteur privé contribue également à cette situation. Les enquêtes de la Banque mondiale montrent que seulement 11 % des entreprises d’Afrique subsaharienne investissent dans la recherche et le développement. La majorité privilégie l’adoption de technologies existantes plutôt que la production de nouvelles connaissances, limitant ainsi la demande pour les titulaires de doctorat.
À cette faible implication des entreprises s’ajoute un investissement public insuffisant. Selon l’UNESCO, la plupart des pays africains consacrent moins de 1 % de leur PIB à la recherche et au développement, un niveau largement inférieur à celui des économies industrialisées.
À l’inverse, les pays occidentaux offrent des perspectives plus favorables. Aux États-Unis, près de 86,6 % des docteurs en sciences, ingénierie et santé occupent un emploi, dont plus de la moitié directement lié à leur spécialité. En Europe, l’OCDE estime que le taux d’emploi des titulaires d’un doctorat atteint environ 93 %.
Face à ce contraste, de nombreux chercheurs africains choisissent l’expatriation. Selon l’African Population and Health Research Center, plus de 10 % des Africains titulaires d’un diplôme de troisième cycle émigrent chaque année vers des pays à revenu élevé. Le rapport HAQAA 2023 estime qu’environ 40 000 docteurs africains vivent aujourd’hui hors du continent, privant l’Afrique d’un vivier d’experts indispensable au développement de ses universités, de ses centres de recherche et de ses industries.
Pour inverser cette tendance, l’Union africaine, la Banque africaine de développement et l’UNESCO plaident pour un renforcement des investissements dans la recherche, une meilleure collaboration entre universités et entreprises, ainsi qu’une intégration accrue de l’innovation dans les politiques de développement. Sans ces réformes, la fuite des cerveaux continuera de priver le continent des compétences nécessaires pour relever ses défis économiques, scientifiques et technologiques.
Djah OPELY












