@informateur.ci- La crise qui secoue la filière café-cacao en Côte d’Ivoire continue de susciter de vives réactions, y compris au sein de la diaspora. Le mouvement «Trop, c’est trop» (TCT), actif en Amérique, en Europe et en Afrique, est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il qualifie de graves dysfonctionnements dans la gestion du secteur, pilier de l’économie nationale. Au cœur des préoccupations : le sort du fonds de garantie estimé à plus de 1 200 milliards de FCFA.
Dans une déclaration signée le 7 avril 2026 à New York par plusieurs responsables du mouvement, dont Jean-Blaise Ayemene, Mel Essis Gaye et Boga Sako Gervais, TCT interpelle directement les autorités ivoiriennes. Le mouvement exige davantage de transparence dans la gestion des ressources destinées à soutenir les producteurs de cacao, durement affectés par la crise actuelle.
Premier producteur mondial de cacao depuis plusieurs décennies, la Côte d’Ivoire assure environ 40 % de l’offre globale, avec une production annuelle estimée à 2,2 millions de tonnes. Le secteur représente entre 15 et 20 % du produit intérieur brut. Malgré ce poids économique considérable, les producteurs dénoncent depuis longtemps une répartition inéquitable des revenus issus de leur travail.
La situation s’est particulièrement détériorée au cours de la campagne agricole 2025-2026. Initialement fixé à 2 800 FCFA le kilogramme en début de saison, le prix garanti aux producteurs a été revu à la baisse, atteignant 1 200 FCFA lors de la petite traite. Une décision qui a provoqué incompréhension et colère dans les zones rurales, où de nombreux planteurs peinent à écouler leurs récoltes ou à percevoir leurs paiements.
Selon le mouvement TCT, cette chute brutale des prix, combinée à des retards de paiement signalés dans plusieurs coopératives, a plongé des milliers de familles dans une situation précaire.
Dans certains cas, des producteurs affirment n’avoir reçu que des promesses de paiement sous forme de reçus, sans compensation immédiate.
Autre point de tension : l’exigence de la carte de producteur pour vendre le cacao. Introduite récemment par les autorités, cette mesure est critiquée pour son application jugée incomplète. De nombreux planteurs, bien qu’enregistrés, n’ont pas encore reçu leur carte, ce qui les empêche de commercialiser leur production.
Le mouvement de la diaspora pointe également du doigt des choix stratégiques qui auraient fragilisé la filière, notamment la rupture de contrats avec de grandes entreprises internationales du négoce de cacao. Cette situation aurait contribué à une baisse des liquidités disponibles chez les acheteurs locaux, aggravant ainsi la crise.
Par ailleurs, TCT s’inquiète d’une centralisation accrue de la gestion de la filière, qu’il juge excessive. Le mouvement estime que cette orientation pourrait limiter la concurrence et réduire les opportunités pour les acteurs indépendants, notamment les producteurs.
Dans ce contexte, la diaspora ivoirienne exprime son soutien aux organisations de planteurs et appelle à une mobilisation pour défendre leurs intérêts. Elle insiste sur la nécessité d’une réforme en profondeur du système de gouvernance du secteur, afin d’assurer une meilleure répartition des revenus et une gestion plus inclusive.
Parmi ses revendications, le mouvement exige le paiement intégral des récoltes déjà achetées au prix initial de 2 800 FCFA, l’application équitable du prix actuel sur tout le territoire, ainsi qu’une implication accrue des producteurs dans la gestion de la filière.
Mais surtout, TCT demande que toute la lumière soit faite sur le fonds de réserve du cacao. Pour la diaspora, la transparence sur l’utilisation de ces ressources est indispensable pour restaurer la confiance et garantir la pérennité du secteur.
Enfin, le mouvement recommande une libéralisation effective de l’exportation du cacao, estimant que cela permettrait d’attirer de nouveaux partenaires internationaux et d’améliorer les revenus des producteurs.
Alors que la crise persiste, la question de la gouvernance de la filière cacao apparaît plus que jamais centrale dans le débat public ivoirien.
Djah OPELY












