@informateur.ci- En Extrême-Orient, à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, les démons du conflit frontalier qui oppose ces deux pays voisins depuis des décennies ont resurgi le 24 juillet 2025, provoquant un affrontement à l’artillerie lourde qui a fait au moins 13 morts côté cambodgien, dont cinq soldats et huit civils, selon le dernier bilan communiqué ce samedi 26 juillet 2025 par le ministère cambodgien de la Défense.
A en croire les autorités cambodgiennes, les heurts ont fait déjà plus de 35 000 déplacés dans le pays. Lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, l’ambassadeur du Cambodge à l’ONU a appelé à ‘’ un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel ‘’, le vendredi 25 juillet 2025. Mais l’appel de Phnom Penh, à écouter le Premier ministre thaïlandais Phumtham Wechayachai, semble avoir reçu une réponse mitigée du côté de Bangkok qui parle timidement d’ ‘’ un compromis parce que ‘les deux pays sont) voisins ‘’, tout en donnant ‘’ instruction’’ aux troupes thaïlandaises de garder leurs positions pour ‘’ agir ‘’ en ripostant aussitôt, ‘’ en cas d’urgence ‘’, si besoin est.
En fait, la confiance est sapée entre les deux voisins, car si la Thaïlande dit être d’accord, pour le principe, pour conclure un cessez-le-feu, Bangkok dit douter du Cambodge qui aurait mené des offensives barbares, sans discernement. Si bien que la proposition faite par les diplomaties américaine, chinoise et malaisienne, entre autres, d’offrir leur médiation n’a pas encore reçu un écho favorable à Bangkok, la Thaïlande affirmant vouloir privilégier la voie du dialogue direct avec Phnom Penh.
De son côté, l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (Asean) s’emploie elle aussi à œuvrer pour mettre fin à ce conflit. Faut-il le savoir, le conflit frontalier entre le Cambodge et la Thaïlande est la conséquence d’un litige au niveau du Temple de Preah Vihear situé au Cambodge dans la zone montagneuse qui marque la frontière entre les deux voisins. Or, l’accès routier à ce temple, même depuis le Cambodge, ne peut se faire que via la Thaïlande.
Les affrontements militaires ont débuté en juin 2008 lorsque le Cambodge a fait fermer le poste frontalier à Preah Vihear alors que des manifestants d’origine thaïlandaise s’étaient rassemblés à cet endroit. A partir de cet incident diplomatique, les heurts armés sont survenus et ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. Les deux voisins se sont affrontés à plusieurs reprises depuis juin 2008.
Pour mieux cerner les origines de ce conflit, il faut remonter à l’ère coloniale quand l’Indochine française nommée Union indochinoise puis Fédération indochinoise fondée en1887 et composée alors de Laos, du Vietnam et du Cambodge aujourd’hui indépendants, se trouvait encore sous le règne de la France métropolitaine. Tout a commencé quand, en 1907, la France et la Thaïlande alors appelée Royaume de Siam, ont signé un traité qui redéfinissait les frontières entre l’actuelle Thaïlande et l’actuel Cambodge.
La Fédération indochinoise sera dissoute en 1954. Mais au fil du temps, des contextes successifs et des événements qui les ont marqués, des tensions sont nées et se sont accumulées entre les populations dans le secteur du temple Preah Vihear. Débouchant sur des affrontements interarmés sanglants entre les deux voisins.
Entre 2008 et 2011, les heurts avaient fait au moins 28 morts et des dizaines de milliers de déplacés. Les derniers affrontements survenus depuis le 24 juillet 2025 entre le Cambodge et la Thaïlande marquent une escalade sanglante de plus dans ce différend frontalier que la diplomatie n’est pas encore parvenue à résoudre définitivement.
Maurice Konan KOUASSI












