@Informateur.info- Boudé par la critique, méprisé par un certain nombre de puristes de la littérature, l’écrivain ivoirien, Isaïe Biton Koulibaly, victime d’un AVC depuis plus de trois ans, est décédé dans la nuit du 9 novembre 2021 à l’âge de 72 ans. C’est un coup de massue pour le monde des Arts et Lettres ivoirien. Le fan club Isaïe Biton Koulibaly et la grande famille de l’auteur sont inconsolables. Comme le disent les saintes écritures: «Dieu a donné, Dieu a repris que la terre lui soit légère».
Biton compte en dépit de tout, trois œuvres dans le top 10 des meilleures ventes du pays, tous genres confondus. Isaïe Biton Koulibaly l’écrivain le plus populaire et le plus lu de la Côte d’Ivoire, a cassé la plume dans la nuit du 9 novembre 2021 à l’âge de 72 ans. Avec plus de 90 nouvelles, essais et romans publiés à son actif, c’est aussi l’un des plus prolifiques du pays.
Son désir d’être écrivain naît alors qu’il a 9 ans, à la lecture du Petit Chose et de Jack, d’Alphonse Daudet. Il dévorera ensuite presque tout Pearl Buck (alors qu’il a à peine 15 ans, à la bibliothèque Kennedy de Treichville, la commune d’Abidjan où il est né, puis Pouchkine, auquel il dit devoir les principes clés de son esthétique : simplicité, clarté, rapidité et concision.
- La simplicité n’est pas simplisme
Selon Josué Guébo, la quête d’accessibilité est manifeste dans l’écriture de Biton Koulibaly. «Cela pourrait s’expliquer par son identification à l’auteur Russe Pouchkine du XIXè siècle qui publie en 1836 «La fille du capitaine» , une œuvre considérée comme fondatrice du roman russe mais ayant surtout le mérite d’être un chef-d’œuvre de simplicité sans tomber dans la banalité». Il est à noter que c’est un texte qui se caractérise par l’absence d’artifices et autres pirouettes stylistiques qui rendent un bon nombre d’œuvres littéraires complètement inaccessibles. Au regard de ses œuvres, Biton Koulibaly s’inscrit dans cette forme de démarche. Et Josué Guébo de conclure :«Si le destin d’un livre c’est d’être lu, Biton Koulibaly écrit des livres qui ambitionnent d’être consommés par le maximum de lecteurs».
Je me souviens lors d’une causerie, il y a dix ans de cela, les propos de Biton Koulibaly, il me disait en ces termes : «il importe de s’éloigner des formules absconses. Un auteur doit rendre ses écrits intelligibles!» Comme son maitre Pouchkine, auteur russe ayant choisi la simplicité d’expression, Biton Koulibaly a réussi à intéresser un très grand public en rendant sa plume accessible. D’ailleurs pour Biton, la simplicité n’est pas forcément du simplisme
Né le 7 juin 1949 à Abidjan-Treichville (Côte d’Ivoire), père de trois enfants, il y fit ses études primaires et secondaires. Il fit ses études universitaires à l’université d’Abidjan. Il obtient un diplôme de l’école de rédaction de Paris. Il a été par ailleurs le correspondant permanent du magazine international féminin Amina pendant plus de quinze ans.
Le premier grand rendez-vous d’Isaïe Biton Koulibaly avec ses lecteurs fut en 1982, à la publication du recueil Le Domestique du président, au Ceda. Son plus grand succès sera, en 1987, avec la parution du recueil de nouvelles Ah ! Les Femmes… (5 000 exemplaires vendus en un mois, un record dans l’édition africaine). Ce dernier a déjà connu plusieurs rééditions et a été traduit en espagnol (¡Ah, Las Mujeres…!) par l’éditeur Primerapersona. Dans la foulée, l’auteur donna une réplique à son best-seller en publiant Ah ! Les Hommes… Son cinquième roman, Et pourtant, elle pleurait (2005, éditions Frat-Mat), a également pulvérisé les records de vente (10 000 exemplaires vendus et épuisé). Le sujet : Et pourtant, elle pleurait est une histoire d’amour entre un ancien prêtre devenu directeur des ressources humaines d’une banque et une femme divorcée. Dans cette fiction, infidélité, trahison et fourberie se tendent la main pour former un univers impitoyable, une jungle où tous les coups sont permis, où les honnêtes gens n’ont pas droit de cité. Robert Williams, fils d’un diplomate, décide, contre la volonté de son père, de devenir prêtre afin de sauver l’humanité à l’image du Seigneur Jésus-Christ. Cette aventure le mettra au coeur de la méchanceté des humains, de ses confrères et même de son évêque. De la tentation à l’espièglerie des femmes en passant par le mensonge, le dénigrement et la jalousie, l’abbé Robert Williams, alias Bob, n’en peut plus. Il donne sa démission, au grand désarroi de ses paroissiens…
L’œuvre, selon le préfacier, est un ensemble de tableaux faisant la satire instantanée de la vie sociale, politique, économique des pays africains. Au-delà de cette satire, c’est l’Église qui, à travers le personnage atypique de Bob, est au banc des accusés. Celui-ci est symbole. Il symbolise l’esprit absolu dont parlait Hegel : « L’esprit se nie dans ce qui est autre que lui et s’affirme, il se dépasse en se conservant… ».
Après Le lit est tout le mariage (2009, éditions Frat-Mat), classé parmi les meilleures ventes, son roman, Christine (2009, Les Classiques ivoiriens), fait aussi un tabac à Abidjan. Le sujet : une histoire d’amour entre une jeune fille et un vieil homme… Ou comment inciter les jeunes femmes à ne pas « sortir » avec les « seniors » pris par le démon de midi. En filigrane, le roman aborde les travers du pouvoir et des diplomates africains.
En janvier 2005, Isaïe Biton Koulibaly a lancé sa propre maison d’édition, Koralivre, et a racheté les droits de ses livres à succès. Il ne s’accordait aucun répit. À ses heures perdues, il écrit une chronique, « Savoir aimer », pour l’hebdomadaire féminin Go Magazine, ainsi que « Les samedis de Biton », pour le quotidien L’Intelligent d’Abidjan. Et il peaufine ses derniers ouvrages, qui devraient paraître ….
Boudé par la critique, méprisé par les puristes de la littérature, l’écrivain ivoirien compte en dépit de tout trois ouvres dans le top 10 des meilleures ventes du pays, tous genres confondus. Isaie Biton Koulibaly obtient en 2002 pour son roman Merci l’artiste le prix Nyonda honorant le père du théâtre gabonais Vincent de Paul Nyonda, le grand prix ivoirien des lettres en 2005 avec Puissance des lettres, le prix Yambo Ouelogueum en 2008 avec Et pourtant, elle pleurait. En 2014, il publie chez Frat-Mat éditions, La Bête Noire. Le sujet : Frédéric Darco Yantala, le personnage principal du roman, n’a qu’un rêve : devenir riche et puissant. Pour assouvir ce rêve de puissance démesurée, il n’hésite pas à consulter les marabouts, à rejoindre un groupe mystique. Tous les moyens sont bons pour accéder au sommet de la gloire. Il apprend qu’un chat noir dans la maison est censé apporter la prospérité. Superstition ? Toujours est-il que depuis qu’il possède un chat noir, l’avenir lui sourit. Son ascension est rapide. Il épouse, par intérêt, la fille obèse et laide d’un riche ministre. Mais, saura- t-il profiter honorablement de sa fortune et du pouvoir qui l’accompagne? La bête noire le protégera-t-elle toujours?
- Le succès, IBK le doit à la thématique de ses œuvres
Son succès, IBK le doit en partie à la thématique de ses œuvres. Toutes décrivent les états d’âme, tribulations et drames de la femme africaine et par ricochet ivoirienne. Il s’est particulièrement illustré à travers la littérature sentimentale et a signé deux romans de la collection à l’eau de rose lancée par les Nouvelles éditions ivoiriennes (NEI), «Adoras», sous le pseudonyme B. Williams (Sugar Daddy, une jeune fille aime un tonton et Tu seras mon épouse). Tantôt défenseur, tantôt pourfendeur des comportements féminins, à la fois paillard et, ainsi qu’il se définit lui-même, «catholique militant» – et très pratiquant –, IBK est en tout cas devenu la coqueluche de la gent féminine. «Écrire des livres sur des histoires vécues par les femmes, avec des illustrations de jeunes et belles femmes, en couverture fait un tabac, explique-t-il. Les hommes ont toujours été obsédés par les femmes…» Ses livres sont devenus des best-sellers et, aujourd’hui, sa notoriété dépasse largement les frontières ivoiriennes.
À Niamey, à Bamako et à Cotonou, les fan-clubs Isaïe Biton Koulibaly ont essaimé. C’est nul doute dans cette optique que pour Jean Pierre Makouta, «la critique ivoirienne ignore qu’elle est passée à côté d’un auteur le plus doué de sa génération. Tel a toujours été le destin des grands auteurs qui mènent leur bataille dans la solitude, contre les conventions, les modes, avant de s’affirmer, et d’affirmer leurs lumières.»
Sa carrière en tant qu’auteur a commencé à la fin des années 1970, avec l’écriture d’ouvrages pour enfants, dont La Légende de Sadjo (Ceda), puis de nouvelles. De 1979 à 1985, il animera à la radio et à la télévision d’État des talk-shows littéraires. Le 13 janvier 2005, Isaie Biton Koulibaly fait valoir ses droits à la retraite. Isaie Biton Koulibaly est spécialisé dans la littérature de genre (fantastique, romance, etc.) Il était le responsable du service littéraire des Nouvelles éditions ivoiriennes (NEI) depuis plus de 30 ans. C’est un des auteurs les plus lus en Côte d’Ivoire.
Décédé à l’âge de 72 ans, c’est un coup de massue pour le monde des Arts et Lettres ivoirien. Le fan club Isaïe Biton Koulibaly et la grande famille de l’auteur sont inconsolables. Comme le disent les saintes écritures : «Dieu a donné, Dieu a repris que la terre de ses ancêtres lui soit légère».
Auguste Gnalehi
Journaliste, Critique littéraire












